EN BREF

LE GOUVERNEMENT PHILIPPIN LIBÈRE LE CAPORAL VIOLEUR. Dans un geste d’une rare soumission, le gouvernement fantoche de Gloria Macapagal-Arroyo est intervenu pour sortir le caporal Daniel Smith de la prison dans laquelle il était détenu depuis sa condamnation pour viol et le remettre aux autorités américaines. Cette décision inique a été prise par la présidente […]

LE GOUVERNEMENT PHILIPPIN LIBÈRE LE CAPORAL VIOLEUR. Dans un geste d’une rare soumission, le gouvernement fantoche de Gloria Macapagal-Arroyo est intervenu pour sortir le caporal Daniel Smith de la prison dans laquelle il était détenu depuis sa condamnation pour viol et le remettre aux autorités américaines. Cette décision inique a été prise par la présidente elle-même vendredi le 29 décembre en soirée, au sortir d’une rencontre avec des représentants du gouvernement des États-Unis. Arroyo a alors ordonné à la police nationale de se rendre immédiatement à la prison de Makati, en pleine nuit, et de remettre le détenu aux autorités américaines. Apparemment, le caporal se trouve désormais sous leur garde dans les locaux de l’ambassade US à Manille.

Rappelons que le 4 décembre dernier, Daniel Smith avait été trouvé coupable par un tribunal philippin du viol d’une jeune femme pour lequel il fut condamné à 40 ans de prison (et non à une sentence à vie, comme nous l’avons d’abord rapporté). Le juge ayant prononcé la sentence avait spécifiquement ordonné que le caporal soit transféré dans la prison de Makati pour y purger sa peine.

Les États-Unis avaient tout de suite réagi en menaçant le gouvernement philippin de représailles et en invoquant les dispositions du controversé Accord sur la présence des troupes étrangères en vigueur entre les deux pays. En vertu de ce traité généralement considéré comme biaisé en faveur des États-Unis, l’accusé a été jugé suivant une procédure accélérée pendant laquelle il est demeuré sous la garde de l’armée américaine. Toutefois, l’accord prévoit explicitement qu’une fois justice rendue, les militaires américains trouvés coupables d’un acte criminel passent automatiquement sous la juridiction des Philippines.

Cela n’a pas empêché le gouvernement américain de mettre ses menaces à exécution et d’amorcer le retrait de ses troupes engagées dans une «mission humanitaire» auprès des victimes du typhon Reming, qui a frappé les Philippines début décembre. Le président Bush a même personnellement écrit à Gloria Macapagal-Arroyo pour exiger qu’elle libère le soldat américain. Il n’en fallait pas plus pour que cette potiche fasse fi de l’indépendance judiciaire si chère aux partisans du droit bourgeois et se soumette aux exigences de son maître.

Cette décision, particulièrement révoltante, a été condamnée par la victime, qui a déclaré qu’il s’agissait pour elle d’un «coup de poignard dans le dos» de la part de la présidente. Comme l’a souligné le porte-parole du Front national démocratique des Philippines, Luis Jalandoni, la décision de Gloria Macapagal-Arroyo équivaut à un second viol pour la victime, qui se trouve à avoir été «trahie par ceux-là même qui sont censés la protéger». Dans l’état actuel des choses, rien n’empêchera plus les autorités américaines de retourner le violeur aux États-Unis et de le libérer, sans même attendre la suite des procédures devant les tribunaux supérieurs. Ainsi, c’est non seulement la victime qui a été trahie par le régime Arroyo, mais l’ensemble du peuple philippin, dont la souveraineté nationale vient d’être foulée aux pieds.

PÉROU : IMPORTANTE VICTOIRE POUR LES PRISONNIÈRES ET PRISONNIERS RÉVOLUTIONNAIRES. La Cour interaméricaine des droits de l’homme vient de rendre une décision majeure en tenant l’État péruvien responsable du massacre survenu entre les 6 et 9 mai 1992 à la prison Miguel Castro Castro. Le tribunal, auquel le Pérou a adhéré par traité, ordonne également à l’État péruvien de s’excuser et de compenser financièrement les victimes du massacre, ainsi que leurs familles, pour les dommages qu’elles et ils ont alors subis.

Peu de temps après avoir réalisé son coup d’État, le dictateur de l’époque, Alberto Fujimori, avait ordonné l’intervention des forces de l’ordre dans cette prison où étaient détenuEs plusieurs centaines de militantes et militants du Parti communiste du Pérou, pour y mater une soi-disant «mutinerie». Une enquête réalisée plusieurs années plus tard a révélé que sous l’ordre direct du dictateur, des membres du groupe paramilitaire Colina s’étaient alors joint aux forces de l’ordre avec le mandat précis d’exécuter ceux et celles identifiéEs comme dirigeants ou dirigeantes du PCP.

Le massacre commis contre des prisonnières et prisonniers désarméEs s’était terminé par la mort de 41 détenuEs, dont 13 furent présentéEs comme membres du Comité central du PCP. Selon le tribunal, 175 détenuEs ont également été blesséEs, tandis que 322 furent victimes de «mauvais traitements». Parmi les victimes ayant été assassinées, on retrouve la journaliste Janet Talavera, connue comme co-auteure de la fameuse «entrevue du siècle» réalisée avec le président Gonzalo du PCP, et publiée en 1988 par le quotidien El Diario.

Le nouveau président péruvien, le social-démocrate Alan García – qui a lui-même commandé le massacre de quelque 300 prisonniers et prisonnières politiques le 19 juin 1986 durant son premier mandat – a réagi en affirmant qu’il s’agit d’une décision «indigne» de la part du tribunal, tout en précisant n’avoir pas l’intention de s’y soumettre, pour l’instant. Le président «de gauche» est le même sinistre individu qui vient de proposer au congrès péruvien de rétablir la peine de mort pour «les violeurs d’enfants et les terroristes» (sic). Le nouveau boucher de Lima a notamment reçu l’appui des députés fujimoristes, qui proposent en outre que l’État péruvien rescinde la convention par laquelle il reconnaît la compétence du tribunal interaméricain.