COVID-19, l’État canadien et le capitalisme mondial

Alors que l’économie plonge dans une nouvelle crise, les médias capitalistes voudraient nous faire croire que c’est la propagation du COVID-19, aussi appelé coronavirus, qui est à l’origine des pénuries et de l’effondrement généralisé de l’économie mondiale. Même s’il est vrai en partie que la récession actuelle soit causée par la pandémie, il faut admettre que nous avons à faire plus largement avec l’incapacité du système capitaliste à assurer la survie du prolétariat et de l’humanité dans son ensemble. Cette même incapacité des États capitalistes était d’ailleurs déjà flagrante dans le cas des changements climatiques, depuis plusieurs décennies. Il est donc plus que jamais nécessaire de comprendre pourquoi, à l’heure de la pandémie, l’économie est dans un tel déclin.

La meilleure façon de réduire les risques de maladie lors d’une pandémie est de pratiquer l’isolement social; en d’autres mots, éviter autant que possible les interactions. Hors, cette solution nuit grandement au capitalisme, qui se base sur la consommation et l’échange de monnaie et de produits pour générer des profits. L’isolement social nuit aussi à la disponibilité et à la productivité de la main d’œuvre pour les capitalistes, et les mesures de confinement entrent en conflit direct avec les objectifs de profitabilité des entreprises. La chute des ventes entraîne une réduction drastique des taux de profit, qui risquent de s’avérer insuffisants dans bien des cas pour récupérer les coûts. La plupart des industries écopent, avec quelques exceptions comme l’industrie pharmaceutique qui bénéficie d’une flambée des ventes de médicaments, de trousses de premiers soins et de produits de base. Mais même avec cette hausse des ventes, ces commerces devront aussi avoir à faire avec diverses problèmes, notamment la main d’œuvre.

La disponibilité de force de travail est affectée tant par la maladie que par les mesures pour contenir la maladie. Les mesures de confinement ont mené à la fermeture des écoles et des garderies, ce qui a forcé beaucoup de parents à rester à la maison, réduisant ainsi la force de travail disponible. Et, à mesure que les travailleurs et travailleuses tombent malade, que ce soit du coronavirus ou autre chose, l’État canadien encourage quiconque présente des symptômes à s’auto-isoler pendant au moins deux semaines en attendant d’être testé. Ce sera de plus en plus difficile de remplacer la force de travail assez vite pour remplir les besoins de tous les employeurs.

Ces problèmes sont exacerbés par la vulnérabilité des ouvriers sur leur lieu du travail, dû aux défaites subies par le mouvement ouvrier sous le matraquage de l’État capitaliste. On nous impose des horaires de travail plus restrictifs que jamais, tout en permettant moins de statut temps-plein et en imposant des cadences individuelles accrues. Ce modèle permet d’augmenter la marge de profit, mais il s’avère contre-productif avec une crise comme le coronavirus alors que la maladie fait baisser la force de travail et force des commerces à fermer.

Le système de santé capitaliste au Canada

Le capitalisme est l’étendard économique mondial, et ce ne sont pas seulement les commerces qui sont organisés selon son modèle – tout a été marchandisé dans notre société, y compris le soins de santé et la production de médicaments. Les cliniques de santé et les bureaux de médecins fonctionnent selon un modèle capitaliste: leur but est de réduire les coûts et de générer le plus de profit possible. Ces cliniques facturent chaque visite à l’État, et s’assurent que leurs coûts de main d’œuvre et autres sont moindres que ce qu’elles facturent. Et comme toutes les autres industries, le système de santé sous le capitalisme est organisé avec une division du travail qui rémunère les travailleurs et travailleuses en fonction de leur niveau d’éducation. Mais étant donné que le système d’éducation capitaliste coûte cher et qu’il limite l’accès à l’éducation la plus avancée, il en résulte que les travailleurs et travailleuses de « professions désignées » comme les docteurs, pharmaciens, etc. se retrouvent en nombre limité, pour une simple question de profit. La société bénéficierait d’un nombre accru de travailleurs et travailleuses avec ce niveau de qualification, mais le capitalisme nous en empêche. Car l’objectif réel est la réalisation du profit par les propriétaires, qui utilisent la division du travail pour sous-payer les travailleurs et travailleuses qui créent la valeur réelle.

Quand l’accès aux connaissances techniques est limité au minimum possible de personnes afin de maximiser les taux de profit, c’est la société dans son ensemble qui est fragilisée. Toute situation hors de l’ordinaire – comme une pandémie – peut mener à des pénuries de ressources alors même que l’urgence requiert plus de services. Et à mesure que les pharmacien.nes, infirmières, docteur.es attrapent la maladie et doivent s’isoler ou rester à la maison pour s’occuper des enfants, les services de santé  voient leur capacité s’amenuiser alors même que le besoin augmente.

Maintenant que nous avons établi comment le système de santé capitaliste canadien et la division du travail sous le capitalisme affaiblissent les soins de santé en priorisant le profit, nous allons voir comment l’industrie pharmaceutique mondiale privatisée s’avère incapable de développer des solutions à long terme.

Le rôle du profit dans la propagation du COVID-19

Si on regarde de plus près, depuis quelques années déjà, et en 2019 notamment, on constate que les économistes capitalistes s’inquiétaient déjà d’une récession ou même d’une dépression à venir. Les porte-parole capitalistes que sont les magazines Forbes et Fortune, par exemple, ont lancé des avertissements à propos d’une crise qui serait pire que celle de 2008. Bien entendu, un virus comme le COVID-19 aurait eu un impact négatif sur n’importe quel système économique, mais il est nécessaire d’analyser les particularités du capitalisme mondial pour comprendre comment la pandémie n’a pas été confrontée correctement par plusieurs gouvernements. La volatilité générale du système capitaliste, avec des récessions qui arrivent presque à chaque décennie, contribue en grande partie à l’état de panique et d’improvisation sociétales qui ont été révélées par le COVID-19.

À cause du capitalisme de monopole, «seules quelques compagnies massives possèdent encore la capacité de développer et de produire des vaccins à travers toutes les phases du processus, en partie dû au fait que les dépenses et la durée nécessaires et en partie parce que ces compagnies ont conçu des brevets sur les procédés de fabrication – une situation que les analystes appellent ouvertement un oligopole».  Le processus de production et d’entretien de vaccins efficaces est donc soumis à la logique du profit et de la compétition, plutôt qu’à celle de sauver des vies humaines lors de catastrophes biologiques.

La question qu’on doit se poser est la suivante: pourquoi est -ce que la création des vaccins, qui servent à traiter et guérir des maladies qui affectent négativement les humains, surtout les prolétaires, devrait-elle être quelque chose qui peut être breveté et «gardé secret» par des firmes capitalistes pour leur générer des profits?

C’est seulement maintenant qu’il y a une «demande» pour traiter ou guérir le COVID-19 que les capitalistes se démènent pour développer un vaccin, qui ne sera administrable qu’au courant de l’année 2021 selon l’Institut de Santé Nationale des États-Unis et la compagnie pharmaceutique Sanofi. Selon Dean Baker, économiste en chef au Center for Economic and Policy Research, la «situation que nous voyons aujourd’hui est que plusieurs des grands chercheurs du domaine, en Allemagne, en Chine, aux États-Unis et ailleurs, se font la course pour développer un vaccin vers la phase de testage. Le problème est qu’ils travaillent en compétition, et non en collaboration. Cela veut dire qu’ils ne partagent pas d’information entre eux, pour ne pas donner d’avantage à leur compétition».[1]

Il est important de considérer également le fait qu’en 2005, suite à la crise de l’épidémie du SRAS, plusieurs pays ont approuvé le Règlement Sanitaire International (RSI) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).[2] Le RSI vise essentiellement à accorder à l’OMS une autorité relative dans la détermination des stratégies mondiales pour résoudre les pandémies et les épidémies qui font leur apparition. Bien que la plupart des États ont donné l’impression d’adhérer au décret de l’OMS selon lequel le COVID-19 est bel et bien une pandémie, les méthodes pour contenir le virus varient énormément. Le testage à grande échelle, par exemple, une des principales normes exigées par l’OMS, n’a pas été utilisé à grande échelle à travers le monde. Des pays comme la Corée du Sud et la Chine semblent avoir effectué des tests de masse avec plus ou moins de succès, alors que l’État canadien a très peu testé les personnes qui revenaient de voyage à l’étranger, celles qui ont été en contact avec des cas confirmés de COVID-19, les employé.es de première ligne, et celles qui présentent des symptômes sévères, ignorant le fait que seul 14% des cas de COVID-19 présentent de tels symptômes.  Alors que l’État semble prévoir d’étendre les tests, il est inquiétant qu’une stratégie efficace de testage n’a pas été déployée depuis le début. C’est d’autant plus inquiétant quand on sait que la majorité des cas qui ont testé positif pour le COVID-19 ne présentaient que peu ou pas de symptômes associés à la grippe. Dans les faits, l’OMS n’a aucune autorité pour assurer l’adhésion à ses méthodes, et il n’existe aucun moyen pour pénaliser ou forcer les États à coopérer pour contenir la maladie. Nous sommes en mesure de constater à quel point le monde est fragmenté et qu’il existe des obstacles majeurs à la coordination entre les États capitalistes et leurs intérêts politiques et économiques particuliers.

La réponse des capitalistes canadiens à la crise du COVID-19

Le Canada bénéficie encore d’une image de pays progressiste où les entreprises pratiquent la responsabilité sociale et où les travailleurs et travailleuses ont plus de droits. C’est peut-être vrai en partie si on se compare avec les pays qui sont exploités par l’impérialisme du Canada, des États-Unis, du Royaume-Uni et autres puissances, mais même au sein de ces pays impérialistes, la classe ouvrière est opprimée et a peu de soutien des compagnies qui l’exploitent.

Alors que le coronavirus se propage au niveau mondial, il y a de moins en moins de main d’œuvre pour permettre aux entreprises capitalistes d’extraire du surplus.

Et qu’en est-il des travailleurs et travailleuses? Pour tous ceux et celles qui sont forcées de vendre leur force de travail comme marchandise sous le capitalisme, et d’échanger leur salaire pour avoir accès aux produits de base, qu’arrive-t-il lorsqu’une pandémie nous empêche d’aller travailler?

Au Canada, les ressources du système de santé sont déjà sous pression en temps normal, alors difficile d’imaginer ce qui va se passer en temps de pandémie. La plupart des cas de coronavirus au Canada n’ont pas encore été diagnostiqués étant donné que les lignes téléphoniques de santé publique recommandent l’auto-isolement de 14 jours pour toute personne qui présentent des symptômes pouvant signaler l’infection au coronavirus. La majorité des lieux de travail ne payent pas les employé.es qui doivent s’isoler. De fait, plusieurs lieux de travail enjoignent leurs employé.es qui présentent des symptômes à se mettre en auto-isolement. Tout cela a du sens d’un point de vue scientifique – il faut en effet «aplanir la courbe» des infections. Cependant, les employeurs rechignent à fournir des paiement de protection pour les travailleurs et travailleuses qui doivent s’isoler. Alors que les travailleurs et travailleurs passent presque toute leur vie à générer des profits pour les capitalistes, ces derniers n’ont aucun engagement social envers leurs employé.es. Le but d’une entreprise capitaliste est de créer le plus de profit possible et de réduire les coûts, principalement la main d’œuvre. Les entreprises font la compétition entre elles pour avoir le monopole, pour gagner la plus grande part de marché et garder le plus haut taux de profit. Ce système économique priorise le profit par-dessus tout, ce qui est à l’origine de la plupart des problèmes dans notre société. La responsabilité sociale engendrerait des coûts additionnels de main d’œuvre, ce qui placerait une compagnie en désavantage face à ses compétitrices.

L’existence même d’un État signifie qu’il existe des contradictions irréconciliables au sein d’une société. Ces contradictions sont les intérêts divergents entre les classes opprimées et les classes qui les oppriment.

Comme le disait Friedrich Engels dans son Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État:

L’État n’est donc pas un pouvoir imposé du dehors à la société; il n’est pas davantage «la réalité de l’idée morale», «l’image et la réalité de la raison», comme le prétend Hegel. Il est bien plutôt un produit de la société à un stade déterminé de son développement; il est l’aveu que cette société s’empêtre dans une insoluble contradiction avec elle-même, s’étant scindée en oppositions inconciliables qu’elle est impuissante à conjurer. Mais pour que les antagonistes, les classes aux intérêts économiques opposés, ne se consument pas, elles et la société , en une lutte stérile, le besoin s’impose d’un pouvoir qui, placé en apparence au-dessus de la société, doit estomper le conflit, le maintenir dans les limites de l' »«ordre»; et ce pouvoir, né de la société, mais qui se place au-dessus d’elle et lui devient de plus en plus étranger, c’est l’État.

L’idée ici n’est pas de suggérer qu’il y a des moyens viables de réconcilier les différences de classe; c’est plutôt que l’État existe afin de faciliter le règne d’une classe et de créer un «ordre» pour maintenir cette relation. Plusieurs bureaucrates et politiciens pensent ainsi qu’il est possible d’équilibrer le capitalisme avec des réformes pour éviter une guerre de classe.

Comme Lénine l’a écrit dans L’État et la révolution:

Selon l’opinion des politiciens petit-bourgeois, l’ordre est précisément la conciliation des classes, et non l’oppression d’une classe par une autre; modérer le conflit, c’est concilier, et non retirer certains moyens et procédés de combat aux classes opprimées en lutte pour le renversement des oppresseurs.

C’est en révélant au grand jour la relation entre les ouvriers et les propriétaires et le rôle de l’État que nous pouvons comprendre la réaction globale à la pandémie. Nous enchaînons maintenant avec les impacts du COVID-19 sur le prolétariat au Canada.

Les conditions actuelles du prolétariat au Canada

Les ouvriers font face à beaucoup d’incertitude au Canada. Alors que les profits des compagnies chutent et que les maladies montent en flèche au travail, nous assistons à une explosion de licenciements. Et pour les travailleurs et travailleuses qui n’ont pas perdu leur emploi, le risque de contracter le COVID-19 sur le lieu de travail avec des normes de santé et sécurité insuffisantes est bien réel.

Des licenciements massifs ont eu lieu récemment avec notamment des pertes de 8900 emplois aux Automobiles Fiat Chrysler, de 4679 emplois au Cirque du Soleil, 1373 emplois au chantier naval de Halifax, 470 pilotes chez Sunwing, un nombre inconnu chez Air Transat, 5100 emplois chez Air Canada, et beaucoup d’autres encore. Service Canada a reçu plus de 500 000 demande d’assurance-emploi pendant la semaine du 20 mars, soit environ 2,5% de la population canadienne. Il s’agit de la plus forte et plus rapide hausse du chômage dans l’histoire du pays; le record de demandes d’assurance-emploi en un mois avait précédemment été atteint en 1957 avec 499 200 demandes, et en mars 2020 il a été battu en une semaine.

Kevin Milligan, professeur en science économique à l’Université de Colombie-Britannique, a dit au Globe and Mail estimer que «le mois de mars 2020 va s’avérer être pire que le pire mois dans les années 30.»[3]

Les ouvriers font face à une inquiétude et une anxiété de masse avec la maladie. La menace de perdre son logement et son emploi sont bien réels. Les coûts de logement – que ce soit un loyer ou un hypothèque – les paiements d’auto, les factures, le téléphone, les assurances, l’épicerie, les prêts et autres paiements pendent au-dessus de la tête du prolétariat de façon encore plus menaçante lors d’une période d’instabilité économique.

Les esclaves du salaire n’ont droit qu’à une partie de la valeur qu’illes produisent, et cette portion part presque toute en fumée pour payer les factures et le produits de première nécessité. Avec le manque de travail qui suit les maigres salaires, beaucoup font aussi face à l’inflexibilité des institutions financières en période de pandémie. Le cœur du prolétariat, la section la plus exploitée et la plus opprimée des travailleurs et travailleuses au bas de l’échelle, va souffrir le plus dans une économie trouble. Les prolétaires qui sont déjà aux prises avec le manque de logement auront encore plus de difficulté à trouver un abri et des banques alimentaires avec assez de ressources, alors que les besoins vont augmenter. Les refuges pour famille sont déjà très rares, alors que le modèle privilégié s’adresse aux hommes et aux femmes séparément. Il s’agira d’une expérience traumatisante pour plusieurs et la capacité des familles à s’entraider s’en trouvera réduite.

L’impact sur les autochtones

Les peuples autochtones de l’Île de la Tortue sont très vulnérables aux effets du coronavirus. Plusieurs réserves manquent déjà d’eau potable, ont de piètres conditions sanitaires et des logements délabrés. La méthode préconisée pour bloquer la propagation du virus, soit de se laver fréquemment les mains avec du savon et de l’eau propre, n’est pas évidente à mettre en pratique dans plusieurs de ces communautés.

Le gouvernement colonial canadien est entièrement responsable des conditions sur les réserves et du génocide en cours des peuples autochtones. Les logements surpeuplés sont un foyer pour la propagation respiratoire, et le manque d’accès médical dans les réserves rurales est un autre facteur de risque important. Par exemple, rappelons-nous que lors de la crise du virus H1N1, aussi appelé virus porcin, les autochtones ont représenté 10% des hospitalisations et des morts au Canada, tout en ne comptant que pour 4% de la population du pays. Pendant cette crise, quand des communautés autochtones du Manitoba ont appelé le gouvernement canadien à l’aide pour des soins médicaux et des trousses de secours, on leur a plutôt envoyé des sacs mortuaires.[4]

En réponse à la menace actuelle du COVID-19, le Ministre aux services autochtones Marc Miller a déclaré que le gouvernement canadien allait aider en faisant venir des travailleurs et travailleuses de la santé additionnelles et en fournissant désinfectants pour les mains, des équipements de protection individuelle, de l’eau embouteillée et des tentes d’isolement pour les personnes qui ont contracté la maladie dans les communautés éloignées avec de l’espace clinique limité. Après avoir essuyé des critiques, le Ministère des services autochtones a spécifié que les tentes allaient servir au testage pour le coronavirus et non comme abris d’isolement. Il apparaît clairement que les bureaucrates qui sont chargés de prendre des décisions de vie ou de mort pour les autochtones au nom de l’État canadien ne sont même pas capables de trouver des solutions-pansement. Les causes de l’instabilité et des mauvaises conditions de vie sur les réserves ne peuvent pas être résolues avec des bouteilles d’eau et des tentes d’isolement lors d’une pandémie – particulièrement dans l’Arctique, où laisser des malades vivre sous une tente reviendrait à les laisser mourir.

Les solutions minimalistes fournies aux autochtones durant la crise du COVID-19 ne sont pas surprenantes. La colonisation n’est pas une chose du passé comme voudraient le croire bien des colons – les oléoducs continuent d’entrecouper les territoires autochtones, les femmes autochtones sont les plus à risque d’être victimes de trafic, d’agression et de mort violente (y compris aux mains de membres des forces policières), et les services de protection des enfants ont repris le rôle des écoles résidentielles pour enlever les enfants autochtones de leurs familles. Ces formes de violence institutionnelle servent le colonialisme, qui génère des profits pour l’État colonial canadien.

Un État colonial ne permettra jamais la libération des peuples autochtones, l’oppression des autochtones demeurera la norme tant et aussi longtemps que le Canada occupera les territoires autochtones. Le PCR-RCP appuie la lutte de libération national autochtone et la capacité des nations autochtones à se gouverner elles-mêmes.

La réponse de l’État

Les éléments de l’État-providence qui servent à colmater les périodes de crise sont largement issus de concessions aux mouvements ouvriers de la première moitié du 20e siècle. L’histoire nous démontre que les concessions ne sont pas des objectifs souhaitables pour la classe ouvrière puisqu’elles nous font rediriger nos efforts de la libération vers la pacification au bénéfice de la bourgeoisie nationale. Otto von Bismarck, le précurseur de l’État-providence, l’avait conçu comme un moyen d’opposer le communisme promu par Marx et Engels à la même époque.

Comme exemple concret, nous pouvons citer les options offertes aux travailleurs et travailleuses en isolement depuis l’irruption du coronavirus. Les employeurs canadiens n’offrent souvent pas de protection des salaires. L’assurance-emploi est la seule prestation à laquelle plusieurs auront accès lors de la période d’isolement obligatoire. Le gouvernement fédéral a récemment fait des changements au processus régulier d’application pour maladie qui nécessite normalement une période d’une semaine sans paiement. Cette période a été annulée afin que les ouvriers soient compensées pour les deux semaines d’isolement. Illes ne seront ainsi pas obligés de se faire tester et de fournir de la documentation puisque le système de santé de l’État est surchargé.

Cela peut sembler adéquat en surface, mais si on y voit de plus près, de nombreux prolétaires ne pourront pas en bénéficier. Par exemple, commençons par le fait que l’admissibilité à l’assurance-emploi nécessite de 420 à 700 heures travaillées au cours des 52 dernières semaines pour garantir l’admissibilité. Cela signifie que les diplômé.es récent.es et les travailleurs et travailleuses à temps partiel peuvent ne pas être admissibles. De plus, les travailleurs et travailleuses autonomes ne seront pas admissibles s’illes n’ont pas choisi de cotiser au programme d’assurance-emploi. Cela inclut tous les employé.es de la gig economy, ou l’économie «à la tâche» , comme les chauffeurs Uber et les employé.es des services de livraison. En fait, tous les «travailleurs à la tâche» pourraient être affecté. Le système capitaliste a fait des employé.es de ces services des «entrepreneurs indépendants». Une étude de Statistiques Canada a déclaré qu’en 2016, 1,7 million de Canadien.nes étaient employés dans la gig economy, soit 8,2% de la main-d’œuvre. Ce nombre devrait être encore plus élevé maintenant en 2020.

À l’heure actuelle, l’assurance-emploi ne rémunère que 55% de notre revenu, jusqu’à un maximum de 573 $ par semaine, ce qui entraîne une réduction de près de la moitié ou plus du revenu d’un ouvrier. De plus, le revenu d’assurance-emploi est imposable, ce qui signifie que même si on ne reçoit que 55% de notre revenu à titre de supplément, il sera davantage imposé aux niveaux provincial et fédéral avant d’avoir notre montant en main. Chose intéressante, le programme d’assurance-emploi a commencé à l’origine comme un accord tripartite qui comprenait des contributions de trois sources: les travailleurs, les capitalistes et le gouvernement. Ce montant a été réduit aux seuls travailleurs et à leurs employeurs en 1990. Le programme complétait autrefois 75% du revenu du travailleur, mais a été réduit à 55% en 1994.

Le 18 mars 2020, Justin Trudeau a annoncé que le gouvernement du Canada publiera un plan de relance de 82 milliards de dollars dans le but de revitaliser l’économie canadienne en déclin et de soutenir les travailleurs et travailleuses. Le paquet de 82 milliards de dollars est censé aider les employé.es et les entreprises, avec une répartition générale de 27 milliards de dollars vers la classe ouvrière et 55 milliards de dollars pour le coût du report de tous les paiements d’impôt jusqu’en septembre. Les 27 milliards de dollars annoncés comblent certaines des lacunes pour les travailleurs et travailleuses licencié.es non admissibles à l’assurance-emploi: 5 milliards de dollars seront alloués à un fonds d’urgence pour les travailleurs qui ne sont pas admissibles à l’assurance-emploi, 10 milliards de dollars pour une prestation de gardiennage d’urgence pour ceux et celles qui restent à la maison pour prendre soin d’une personne malade avec COVID-19, des enfants à la maison ou des personnes en quarantaine non admissibles à l’assurance-emploi (jusqu’à 450 $ par semaine versés), 1,9 milliard de dollars pour une augmentation temporaire du programme de l’Allocation canadienne pour enfants (ACE), certaines contributions versées aux communautés autochtones, les refuges pour femmes, les ajustements aux retraits des fonds de retraite et 5,5 milliards de dollars en crédits d’impôt pour la TPS pour les ménages à faible revenu.

En réalité, les 27 milliards de dollars servent à maintenir le système capitaliste exploiteur et les fonds remplaçant les revenus des travailleurs, qu’il s’agisse de l’assurance-emploi, du Fonds des travailleurs d’urgence ou de la Prestation d’urgence pour la garde d’enfants. Ce paiement fonctionne comme une subvention pour les banques et les propriétaires en période d’instabilité du travail.

Ce qui retentira de façon frappante pour la plupart des travailleurs et travailleuses confronté.es à des licenciements au Canada, c’est que leur revenu diminuera probablement d’environ la moitié ou plus, quel que soit le soutien auquel illes ont droit. De nombreuses familles seront plongées dans la pauvreté. Selon les résultats d’un sondage effectué pour le compte de l’indice d’accessibilité financière de BDO Canada, 53% des travailleurs et travailleuses vivent d’une paye à l’autre en 2019, tandis que 27% n’arrivent pas à subvenir à leurs besoins quotidiens. Ces chiffres ont été signalés avant les licenciements massifs et les bouleversements économiques de 2020. Si plus de la moitié des travailleurs et travailleuses au Canada avaient de la difficulté à survivre avant de voir leur revenu réduit de moitié, cette majorité de la population ne pourra plus subvenir à ses besoins, en plus des 27% qui n’arrivent déjà pas à joindre les deux bouts.

Ce que le premier ministre Trudeau n’a pas abordé dans son discours, c’est le sauvetage financier que le Canada offrira aux banques pour combler la perte de profits due à la pandémie. En dehors des maigres 27 milliards de dollars fournis pour soutenir directement les ouvriers, 500 milliards de dollars ont été approuvés pour soutenir les banques canadiennes pendant cette période et seront livrés immédiatement. Cette somme sera fournie aux banques pour leur donner un financement instantané afin de poursuivre leurs activités et ensuite fournir cet argent sous forme de prêts aux Canadiens, et pour que les banques en tirent un profit. Cela maintient le contrôle de la classe capitaliste et garantit qu’elle peut continuer à tirer profit du prolétariat.

Beaucoup de gens seront furieux de découvrir que 500 milliards de dollars sont entre les mains des entreprises pendant une pandémie plutôt qu’entre les mains de ceux qui ont créé cette valeur. Nous savons que les travailleurs et travailleuses créent toute la valeur, le profit et la richesse dans la société. Si l’État canadien exigeait que les travailleurs et travailleuses soient payés leur vraie valeur au travail (la valeur que leurs employeurs volent et comptent comme excédent), ou distribuait une grande partie des fonds de l’État directement entre les mains de la classe ouvrière, cela serait considéré péjorativement comme une mesure «socialiste». Cela irait à l’encontre de l’intérêt de la classe capitaliste. Maintenir l’exploitation de la classe ouvrière est l’objectif de l’État sous le capitalisme, avec ce avec la participation et pour le bénéfice des capitalistes. Ce sont l’État et les capitalistes conjointement qui décident quoi faire de la richesse produite par la société.

Le soutien minimal accordé par l’État aux travailleurs et travailleuses par le biais du Plan de réponse économique à COVID-19 (encore une fois, à un ratio inégal compte tenu du nombre de capitalistes et du nombre d’ouvriers) garantit que l’économie (c’est-à-dire une main-d’œuvre salariée pour que les propriétaires puissent faire du profit) va «rebondir» et que la réserve de main d’œuvre ne s’épuisera pas de la mort ou de la maladie, et que les travailleurs ne se rebelleront pas contre le capitalisme à cause des conditions extrêmes. Après tout, l’État comprend que de petites réformes et le maintien de conditions « juste assez mauvaises » sont efficaces pour maintenir le contrôle. L’État peut et continuera de se reproduire tant qu’il n’y aura pas de révolution.

Conclusion

Bien que nous assistions à une catastrophe complexe, il est important que la classe ouvrière, surtout le cœur du prolétariat, comprenne que nous faisons face à une crise fondamentale du capitalisme. Le système de santé inefficace, l’esclavage salarial et l’oppression des peuples autochtones sont tous reliés aux contradictions de ce que nous concevons comme étant le « Canada » : un projet colonialiste, impérialiste et capitaliste. Ces problèmes existaient avant que COVID-19 ou coronavirus n’entrent dans notre vocabulaire. Maintenant, ces contradictions sont plus évidentes et faciles à voir. La classe ouvrière est laissée pour compte tandis que les capitalistes se protègent eux-mêmes et leurs intérêts.

Le prolétariat est obligé de rentrer travailler dans la peur de ne pas être capable de répondre à ses besoins et en risquant l’exposition au virus dans des lieux de travail qui n’offrent aucun soutien. La compétition entre ouvriers pour des ressources limitées a provoqué des ruées dans les magasins et une accumulation de biens comme seul moyen de garantir sa sécurité dans un système individualiste. En réalité, seuls nos efforts collectifs et notre capacité à défaire le capitalisme pourront libérer notre classe. Le PCR-RCP reconnaît que nous, la classe prolétarienne, sommes chargées de détruire le capitalisme, le colonialisme et l’impérialisme afin de bâtir un avenir meilleur. Nous reconnaissons la nécessité de la guerre populaire et de la construction du socialisme par des moyens révolutionnaires.

« Le peuple, et le peuple seul, est la force motrice dans la construction de l’histoire du monde »

– Mao Zedong, 1945

 

Appendice

Un résumé du Plan de réponse économique au COVID-19[5]

 Voici un résumé détaillé des 27 milliards de dollars de soutien direct aux travailleurs et aux entreprises:

→ 1,9 milliard de dollars pour des augmentations temporaires de l’Allocation canadienne pour enfants (ACE)
→ 5,5 milliards de dollars pour augmenter le crédit d’impôt pour la TPS pour les ménages à faible revenu
→ 50 millions de dollars pour les refuges pour femmes et les centres de soutien pour agression sexuelle
→ 305 millions de dollars pour répondre aux besoins immédiats des communautés autochtones
→ 10 milliards de dollars pour une prestation de garde d’enfants d’urgence pour les parents qui restent à la maison et s’occupent des enfants non scolarisés
→ 5 milliards de dollars pour un fonds de soutien d’urgence pour les travailleurs non admissibles à l’assurance-emploi confrontés au chômage
→ 3,8 milliards de dollars pour 10% des subventions salariales pendant 3 mois aux petites entreprises pour leurs employés (cela semble être classé dans les avantages sociaux des travailleurs, bien qu’il s’agisse toujours d’une subvention aux entreprises)
→ Montant exact inconnu vers une flexibilité accrue pour les prêteurs pour le report des hypothèques
→ Montant exact inconnu pour la levée de la période d’attente obligatoire d’une semaine pour les prestations d’assurance-emploi
→ 190 millions de dollars pour un report de six mois des paiements de prêts étudiants, le gouvernement fédéral couvrant tous les intérêts
→ 495 millions de dollars pour réduire les retraits minimaux des fonds enregistrés de revenu de retraite (FERR)
→ 157,5 millions de dollars pour les personnes sans domicile (via Vers un chez-soi)

La distribution de 55 milliards de dollars en reports d’impôts est simplement un report de tout paiement d’impôt au gouvernement jusqu’en septembre plutôt que la date d’échéance habituelle en avril.

D’autres soutiens fournis en dehors du plan de relance de 82 milliards de dollars comprennent:
→ 10 milliards de dollars pour le programme de crédit aux entreprises par le biais des banques
→ 500 milliards de dollars en soutien au crédit et à la liquidité par le biais de sociétés d’État financières, de la Banque du Canada, du BSIF, de la SCHL et de prêteurs commerciaux (p. Ex. Réserve pour stabilité intérieure, programme d’achat d’hypothèques assurées, facilité d’achat par acceptation bancaire)

[1] https://newrepublic.com/article/156979/coronavirus-vaccine-patent-monopoly-reform

[2] https://www.who.int/ihr/publications/9789241580496/en/

[3] https://www.theglobeandmail.com/business/article-canadian-companies-begin-laying-off-thousands-of-employees-in-first/

[4] https://www.cbc.ca/news/canada/manitoba/ottawa-sends-body-bags-to-manitoba-reserves-1.844427

[5] https://www.canada.ca/en/department-finance/news/2020/03/canadas-covid-19-economic-response-plan-support-for-canadians-and-businesses.html#Economic_Response_Plan