L’orient est rouge… et l’avenir est radieux!

Des révolutionnaires provenant de différents endroits dans les Maritimes ont participé le week-end dernier au 4e congrès révolutionnaire canadien, convoqué à Halifax par le Parti communiste révolutionnaire (PCR). Faisant suite aux trois premiers congrès tenus respectivement à Montréal (2006), Toronto (2010) et Vancouver (2014), l’objectif cette fois-ci était de stimuler l’expansion du communisme révolutionnaire dans les provinces atlantiques, afin de rassembler et développer les forces nécessaires pour mettre fin au capitalisme, à l’impérialisme et au colonialisme.

Comme premier résultat de cette démarche, nous sommes fières et fiers d’annoncer la formation officielle de comités d’organisation du PCR à Halifax en Nouvelle-Écosse, ainsi qu’à Charlottetown dans l’Île-du-Prince-Édouard. Les camarades impliquéEs dans ces comités entreprendront l’étude du maoïsme et s’engageront dans le travail de masse dans leurs communautés respectives, afin de développer les conditions subjectives nécessaires à l’émergence d’un mouvement révolutionnaire dans toute la région.

Le congrès a débuté par la présentation d’un document (actuellement disponible en langue anglaise) faisant ressortir les principales caractéristiques de la lutte de classes dans les Maritimes. On y souligne notamment le sous-développement relatif de l’économie des Maritimes quand on la compare avec le reste du Canada. La bourgeoisie utilise cette région «périphérique» du capitalisme canadien comme une armée de réserve; elle en freine intentionnellement le développement afin de profiter du chômage chronique et cyclique élevé et exercer ainsi une pression à la baisse sur les salaires ouvriers, de sorte à augmenter ses profits.

La question nationale demeure par ailleurs un important facteur qui façonne la lutte de classes dans la région. Le congrès a notamment reconnu que les Afro-Néo-Écossais et les autres communautés africaines des Maritimes constituent des nations distinctes, que cette «prison des nations» qu’est le Canada maintient dans une situation d’assujettissement. Elle a aussi résolu d’appuyer la lutte des Acadiennes et des Acadiens pour la reconnaissance de leurs droits linguistiques.

Les participantes et participants ont réaffirmé leur soutien à l’autodétermination des trois nations autochtones des Maritimes: les Mi’kmaq, les Maliseet et les Passamquoddy. Les peuples autochtones des Maritimes ont été les premiers à supporter le poids du colonialisme et du contact avec les colons européens. Comme les autres nations autochtones à travers le Canada, ils ont enduré une longue histoire de dépossession, incluant les famines délibérées, l’enfermement dans les réserves, le placement des enfants autochtones dans des pensionnats, et d’innombrables horreurs aux mains de l’État colonial canadien. En retour, ils n’ont cessé d’affirmer leur souveraineté et de résister aux attaques constantes des autorités coloniales.

La résistance anticoloniale et antiraciste des peuples autochtones et des nations africaines est au cœur de la lutte de classes dans les Maritimes. De fait, la région est traversée par tout un faisceau de contradictions – dont celle entre la classe ouvrière et la bourgeoisie, la contradiction entre les besoins du capital et la protection de l’environnement, et celle entre la classe ouvrière de la nation dominante et la souveraineté autochtones – qui ne peuvent être résolues dans le cadre du capitalisme. Par conséquent, il s’y produit des explosions qui sont parmi les plus intenses de tout le Canada. En même temps, la gauche officielle demeure très faible et s’avère totalement intégrée au système.

Les participantes et participants au congrès ont convenu que les conditions objectives à l’émergence d’un fort mouvement révolutionnaire de masse existent dans les Maritimes et que ce sont les conditions subjectives qui font défaut – ce pour quoi il est urgent de mettre de l’avant une politique radicalement anticapitaliste susceptible d’apporter des solutions aux problèmes des Maritimes, et de le faire de façon organisée et disciplinée.

Les divers ateliers qui se sont déroulés durant le week-end ont par ailleurs permis de présenter les conceptions du PCR sur une variété de sujets, dont la stratégie révolutionnaire – c’est-à-dire la guerre populaire prolongée – la ligne de masse et la construction d’un parti d’avant-garde au service de la révolution. Le congrès a également été l’occasion d’une discussion animée sur les différences et les points d’unité potentiels entre anarchisme et maoïsme, enrichie par l’expérience militante anarchiste de certaines participantes et participants.

Les militantes et militants ont également présenté des comptes-rendus de leur activité politique des derniers mois, incluant la construction de sections du Mouvement étudiant révolutionnaire, ainsi que l’étude et la popularisation du féminisme prolétarien.

Le congrès s’est terminé avec l’adoption unanime – après une série d’amendements – de neuf résolutions traçant la voie à suivre pour les révolutionnaires pour assurer la croissance d’un mouvement révolutionnaire fort et dynamique dans les Maritimes (voir plus bas).

Le Parti communiste révolutionnaire salue chaleureusement l’engagement militant des camarades ayant participé au congrès et appelle les révolutionnaires qui n’ont pu y prendre part et tous ceux et celles qui souhaitent maintenant s’engager dans l’action politique révolutionnaire à s’organiser et à appuyer l’expansion du parti dans les provinces maritimes.

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Résolutions adoptées par le 4e congrès révolutionnaire canadien:

1. Constituer des comités d’organisation du PCR! Les conditions objectives sont favorables à l’émergence d’un mouvement révolutionnaire dans les Maritimes. Ce qui manque, ce sont les conditions subjectives – essentiellement l’organisation. Pour cette raison, nous proposons que les révolutionnaires des Maritimes commencent à s’organiser dans des comités d’organisation du PCR. Un comité d’organisation du PCR doit mettre de l’avant une ligne politique révolutionnaire; il doit demeurer indépendant de l’État bourgeois, incluant les partis politiques bourgeois, les syndicats et les organisations non gouvernementales. Le comité d’organisation doit s’engager dans un travail politique réel dans son milieu; il favorisera l’unité entre les divers fronts de lutte. Il devra également entreprendre l’étude du maoïsme et s’efforcer d’unir les révolutionnaires de différentes tendances (communistes et anarchistes) pour autant qu’elles et ils soutiennent l’expansion du PCR dans les Maritimes.

2. Étendre et répandre le Partisan! Les comités d’organisation du PCR doivent publier un journal ou bulletin mensuel, sous le nom de Partisan, pour soutenir la dissémination des perspectives révolutionnaires concernant les enjeux locaux.

3. Pour l’unité au-delà des nations, pour le droit à l’autodétermination. Les révolutionnaires doivent s’unir aux courants radicaux au sein des nations autochtones des Maritimes, afin de matérialiser l’alliance entre la classe ouvrière colonialiste et les peuples autochtones. Les révolutionnaires doivent également s’unir avec les secteurs radicaux de la nation africaine néo-écossaise, des autres nations africaines des Maritimes et de toutes les nations opprimées. Les révolutionnaires doivent enfin appuyer la lutte des Acadiennes et des Acadiens pour leurs droits linguistiques. Ils et elles doivent enfin s’engager dans un processus d’enquête pour mieux comprendre les caractéristiques des luttes contre l’oppression nationale.

4. Contre la destruction de l’environnement! Les révolutionnaires doivent s’opposer au développement de l’exploitation pétrolière et gazière, y compris la fracturation, les pipelines, le forage en haute mer, ainsi que le projet du géant Alton Natural Gas Storage. Il faut lier le militantisme environnementaliste aux luttes pour l’autodétermination des Autochtones et à celles contre le racisme environnemental.

5. Contre le patriarcat! Les révolutionnaires doivent soutenir les luttes des femmes et des personnes qui subissent l’oppression de genre contre le patriarcat. Cela peut se traduire par l’organisation de sections du Front féministe prolétarien, mais la politique féministe prolétarienne doit néanmoins être au poste de commande en toute situation. Concrètement, il faut poursuivre la lutte pour s’assurer que l’accès aux services d’avortement dans l’Île-du-Prince-Édouard devienne une réalité, ainsi que la lutte pour l’accès aux services de santé sexuelle dans toute la région. Les révolutionnaires doivent également appuyer la création de réseaux et de services de soutien aux survivantes de violence et d’agression sexuelles.

6. Des logements décents pour les masses populaires! La lutte contre la gentrification et les logements insalubres dans les Maritimes est de plus en plus aiguë. Les pauvres, la classe ouvrière, les personnes de couleur et les autochtones sont actuellement poussés hors des quartiers ouvriers, comme dans le quartier North Central à Halifax où la seule réponse des autorités municipales est qu’elles «ne peuvent arrêter le capitalisme». Au contraire, nous le pouvons! Les révolutionnaires doivent lutter contre la gentrification.

7. Appuyons le Mouvement étudiant révolutionnaire! Des sections du MER existent actuellement dans l’Île-du-Prince-Édouard et à Halifax, mais il y a bien d’autres universités, collèges et écoles secondaires dans toutes les Maritimes où il est possible et nécessaire d’organiser les révolutionnaires. Les militantes et militants doivent soutenir l’expansion du MER dans les régions où il n’est actuellement pas présent, en portant une attention particulière au Nouveau-Brunswick et à l’île du Cap-Breton.

8. Pour un nouveau mouvement ouvrier! Le mouvement syndical actuel est incapable de se battre et de gagner quoique ce soit pour la classe ouvrière. Les travailleuses et travailleurs des Maritimes doivent trouver de nouvelles façons de s’organiser et de lutter pour défendre leurs intérêts. Les révolutionnaires doivent commencer par faire enquête sur les conditions de travail dans leurs régions respectives, mener un travail d’organisation dans les plus petits milieux de travail et se préparer à participer à la conférence de fondation du Mouvement révolutionnaire ouvrier, qui aura lieu en septembre à Montréal. (Le MRO est une nouvelle initiative visant à coordonner les efforts afin de construire un nouveau mouvement ouvrier à travers le Canada.) Ces actions doivent être liées à la lutte en cours pour une réforme du régime d’assurance-chômage.

9. Contre la suprématie blanche! Qu’elle soit ouverte ou cachée, la suprématie blanche fait partie du tissu de la société canadienne. Par conséquent, une grande partie des masses dans les Maritimes en subissent l’oppression. La lutte contre la suprématie blanche est une responsabilité des révolutionnaires. Elle exige que l’on combatte à la fois les organisations suprémacistes et le système qui supporte cette idéologie, qui produit et reproduit l’oppression des personnes racialisées. Un exemple de ce système s’est produit tout récemment quand le quotidien Chronicle Herald a inventé de toutes pièces une histoire à propos d’un adolescent d’origine syrienne qui aurait prétendument agressé un Canadien avec une chaîne en criant des slogans favorables à l’État islamique, contribuant ainsi à enflammer les tensions islamophobes et racistes dans la communauté. La lutte contre la suprématie blanche exige que l’on prenne diverses initiatives à caractère antiraciste dans la communauté. La lutte contre l’idéologie suprémaciste blanche doit aussi se prolonger dans nos propres organisations afin de corriger les erreurs et rectifier les pratiques incorrectes; cela contribuera à construire un mouvement sain qui favorisera la participation de toutes les personnes opprimées.