Toronto: les féministes prolétaires s’organisent

La section torontoise du Front féministe prolétarien a récemment lancé une série de rencontres de discussion mensuelles aux confins des quartiers St. James Town et Regent Park. Ces quartiers font face à une opération de «revitalisation» qui se traduit par un nettoyage en règle de tout ce qui est susceptible de déranger les nouveaux riches qui s’y installent. Les prolétaires en sont chasséEs, alors que les logements locatifs traditionnels font place aux condos et commerces de luxe pour les riches.

Les rencontres mensuelles traitent de questions susceptibles d’intéresser les femmes du prolétariat et les personnes marginalisées, non seulement dans le cadre particulier de cette communauté, mais dans le contexte plus général du capitalisme, du colonialisme et de l’impérialisme. Comme travailleuses, nous devons aller au-delà du discours libéral sur l’égalité des genres, présentée comme LA solution à l’oppression des femmes: cette perspective est insuffisante si on veut transformer réellement les conditions de la classe ouvrière, et en particulier des femmes les plus pauvres. Même avec l’égalité des genres, les femmes du prolétariat continueront d’être opprimées.

Il a malheureusement été difficile de trouver un espace communautaire permettant la tenue d’un événement qui ait à la fois un caractère de masse et communiste. C’est un peu décourageant de voir que dans un contexte où les conditions des plus pauvres se détériorent, on préfère laisser toute la place aux partis bourgeois. On se dit officiellement prêt à accueillir toute activité anti-oppression, mais à condition qu’elle soit «apolitique». Ce discours hypocrite, que l’on a souvent entendu dans les universités et leurs tours d’ivoire, semble avoir atteint les ONG et les organisations communautaires. Cette idéologie ne sert qu’à préserver les intérêts de l’État et à prévenir toute agitation militante visant à favoriser l’organisation politique des masses. À quoi servent donc ces prétendus «espaces communautaires» si on ne peut les utiliser pour permettre aux masses travailleuses d’apprendre à s’organiser elles-mêmes pour changer leurs conditions?

En tant que communistes, nous n’acceptons pas que quiconque nous empêche de nous organiser dans des quartiers prolétariens comme ceux-là. Nous allons continuer à utiliser les espaces publics et communautaires pour tenir nos événements – qu’il s’agisse des bibliothèques, des centres communautaires, des parcs ou des cafés. Et plus tôt que tard, nous les tiendrons dans notre propre quartier général!