Toronto: Des travailleuses et travailleurs de rue s’organisent

Le Comité prolétarien d’action révolutionnaire et le journal Partisan saluent la formation d’un nouveau syndicat regroupant les travailleurs et travailleuses impliquéEs dans le programme de réduction des risques sanitaires à Toronto. Le Toronto Harm Reduction Workers Union (THRWU) est membre des Industrial Workers of the World (IWW). Le syndicat est officiellement présent aux centres de santé communautaire du quartier South Riverdale et du centre-ville, et l’on prévoit que de nouveaux lieux de travail s’y joindront au cours des prochains mois.

Pour le syndicat, le programme de réduction des risques participe d’«une approche pratique et rationnelle face aux méfaits associés à l’usage de drogues, qui vise à réduire les méfaits liés à la drogue sans exiger des usagères ou usagers qu’ils arrêtent de consommer». Les travailleurs et travailleuses qui œuvrent à l’intérieur du programme offrent une variété de services aux personnes qui consomment, incluant l’éducation et la sensibilisation par les pairs, la distribution de fournitures, les échanges de seringues, un soutien aux personnes atteintes du VIH ou de l’hépatite C, de l’information sur la prévention des surdoses et des soins infirmiers.

Selon ses organisatrices et organisateurs, la création du syndicat représente un important pas en avant:

a) Elle représente un défi aux syndicats bureaucratiques traditionnels, qui n’ont pas réussi à organiser les travailleuses et travailleurs de rue et ont laissé les divisions de classes s’approfondir sur leurs lieux de travail. Au congrès de fondation, en juillet, on a constaté que bien que 56% des travailleuses et travailleurs de rue soient rattachéEs à des lieux de travail syndiqués, seulement 39% d’entre elles et d’entre eux sont en fait membres des syndicats officiels. Les employeurs du secteur des services sociaux dépendent du système d’aide sociale pour subventionner leurs effectifs et ils jouent là-dessus pour leur refuser le droit aux bénéfices marginaux, à des congés de maladie et à la sécurité d’emploi. Ils affirment que la généralisation des programmes de workfare vise à leur donner un «coup de main», mais en fait, cela n’a pour seul effet que de remplacer des emplois à durée indéterminée par des contrats à court terme.

b) La syndicalisation sur une base d’industrie permet de s’unir au-delà du lieu de travail. Les travailleuses et travailleurs de rue sont souvent isoléEs dans leur milieu de travail. Le fait de s’organiser sur une base territoriale facilite l’élaboration de revendications concrètes pour tous et toutes. Le syndicat permet également l’adhésion des chômeurs et chômeuses, qui subissent la précarité de l’emploi, et aussi des étudiantes et étudiants, qui sont souvent exploitéEs et placéEs dans des situations dangereuses dans le cadre de leurs stages.

c) Les IWW se disent ouvertement anticapitalistes et souhaitent étendre la lutte de classe au-delà du lieu de travail. De tout temps, la guerre à la drogue n’a cessé de faire des ravages parmi les prolétaires et les communautés racialisées. La première loi canadienne en cette matière, la Loi sur l’opium, ciblait les travailleurs d’origine chinoise qui œuvraient à la construction des chemins de fer. De nos jours, la guerre à la drogue contribue à enfermer des communautés entières dans un cycle de pauvreté, de surveillance étatique et de brutalité policière. Aux États-Unis, les IWW essaient actuellement d’organiser les travailleuses et travailleurs incarcéréEs; pour le THRWU, la guerre à la drogue est une question de classe.

d) Au fur et à mesure où il va croître, en privilégiant l’action directe et l’organisation à la base plutôt que l’organisation de haut en bas, le syndicat prouvera à la classe ouvrière que la victoire ne dépend pas de la perception automatique des cotisations syndicales ni de l’embauche d’organisatrices et organisateurs à plein temps. Nous pouvons nous organiser nous-mêmes sur une base de classe! De la même façon que c’est la lutte des usagères et usagers qui a permis la mise en place des programmes de réduction des risques, c’est la lutte des travailleuses et travailleurs de rue qui leur permettra de faire valoir leurs droits!

Pour en savoir plus: http://thrwu.org