Le colonialisme, de l’Irlande au Canada

Manifestation devant l’ambassade canadienne à Dublin pour protester contre l’emprisonnement des trois camarades du 32CSM à leur arrivée au Canada.

Le vendredi 25 juillet, trois membres du 32 County Sovereignty Movement (le «Mouvement pour la souveraineté des 32 comtés» d’Irlande du Nord) devaient s’adresser à un groupe de militantes et militants communistes à Toronto. La tenue de l’événement a toutefois été compromise à la suite de la décision de l’État canadien de leur refuser l’entrée, même s’ils n’ont bien sûr jamais réalisé quelque activité répréhensible que ce soit au Canada. Les trois militants ont été gardés en détention – dont l’un à la prison à sécurité maximale de Maplehurst – avant d’être expulsés vers l’Irlande. L’événement a pu néanmoins se tenir par vidéoconférence, à partir du domicile de l’un d’entre eux, Martin Rafferty.

Le refus d’entrée de ces trois militants démontre à quel point l’État canadien prend au sérieux la menace posée par les anticapitalistes et anticolonialistes authentiques en Irlande. Il se souvient sans doute des événements qui se sont produits vers 1860 quand des membres de la Fraternité révolutionnaire irlandaise (les fenians) avaient attaqué des bases britanniques au Canada et que des immigrants irlandais avaient mené une série de raids contre l’État.

L’Irlande et le Canada ont comme caractéristique d’avoir tous deux été colonisés par les Britanniques; dans les deux cas, le projet de la bourgeoisie anglaise visant à y établir des rapports sociaux capitalistes impliquait la subjugation des populations locales et autochtones. Aujourd’hui, les deux États sont dirigés par des classes capitalistes nationales et se trouvent du côté des dominants dans l’ordre impérialiste mondial; les bourgeois des deux pays exploitent allègrement leurs classes ouvrières respectives, en particulier les couches en provenance des communautés autochtones.

Comme la présentation de Martin Rafferty l’a démontré, les communistes du Canada ont beaucoup à apprendre des camarades des 32 comtés de l’Irlande, qui ont réussi à maintenir un fort mouvement réclamant la fin de la colonisation britannique et du capitalisme, malgré une répression étatique continue et sévère. Rafferty a notamment décrit les difficiles conditions que vivent les prisonniers politiques du «32CSM», qui ont récemment été intégrés au sein de la population carcérale générale et soumis à une variété d’abus et de violences visant à briser leur esprit révolutionnaire. Grâce à leur détermination, ces efforts ont jusqu’ici échoué.

Les militantes et militants du 32CSM ont été trempéEs par des décennies de lutte; la longue histoire de confrontation avec les autorités coloniales a fait en sorte que les prisons sont devenues un terrain de lutte supplémentaire. Inspirés par cet héritage, les prisonniers politiques irlandais ont recours à une variété de tactiques pour affirmer leur insoumission, leur détermination et leur solidarité, incluant des grèves de la faim et des «grèves de l’hygiène». Les autorités carcérales ont maintes fois été forcées d’accéder à certaines demandes des prisonniers, incluant la fin des fouilles forcées, connues pour leur extrême violence.

Les campagnes de défense des prisonniers politiques occupent une place importante dans la lutte républicaine irlandaise. Néanmoins, Martin Rafferty insiste sur le fait que la question centrale reste celle de l’exploitation incessante des travailleurs et travailleuses d’Irlande, à la fois par les capitalistes britanniques et irlandais. Contrairement à ce que prétendent les médias qui suggèrent que le problème se situe d’abord et avant tout entre protestants et catholiques, la réalité est que l’Église catholique a toujours adopté une ligne nationaliste culturelle, plutôt qu’une ligne républicaine révolutionnaire, selon laquelle elle préfèrerait voir le drapeau irlandais flotter au-dessus des mêmes vieux rapports sociaux d’exploitation que les Britanniques protestants ont amenés avec eux quand ils ont conquis l’Irlande il y a maintenant des siècles.

En Irlande comme au Canada, l’objectif principal du combat demeure la libération des masses travailleuses de l’appareil capitaliste colonial et de ses agents violents que sont la police et les forces armées.