Boycott des élections en Ontario : une campagne fructueuse

Lentement mais sûrement, l’idée du boycott de l’État gagne en popularité, comme en témoigne la toute récente campagne électorale qui vient de se terminer en Ontario. Alors que par le passé, la rupture avec la légalité bourgeoise que représente le boycott rencontrait pas mal de réticences (ceux et celles qui plaidaient en faveur d’un boycott explicite étant considérés comme des hérétiques par les partisans de la « démocratie »), la récente élection a vu la participation de groupes de partout en Ontario, qui ont mené une campagne de boycott unifiée, incluant à Sudbury, Kitchener-Waterloo, Peterborough, Guelph, Ottawa, London, Thunder Bay et Toronto. Les partisans du boycott à Sudbury ont même réussi à se faire entendre des médias grand public, comme CBC Radio.

L’élection du 12 juin et la campagne qui l’a précédée ont confirmé les tendances que nous avions déjà dénoncées à l’occasion de la campagne de boycott de l’élection fédérale de 2011 : le fait que le vote n’empêche aucunement la dérive droitière de la totalité des partis ; le mépris des classes populaires manifesté par la majorité des politiciens de carrière ; la vacuité de l’idéologie du NPD, qui est allé jusqu’à se positionner à la droite du Parti libéral ; etc.

L’État lui-même est conscient de son incapacité à convaincre les masses de participer au cirque électoral. Le très faible taux de participation enregistré lors des scrutins précédents a d’ailleurs amené les responsables politiques bourgeois à évoquer une « crise constitutionnelle ». Cette fois-ci, en désespoir de cause, les apologistes du prétendu « processus démocratique » ont préconisé une pratique qu’ils auraient jugée ignoble il y a à peine dix ans.

Ils ont en effet encouragé les électrices et électeurs incapables de voter pour l’un ou l’autre des partis en lice à annuler leurs votes, car disaient-ils, l’important, c’est de participer ! Mais à quoi au juste ? Ce qu’on doit comprendre de ces exhortations au vote nul, c’est que l’appui au processus électoral est plus important que tout, même si finalement, notre bulletin de vote ne compte pour rien. Au lendemain du 12 juin, on nous annonçait que 52 % des inscrites et inscrits avaient voté, tout en taisant le nombre de celles et ceux ayant annulé leurs bulletins : l’essentiel, c’est qu’ils et elles aient participé ! Une démocratie pour la forme, bref, mais pas sur le fond…

Pour ces apologistes du système bourgeois, le fait d’organiser une campagne de boycott unifiée dans huit différentes villes est bien plus grave que d’annuler son vote. Le boycott exprime une sorte de « décrochage » du processus électoral et un rejet de l’ordre politique actuel. Certains sont allés jusqu’à qualifier le boycott de « cynique », car à leur yeux, tout ce qui rejette l’état actuel des choses ne peut par définition que l’être. D’autres, incapables de rompre avec le système « démocratique », ont jugé la campagne de boycott « utopique », en raison notamment des revendications expressément anticapitalistes qu’elle exprimait. Mais bon, admettez que la campagne n’a pu guère être « cynique » et « utopique » en même temps !

En fait, la campagne de boycott visait à rassembler ceux et celles ayant déjà décidé de ne pas voter, qui ne votent jamais et qui savent déjà très bien pourquoi. Des raisons que plusieurs ont exprimées à l’occasion des nombreuses rencontres qui ont été organisées durant la campagne : le rejet des politiciennes et politiciens et des partis qui n’ont jamais fait rien qui vaille pour les masses ; un rejet des grands partis, car ce sont « les partis des riches ».

L’extension de la campagne de boycott dans plusieurs villes s’inscrit dans cette volonté de transformer le boycott implicite en un mouvement explicite. Cela n’a rien à voir avec un quelconque cynisme ; au contraire, c’est une action constructive en ce qu’elle vise à bâtir un mouvement anticapitaliste durable, qui ne se laissera pas absorber par un système électoral pitoyable qui ne vise qu’à assurer la légitimité de l’État. On ne peut non plus la qualifier d’utopique, dans la mesure où elle n’a vraiment rien d’abstraite : dans les faits, le boycott existe déjà, une partie importante des masses refusant toujours de voter pour des motifs bien réels.

Les diverses activités organisées durant la campagne (agitation, diffusion, manifestations, teach-in, etc.) ont contribué – du moins l’espère-t-on – à générer une prise de conscience plus grande parmi les masses du fait qu’il existe un mouvement plus large par lequel elles peuvent exprimer leur colère contre le système actuel. Parce que ces activités ont réussi à nous mettre en contact avec une variété de personnes que nous n’aurions pu atteindre autrement, elles attirent plus de gens au mouvement et dans d’autres activités visant à mettre fin au capitalisme. Lorsque les prochaines élections fédérales auront lieu en 2015, on peut espérer que le mouvement sera encore plus fort à travers tout le Canada et qu’il offrira un véritable choix à ceux et celles qui en ont marre d’un système qui se fait cyniquement passer pour « démocratique ».