Le Front féministe prolétarien confronte les militants anti-choix

Chaque année à Ottawa, une marche contre le droit des femmes à disposer librement de leur corps attire des milliers de misogynes au mois de mai, qui se rassemblent pour revendiquer la recriminalisation de l’avortement. Cette année cependant, le Front féministe prolétarien et ses alliés, dont le Mouvement étudiant révolutionnaire, ont décidé de rompre avec la traditionnelle contre-manifestation qui avait pris l’habitude de demeurer sur les trottoirs et de confronter dans la rue les adeptes de la répression contre les femmes et spécialement les prolétaires. Après tout, ce sont ces dernières qui seraient les plus touchées si on les forçait à mener à terme une grossesse non désirée.

Lorsque les autres féministes présentes au rassemblement ont vu que la marche anti-choix avait été stoppée avec succès, elles ont pour la plupart saisi l’opportunité et sont descendues dans la rue elles aussi. Résultat, les responsables de la marche anti-choix ont été forcés d’emprunter l’autre côté de la rue, où ils ont été interpellés et hués par les manifestantes. Espérons que cela aura servi de leçon aux étudiants amenés là par leurs directions d’école. Le blocage de la marche anti-choix est clairement une victoire, non seulement pour le Front féministe prolétarien, mais aussi pour le féminisme de classe dans son ensemble. Nous avons fait un pas de plus vers la liquidation de cette semaine vulgaire de célébration du patriarcat.

Quant aux (très rares) militantes pro-choix qui ont refusé de faire preuve de solidarité et sont demeurées sur le trottoir parce qu’elles jugeaient « violente » notre action, nous disons : c’est le fait de marcher et de célébrer d’éventuelles restrictions à notre droit de disposer librement de notre corps qui est violent. Il faut avoir l’audace de confronter les tentatives des zélateurs anti-choix et de leurs alliés au sein du gouvernement Harper de recriminaliser l’avortement. Il est tout aussi nécessaire de bâtir un fort mouvement pour exiger l’accès gratuit et universel à l’avortement.

Car même si l’avortement est officiellement légal depuis la décision de 1988 de la Cour suprême, cet acte médical est encore loin d’être accessible à toutes celles qui ont besoin d’y recourir. Dans plusieurs régions rurales, dans les Maritimes, au Nord et la plupart des régions de l’Ouest du pays, l’avortement demeure cher et peu accessible à moins de voyager des centaines de kilomètres, et les procédures pour y avoir accès respectent à peine la vie privée des femmes. À l’Île-du-Prince-Édouard, la province n’offre aucun service d’avortement, même si elle est normalement tenue de le faire.

Ce n’est pas en votant pour tel ou tel parti qu’on obtiendra l’accès universel à l’avortement ; on n’a plus rien à gagner à s’appuyer sur le même vieux processus des droits démocratiques bourgeois. Le droit des femmes à l’avortement, on le gagnera dans la rue !