Les masculinistes se lamentent

Depuis que le mouvement féministe a réussi à gagner une certaine égalité – fut-elle seulement formelle – certains hommes semblent avoir vécu comme un traumatisme la perte marginale de privilèges que cela a signifié. Interprétant faussement cette perte de privilèges comme une nouvelle forme « d’oppression » et ne désirant rien de mieux que de retourner au […]

Depuis que le mouvement féministe a réussi à gagner une certaine égalité – fut-elle seulement formelle – certains hommes semblent avoir vécu comme un traumatisme la perte marginale de privilèges que cela a signifié. Interprétant faussement cette perte de privilèges comme une nouvelle forme « d’oppression » et ne désirant rien de mieux que de retourner au « bon vieux temps » du patriarcat, ces conservateurs s’en prennent au féminisme qui, selon eux, serait « allé trop loin ». Certains de ces masculinistes vont même jusqu’à prétendre que la « misandrie » a désormais remplacé la misogynie et que ce sont maintenant les hommes, et plus les femmes, qui sont victimes d’oppression !

Le 28 mars dernier à l’Université d’Ottawa, un groupe masculiniste, la Canadian Association for Equality (CAFE), a été ouvertement confronté par des militantes et militants du Mouvement étudiant révolutionnaire (MER) et du Front féministe prolétarien (FFP). La CAFE tente depuis un certain temps de réaliser une percée sur les campus universitaires. Comme le font généralement les groupes dont l’idéologie est autrement répugnante, les partisans de la CAFE ont invoqué les principes « d’égalité » et de « liberté d’expression » pour se plaindre de l’action de leurs opposantes et opposants. Apparemment, la « censure » serait la pire des abominations… Selon leur logique, faire fermer la gueule à un néo-nazi serait donc pire que le fascisme lui-même.

Deux sites Internet chéris des masculinistes (A Voice for Men et A Voice for Male Students) ont publié des articles pour dénoncer l’action des « extrémistes » du MER et du FFP. Les militantes et militants révolutionnaires et féministes devraient être sanctionnées, selon eux, pour avoir « bafoué les droits les plus sacrés de notre société libre et démocratique ». En confrontant la conférence masculiniste, les opposantes et opposants auraient même indirectement « craché sur les soldats ayant combattu et donné leur vie pour protéger la liberté d’expression ». Pour ces partisans du pouvoir mâle, la liberté et la démocratie qu’il faut chérir seraient donc celles qui sont imposées par l’impérialisme : cela en dit long sur leur conception du monde.

Le fait est que le MER et le FFP ont simplement voulu défendre les acquis obtenus au terme de longues batailles – des acquis que la CAFE et les masculinistes voudraient bien voir renversés : le droit des femmes de ne plus être considérées comme une marchandise et celui d’avoir la possibilité de recourir à la justice et de voir leurs agresseurs jugés pour viol quand elles sont victimes d’agression… Cela dit, le MER et le FFP ne se contentent aucunement de cette égalité formelle que reconnaît le droit bourgeois; ils exigent bien plus que cela et savent très bien que l’égalité réelle exigera encore bien des combats.

Tant que les masculinistes voudront revenir à l’époque du pouvoir mâle, il sera juste et nécessaire de les confronter, en dépit de leurs appels incantatoires à la « liberté d’expression ». Le site Web A Voice for Male Students se plaint de « l’intolérance » des étudiantes révolutionnaires et des partisanes du féminisme prolétarien, mais celles-ci ne devraient pas trop s’en faire, car elles sont en bonne compagnie : les divers mouvements qui ont réussi à changer la société pour le mieux historiquement ont toujours été intolérants à l’égard du fascisme, du chauvinisme et de la réaction…