Un documentaire qui dénonce la guerre contre le peuple de l’Inde

Le 22 mars, la section torontoise de la campagne internationale contre la guerre anti-populaire en Inde (ICAWPI) a organisé deux projections à Toronto et à Brampton d’un récent documentaire intitulé Red Ant Dream en présence de son réalisateur, Sanjay Kak.

Tout comme le réalisateur, les responsables de la campagne ICAWPI se sont dits fondamentalement d’accord avec les propos de Shaheed Bhagat Singh, repris dans le film. Communiste et combattant de la liberté, Singh fut pendu à l’âge de 24 ans par les colonialistes britanniques. Avant sa mort, il avait eu ces mots : « Qu’il soit dit clairement que nous sommes en état de guerre ! » Si la guerre contre le Raj britannique est terminée depuis longtemps – l’Inde ayant obtenu son indépendance formelle en 1947 – le pays ne s’en trouve pas moins soumis à une nouvelle forme indirecte de colonialisme, sous la férule l’empire américain.

Le documentaire part des propos de Bhagat Singh pour faire le lien avec la situation du mouvement révolutionnaire contemporain en Inde et la guerre que les autorités mènent contre les masses populaires. Bien qu’elle connaisse plusieurs appellations, cette guerre nous est surtout connue sous celle d’» opération Green Hunt ».

Le réalisateur et documentariste démontre bien comment les manifestantes et manifestants au Pendjab (Nord-Ouest de l’Inde), les combattantes et combattants du Parti communiste de l’Inde (maoïste) dans les jungles de Bastar (Inde centrale) et les adivasis dans l’État d’Odisha (Inde orientale) sont collectivement engagés dans une guerre les mettant aux prises avec les sociétés multinationales américaines et canadiennes et leurs alliés au sein du gouvernement et de l’armée de l’Inde. Les premiers se battent pour défendre leurs moyens de subsistance et s’assurer d’un avenir écologiquement durable et équitable, tandis que les seconds luttent pour assouvir leur soif de profits et maintenir leur pouvoir.

Le gouvernement et des sociétés transnationales canadiennes sont directement impliqués dans cette guerre à travers toute une série d’accords politiques et commerciaux. Le gouvernement Harper souhaite d’ailleurs renforcer la participation du Canada en signant dans les meilleurs délais l’Accord de libre-échange Canada-Inde actuellement en discussion. La section torontoise de la campagne ICAWPI vise à informer les Canadiennes, les Canadiens et les peuples autochtones de cette implication du gouvernement Harper de sorte à favoriser la résistance globale des peuples de l’Inde, du Canada et de l’île de la Tortue.

Les organisatrices et organisateurs de la campagne ICAWPI s’inspirent en outre du défunt Parti Ghadar, formé à Vancouver et San Francisco en 1913 pour lutter contre la domination coloniale britannique en Inde. Ce parti fut d’ailleurs une importante source d’inspiration pour Shaheed Bhagat Singh, pour qui le combat contre le pillage impérialiste en Inde était lié à la lutte contre le racisme et l’exploitation de la main-d’œuvre indienne en Amérique du Nord.

La projection de Red Ant Dream et le travail de solidarité plus général mené par ICAWPI s’avèrent particulièrement pertinents dans le contexte des élections législatives qui se déroulent actuellement en Inde. Il s’agit des élections les plus coûteuses de l’histoire de ce pays, le régime ayant décidé de mettre le paquet pour justifier sa réputation d’être « la plus grande démocratie au monde ». Quant à elles, les millions de victimes de l’opération Green Hunt participent en masse à ce qui pourrait s’avérer le plus vaste boycott électoral de l’histoire de l’humanité.