L’impérialisme canadien à l’œuvre en Haïti

Mario Joseph

Fin février a marqué le triste dixième anniversaire du coup d’État qui a renversé le président Jean-Bertrand Aristide avec l’aide de l’État canadien en Haïti. À cette occasion, le réseau Haïti Action et d’autres groupes sympathisants, dont le PCR à Québec, ont organisé la venue de l’avocat Mario Joseph, un militant pour la justice sociale impliqué au Bureau des avocats internationaux. Dans le cadre d’une tournée qui l’a mené au Québec et en Ontario pour sensibiliser les Canadiennes et les Canadiens aux faits et gestes de leur gouvernement impérialiste, Mario Joseph nous a dressé un bilan horrifique du comportement des agents du soi-disant « développement international ».

Y en a marre des soldats-touristes !

Depuis l’occupation américaine de 1915 à 1934, Haïti a connu 33 coups d’État. Que ce soit le renversement d’un politicien gênant ou un séisme, toutes les raisons sont bonnes pour les puissances impérialistes comme le Canada de violer le droit à l’autodétermination.

Des mois avant le coup du 29 février 2004, toute une campagne de salissage fut montée quand Aristide signifia clairement que les traités de libre-échange n’intéressaient pas son administration. Par le biais des médias et des « spécialistes » des organisations non-gouvernementales, on fit tout pour accuser l’administration haïtienne de violer les droits humains. Que le gouvernement ait élu à 92 % ou qu’il ait triplé le nombre d’écoles secondaire, cela ne voulait rien dire pour les impérialistes !

Des mémos secrets de l’ambassade canadienne à Haïti ont révélé que le Canada avait organisé l’opposition politique en vue de la disparition d’Aristide. Sachant pertinemment que des anciens soldats de l’armée démobilisée terroriseraient la population depuis la République dominicaine voisine, le gouvernement canadien a planifié les remplacements et ajustements à faire dans le gouvernement haïtien. Quand l’intervention militaire du Canada fut jugée « nécessaire », tout était déjà en place dans ce pays mis en tutelle par l’ONU par initiative canadienne.

« Les soldats canadiens, on les appelle les touristes », nous a expliqué Mario Joseph lors de sa conférence à librairie l’Étincelle à Québec. « On ne sait jamais ce qu’ils font dans notre pays : ils tournent en rond avec leurs véhicules et prennent des photos, mais ignorent les 150 exécutions arbitraires que le régime a faites pour taire l’opposition politique. »

Haïti n’est pas un pays pauvre, c’est un pays appauvri

Qu’en est-il d’Haïti aujourd’hui ? Les ONG qui ont afflué après le séisme et les militaires des forces d’occupation ne causent que la bisbille ! Élections manipulées, aide étrangère inefficace et autres calamités s’abattent sur le pays par la faute d’impérialistes avares qui utilisent l’instabilité permanente pour faire rouler les « factory » à Port-au-Prince.

En 2011, l’actuel président et ex-ami des tontons macoutes, Michel Martelly, fut « élu » sans que les détails du scrutin contrôlé par les instances internationales n’aient été révélés. « Martelly obtient les éloges de l’ONU, mais a mis en suspens les élections d’un tiers du Sénat, de tous les maires haïtiens et il bâillonne activement les journalistes et les dénonciateurs », ajoute Mario Joseph.

« Depuis le séisme il y a quatre ans, un million de déplacés sont toujours dans les camps de réfugiés ; mais tout va bien, Martelly et les ONG sont là ! », d’ironiser Me Joseph. En effet, la pertinence de l’intervention étrangère se pose quand des blocs entiers qui se sont effondrés n’ont pas encore été nettoyés et que le pays n’a aucune nouvelle infrastructure. Dans les camps, les conditions de vie sont terribles et des centaines de cas de viols sont gérés par Me Joseph à lui seul. Qui plus est, les occupants militaires sont même à la source de l’apparition du choléra qui était, jusqu’en 2010, étranger à Haïti !

« Haïti n’est pas un pays pauvre, c’est un pays appauvri », s’attriste Mario Joseph. « Haïti possède de l’or, du cobalt, de l’aluminium et du pétrole, mais rien de tout ça ne nous appartient. C’est le néolibéralisme qui nous appauvrit. L’intervention étrangère, c’est le marasme ! »

Comme communistes, nous sommes solidaires avec les luttes de tous les peuples contre l’impérialisme canadien. Les Haïtiennes et Haïtiens forment un peuple particulièrement proche de nous en raison de sa très grande diaspora. Me Joseph appelle à la formation de nouvelles générations de militantes et militants pour la justice sociale. La librairie l’Étincelle lui a généreusement offert quelques classiques du marxisme-léninisme-maoïsme et offre à tout donateur de relayer ses dons d’ouvrages destinés à Mario Joseph.

– Un camarade de Québec