Un atout pour la bourgeoisie et un piège pour la classe ouvrière

Du prochain numéro du journal Partisan, qui paraîtra le 26 mars:

Le 9 mars dernier à Saint-Jérôme au nord de Montréal. la cheffe du Parti québécois Pauline Marois présentait son candidat vedette et magnat de la convergence médiatique, Pierre Karl Péladeau (PKP). Cette annonce a suscité des réactions très positives de la part de personnalités liées au mouvement souverainiste comme Gilles Duceppe, Bernard Landry et Jacques Parizeau, mais aussi d’anciennes personnes dirigeantes du mouvement syndical telles que Gérald Larose, Marc Laviolette et Claudette Carbonneau.

Ce pathétique ralliement au grand boss exploiteur qu’est PKP au nom de la lutte pour le «pays» du Québec révèle une fois de plus comment la grande coalition nationale autour du PQ sert les intérêts de la bourgeoisie et de son État plutôt que ceux des travailleurs et des travailleuses. Espérant crédibiliser l’option souverainiste auprès des capitalistes et encourager la collaboration de classes et la concertation, c’est avec encore plus de clarté que le PQ nous sert la vieille recette qui est la sienne depuis sa fondation.

Contrairement à ce qui est avancé par Québec solidaire et d’autres indépendantistes, l’arrivée de PKP ne représente pas un «virage à droite» du PQ qui irait à l’encontre de l’héritage de son fondateur René Lévesque. De par sa nature et ses positions politiques, ce parti a toujours été au service du capital, tout en faisant preuve d’un opportunisme crasse chaque fois qu’il s’est retrouvé dans l’opposition – ce en quoi il n’est pas différent de tout bon parti bourgeois qui se respecte.

Le PQ est créé en 1968 suite à l’apparition un an plus tôt du Mouvement souveraineté-association (MSA) fondé par l’ancien ministre libéral René Lévesque. Il réunit d’anciens libéraux nationalistes, des partisans du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) de Pierre Bourgault et il intègre officiellement dans ses rangs le Ralliement national (RN), qui défend un nationalisme étroit et conservateur qui va teinter cette alliance. De 1968 à 1976, le PQ canalise le mécontentement populaire et ouvrier contre l’establishment et donne l’impression d’un renouvellement de la politique québécoise face aux vieux partis. Il fait la promotion d’un capitalisme d’ici à travers la construction d’un État national fort qui va aider le «Québec inc.» dans son développement, tout en professant en paroles un «préjugé favorable aux travailleurs».

Les lois spéciales, les réductions de salaires, les coupures dans l’éducation, la santé et l’aide sociale, le bar ouvert pour les minières, les forestières, l’agro-industrie et maintenant les pétrolières, ce n’est pas seulement le monopole du Parti libéral, mais autant sinon plus le bilan du PQ au cours de ses cinq mandats (20 ans!) pendant lesquels il a été au pouvoir.

Le PQ a toujours servi toujours les milieux financiers et s’est fait complice de leurs exigences, comme on a vu avec l’abandon de leurs timides promesses de hausses d’impôts des riches suite au tapage des grands capitalistes et les trahisons de plusieurs de leurs promesses à l’automne 2012. Déjà en janvier 1977, René Lévesque avait tenue à rassurer le grand capital dans un discours prononcé devant l’Economic Club de New York pour dissiper les doutes sur ses véritables intentions. Bourgeois et impérialistes, vous pouvez dormir tranquille et compter votre fortune, le projet du PQ, c’est l’affirmation d’une bourgeoisie francophone intégrant le système impérialiste en partenariat avec la bourgeoisie du reste du Canada et des États-Unis. Pas question d’une république des conseils où il serait question d’exproprier les banques et les industries au profit des besoins de la collectivité travailleuse au pouvoir…

La candidature de PKP s’inscrit dans cette histoire et ne représente en rien une rupture avec le passé De la politique au sens large du terme, le fils Péladeau en faisait déjà de par son influence dans les réseaux élitistes et sa récente nomination comme président du conseil d’administration d’Hydro-Québec par le PQ; on a vu ce que ça a donné avec les hausses de tarifs pour le peuple et les forfaits cadeaux aux grandes compagnies.

C’est surtout à travers son influence sur les masses, via les journaux, magazines et la télé qu’il contrôle, que PKP a démontré sa puissance depuis une vingtaine d’années. Ayant hérité de Québecor, il va recevoir la généreuse aide de la Caisse de dépôt et de placement en l’an 2000 pour acquérir Vidéotron et TVA, en plus de contrôler Sun Media au Canada anglais. Partisan de la compétitivité et de la productivité, il impose à ses syndiquéEs de multiples lock-out et ses médias vomissent un discours de plus en plus réactionnaire contre les syndicats, les programmes sociaux, les Premières Nations, tout en développant le show-business québécois et les téléréalités où les arts et la culture ne sont plus que divertissement et abrutissement.

Québecor est aussi au cœur du discours islamophobe et raciste avec tout le délire autour des prétendus accommodements «déraisonnables», d’abord en 2007 puis en 2013 autour de la fameuse «charte des valeurs» du PQ. Pour ce qui est de Sun Media, on peut souligner non sans ironie les relents anti-francophones de plusieurs de ses commentateurs, mais bon, PKP n’est pas là pour défendre les droits linguistiques des minorités canadiennes-françaises hors Québec, il est là pour faire du profit avec des propos démagogiques, nationalistes ou chauvins. Ses médias se sont aussi fait les champions de l’offensive idéologique contre la grève étudiante de 2012 et toutes les formes de manifestations populaires dans la rue en prenant partie pour l’ordre établi et la police.

En annonçant ses intentions de trouver 10 milliards de dollars pour rembourser aux banques la dette dans son prochain mandat, le PQ se prépare encore une fois à déclarer la guerre au prolétariat qui se verra taxer encore plus pour des services publics réduits et de qui on exigera de travailler plus et plus longtemps pour le «pays». Nous devons répondre par la lutte pour défendre nos intérêts, ce qui exige de rompre avec le discours nationaliste et la défense de l’État bourgeois, qu’il soit à Québec ou à Ottawa, et de s’unir aux Premières Nations. Il est plus que temps de rejeter cette vieille salade bourgeoise corrompue que nous propose le PQ, qui veut «bâtir un pays» sur le dos des travailleurs et travailleuses de toutes origines.

Peu importe le parti qui sera élu le 7 avril, notre vraie victoire passe par le développement de nos luttes et de nos organisations de combat pour renverser le vieil État et bâtir un nouveau pouvoir, une nouvelle société. Alors, boycottons leurs élections!