«Nous», c’est qui?

Le débat fait rage au Québec à la suite du dépôt du projet de «charte des valeurs» du gouvernement péquiste. Comme on le prévoyait, le Parti québécois souhaite interdire le port de tout symbole religieux aux employéEs de l’État, des écoles, hôpitaux, cégeps, universités et centres de la petite enfance. Une exception serait faite pour les symboles plus petits jugés «moins dérangeants», comme la croix catholique que certains portent dans le cou. De même, le crucifix restera accroché à l’Assemblée nationale et on continuera à réciter la prière lors des réunions de conseils municipaux. Bref, il s’agit d’une «laïcité» qui n’en est pas une.

Le 14 septembre, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Montréal à l’appel du Collectif québécois contre l’islamophobie pour dénoncer à raison le racisme sous-jacent au projet péquiste. Des milliers de gens ont signé le «Manifeste pour un Québec inclusif» initié par des universitaires et intellectuelLEs. Au sein même du mouvement indépendantiste, certainEs comme la députée bloquiste Maria Mourani découvrent le visage hideux du nationalisme ethnique et remettent en question leur adhésion au projet péquiste.

Si elle nous apparaît certainement positive dans le contexte actuel, cette critique libérale du projet du PQ, qui s’appuie sur la défense des «droits et libertés» que le système capitaliste a été contraint de consentir au cours du 20e siècle, demeure toutefois limitée. Elle risque notamment d’être peu convaincante auprès des masses prolétariennes qui jouissent de moins en moins de ces droits et qui sont justement la cible de la propagande péquiste, qui veut les rallier à son projet.

Nous, du journal Partisan, croyons qu’il faut remettre au premier plan la question de classe. Comme travailleurs et travailleuses, nous devons nous positionner en fonction de nos intérêts, et non par rapport à nos origines ou notre adhésion à telle ou telle religion. C’est uniquement comme ça qu’on pourra déterminer qui sont nos véritables ennemis et qui sont nos amis avec qui nous pouvons et devrions nous unir pour combattre les premiers. Alors, posons-nous donc ces quelques questions:

  • Au Québec, qui donc a saccagé ce qui restait du régime d’assurance-chômage, accentuant ainsi la précarité de centaines de milliers de travailleurs et travailleuses? Christian Paradis, Denis Lebel, Maxime Bernier…
  • Qui s’en est inspiré pour mettre en œuvre des changements au régime d’aide sociale qui vont appauvrir les personnes assistées sociales? Agnès Maltais.
  • Qui a décidé de maintenir la taxe santé régressive initialement imposée par les libéraux et fait de même avec la hausse de 6% et plus des tarifs d’électricité? Nicolas Marceau.


  • Qui s’est écrasé devant les entreprises minières et pétrolières? Martine Ouellet.


  • Qui poursuit le Plan Nord de Jean Charest au mépris des droits territoriaux et ancestraux des peuples dont le «patrimoine historique» est certainement aussi méritant que le nôtre? Pauline Marois.


  • Qui a défendu becs et ongles l’infâme hausse des frais de scolarité universitaires pendant le «printemps érable»? Line Beauchamp et Michelle Courchesne.

 Qui a finalement dégelé ces frais après avoir hypocritement porté le «carré rouge»? Pierre Duchesne.


  • Qui a toujours refusé de modifier la loi anti-scabs pour en faire une vraie loi… anti-scabs, au grand bonheur des Pierre-Karl Péladeau de ce monde? Diane Lemieux, Jean Rochon, Laurent Lessard, Lise Thériault…

 Qui ne fait toujours rien pour corriger cette situation? Agnès Maltais.
  • Qui nous a roulés dans la farine en profitant d’un système de corruption grâce auquel ils ont empoché des millions de dollars pris à même nos poches? Rosaire Sauriol, Luc Leclerc, Bernard Trépanier… sans oublier le roi des crosseurs, Gilles Vaillancourt.


Parmi toutes les personnes ci-haut mentionnées, combien de musulmans? Combien de sikhs portant le turban? Combien de femmes portant le foulard islamique?


Ce sont tous et toutes de «bons Québécois», de souche ou «intégrés comme on les aime», qui parlent «notre langue», partagent «nos valeurs» (c’est du moins ce qu’ils nous disent!) et se réclament d’un même «patrimoine historique auquel on tient tant». 

Pourtant, ces gens-là nous attaquent quotidiennement. La vérité, c’est que leurs «valeurs» sont à mille lieues des nôtres.

Vous voulez parler d’identité? Eh! bien, parlons-en! Notre identité, c’est celle de la collectivité solidaire des travailleurs et travailleuses.

Frères et sœurs de la classe ouvrière, ne nous laissons pas berner. Rejetons le piège de la charte identitaire du PQ. Unissons-nous et battons-nous tous et toutes ensemble – peu importe ce à quoi l’on croit ni d’où nous venons – pour un avenir et un monde libéré des capitalistes et de toute forme d’exploitation!