Égypte: Sans armée populaire, le peuple n’a rien

Deux ans après le renversement du régime de Moubarak, le peuple égyptien s’est à nouveau soulevé : à la fin juin, des millions de personnes sont descendues dans les rues pour manifester leur mécontentement à l’égard du régime Morsi dans ce que certains médias ont qualifié de «plus grande manifestation dans l’histoire de l’humanité». L’histoire se répète: comme elle l’avait fait en 2011, l’armée égyptienne s’est rangée du côté de la rébellion et a choisi de larguer Mohamed Morsi.

Cependant, comme le disait Mao, «sans armée populaire, le peuple n’a rien». Bien que l’armée égyptienne semble avoir pris le parti du peuple en déposant Morsi, elle n’est en rien une armée révolutionnaire; au contraire, elle défend ses intérêts de classe. L’armée égyptienne possède une longue histoire de protection des régimes oppressifs qui se sont succédé. Le fait qu’elle ait choisi d’éliminer Morsi du pouvoir montre simplement que ses leaders ont été assez intelligents pour comprendre que cela était désormais nécessaire pour apaiser les masses et assurer la stabilité pour la classe dominante.

Les récents soulèvements populaires en Égypte ont été caractérisés par la spontanéité et l’absence de direction, de planification et d’organisation qui eut été nécessaire pour ouvrir la porte à une révolution. De fait, la «plus grande manifestation dans l’histoire de l’humanité» a été pacifiée par le coup d’État militaire.

Bien qu’il soit tentant pour certains de conclure que l’action de l’armée n’équivaut pas à un coup d’État, qu’elle a simplement exécuté la volonté populaire et que son intervention se voulait «humanitaire», les porte-parole les plus rusés de l’impérialisme l’ont célébré pour ce qu’elle est. Ainsi, l’équipe éditoriale du Wall Street Journal a non seulement félicité l’armée égyptienne, mais elle a mis de l’avant que l’armée prolonge son séjour au pouvoir, plutôt que d’organiser une nouvelle élection, à l’exemple du régime de Pinochet au Chili qui, après avoir renversé le gouvernement Allende élu démocratiquement en 1973, s’est livré pendant des années à la torture, aux exécutions, aux disparitions et au viol sanctionné par l’État.

Indépendamment de l’intervention de l’armée, le dernier soulèvement populaire en Égypte confirme par ailleurs que nous vivons réellement une époque de révoltes contre le capitalisme mondial. Malgré leurs limites évidentes, nous devons soutenir ces révoltes, qui prouvent que ce sont les masses qui font l’histoire. Pour autant, nous devons aussi nous rappeler que cette histoire peut être compromise et détournée par les militaires et de nouveaux régimes réactionnaires, en l’absence d’une direction révolutionnaire. À défaut d’avoir détruit les institutions du pouvoir de classe – à commencer par l’armée –, la rébellion en Égypte n’aura jamais pu se transformer en révolution.