Harper fait machine arrière, mais veut quand même nous appauvrir

Le gouvernement Harper a finalement annoncé des changements à son Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) après avoir essuyé les critiques des partis d’opposition, qui lui ont reproché de permettre à des «étrangers» d’occuper des emplois que des Canadiennes et Canadiens auraient pu techniquement combler.

Depuis qu’il est au pouvoir, le gouvernement conservateur a facilité l’embauche de travailleuses et travailleurs étrangers, dans des secteurs aussi variés que l’agriculture et les technologies de l’information. En 2012, le gouvernement a notamment modifié les règles pour permettre aux entreprises ayant recours au PTET de verser des salaires inférieurs de 5 % à 15 % à ceux généralement en vigueur dans un secteur d’activité donné.

Le Parti libéral et le NPD se sont plaints de ce que ces changements avaient eu pour effet de faire perdre des jobs à des Canadiennes et Canadiens. Il semble que cela se soit effectivement produit dans certains cas (comme celui de la RBC Banque Royale); mais la plupart du temps, les travailleuses et travailleurs étrangers viennent occuper des emplois dont personne d’autre ne veut en raison de la faible rémunération et des longues heures de travail qui y sont associées. En tout état de cause, il demeure que les changements apportés au PTET au cours des dernières années avaient clairement pour objectif d’accentuer la pression pour faire baisser les salaires ouvriers – toutes catégories confondues.

Cependant, le discours des partis d’opposition suggérait subtilement que c’est la présence, en soi, de travailleuses et travailleurs étrangers qui était la source du problème. Mais soyons clairs: ce sont les règles du jeu du système capitaliste qui sont en cause.

La réalité, c’est que les travailleuses et travailleurs étrangers temporaires sont parmi les plus exploitées à l’échelle de la planète. Une fois rendues ici, elles et ils ne peuvent obtenir un statut permanent et doivent retourner dans leur pays dès l’expiration de leur permis de travail (maximum quatre ans). Pendant ce temps, elles et ils sont éloignées de leurs proches et condamnées à occuper des emplois subalternes à faible salaire, tout cela parce qu’elles n’ont pu trouver de travail dans leur pays d’origine. Puisque leur employeur peut les licencier et donc les forcer à quitter le Canada à n’importe quel moment, elles et ils se retrouvent dans une situation de grande vulnérabilité.

À la suite des réactions suscitées par le cas de la RBC, le gouvernement Harper s’est donc vu contraint d’apporter des changements au PTET, qui feront en sorte qu’il sera désormais plus difficile pour les entreprises canadiennes d’y recourir. Ces dernières devront maintenant démontrer avoir tenté sans succès d’embaucher des Canadiennes et Canadiens. De plus, elles n’auront plus le droit de verser aux travailleuses et travailleurs étrangers temporaires des salaires inférieurs à la moyenne. Ces changements auront vraisemblablement pour effet de diminuer le nombre de travailleuses et travailleurs étrangers temporaires, qui avait doublé depuis que le gouvernement Harper est entré en fonction, passant à 338 000. Mais ils ne rendront pas la vie plus facile pour autant à ceux et celles qui viennent travailler ici.

Tant que le système capitaliste règnera, les entreprises utiliseront toujours leur pouvoir pour s’assurer d’avoir accès à un large bassin de main-d’œuvre bon marché. Les gouvernements des pays impérialistes vont continuer à soutenir militairement et financièrement les dirigeants des pays pauvres qui acceptent de maintenir les bas salaires. Les mêmes gouvernements et sociétés capitalistes n’hésiteront pas non plus à renverser ou affaiblir ceux qui osent parfois accorder plus de droits aux travailleurs et travailleuses, comme ce fut le cas d’Allende au Chili, d’Aristide en Haïti et de Chavez au Venezuela. Sur le plan intérieur, ils continueront à implanter et soutenir des programmes comme le PTET, qui les assurent d’une main-d’œuvre peu coûteuse ayant accès à peu de services et ne jouissant que de droits très minimaux, de sorte qu’elle n’a pas le choix que d’accepter son sort.

Il ne peut y avoir de justice ou d’équité pour la classe ouvrière dans le cadre du système capitaliste mondial. Comme travailleuses et travailleurs, nous devons lutter tous ensemble, au Canada et partout ailleurs, pour renverser ce système. Cela implique de lutter contre les tentatives de «diviser pour mieux régner» que les capitalistes utilisent pour affaiblir notre capacité de combat. Il n’y a pas de «canadiens» ni d’«étrangers»: nous sommes tous et toutes travailleurs et travailleuses.