Les «masculinistes» frappent un nœud à l’Université de Toronto

Des étudiantes et étudiants associées au Mouvement étudiant révolutionnaire (MER) et à d’autres groupes progressistes présents sur le campus de l’Université de Toronto se sont rassemblées le 1er avril pour dénoncer la tenue d’un événement organisé par un groupe «masculiniste». Debout sur les plates-bandes soigneusement entretenues qui longent le campus, les manifestantes et manifestants ont scandé : « À bas la misogynie! À bas l’Université de Toronto! À bas la bourgeoisie!» La conférence masculiniste était le troisième événement du genre à avoir lieu sur le campus depuis le début de la présente année scolaire.

La première conférence, tenue en novembre 2012, mettait en vedette l’auteur d’un livre intitulé The Myth of Male Power Le mythe du pouvoir masculin») – un triste sbire qui défend ouvertement le viol. Parmi les manifestantes et manifestants présentes le 1er avril, plusieurs en avaient gros sur le cœur contre cet individu, qui prétend que les femmes qui disent «non» sont des menteuses.

Les protestataires ont commencé par former une chaîne humaine et réussi à bloquer l’accès à l’événement pendant une bonne heure. Les flics du campus sont alors venus à la rescousse des masculinistes – ce qui, avouons-le, n’est guère surprenant. La vermine masculiniste s’en est alors pris à un manifestant, qui s’est courageusement défendu. Ces nervis ont pris des photos des manifestantes et manifestants qu’ils ont affichées sur le Web, accompagnées d’un appel à les «traquer et harceler».

Les partisans des «droits des hommes» demeurent une espèce relativement marginale au Canada, mais leur nombre continue à croître, essentiellement parmi les hommes blancs. Leur conscience sociale se rapprochant du degré zéro, ils perçoivent la perte éventuelle de certains privilèges comme étant essentiellement la faute des femmes. Plutôt que d’associer les problèmes qu’ils vivent au capitalisme et à l’exploitation de la classe ouvrière, ils préfèrent en blâmer les femmes.

Les masculinistes prétendent que les quelques succès remportés par les femmes, notamment dans les sphères de l’éducation et du travail, ont entraîné une dégradation de la condition des hommes – cela, même si toutes les données empiriques démontrent que les femmes gagnent toujours moins que les hommes, ce qui est d’autant plus vrai pour les femmes du prolétariat. En outre, ils considèrent les règlements de divorce et le paiement d’une obligation alimentaire comme étant une injustice, même si de fait, les mères divorcées demeurent beaucoup plus pauvres que leurs ex-conjoints. Le fait que les procédures de divorce s’avèrent coûteuses autant pour les hommes que les femmes n’a pourtant rien à voir avec le féminisme: cela résulte de la précarité du travail inhérente au capitalisme, de la diminution générale des salaires et des coupes dans les programmes sociaux.

Les participants à la conférence du 1er avril étaient invités à discuter de la façon dont la société est passée de la misogynie à ce que les masculinistes appellent la «misandrie» (un sentiment d’hostilité envers les hommes). Il ne vaut même pas la peine de mentionner le nom du conférencier ni le titre du livre qu’il venait présenter.

Une quarantaine de personnes ont assisté à l’événement, soit à peu près le même nombre que les protestataires. Le groupe de manifestantes était peu nombreux, mais il s’est avéré drôlement efficace. L’action a été ponctuée de nombreux slogans et de quelques discours au nom des organismes présents, dont le MER. Au bout d’un certain temps, les manifestantes et manifestants sont entrées à l’intérieur du pavillon où la conférence devait avoir lieu. Ils et elles ont frappé sur les portes derrière lesquelles les masculinistes étaient enclavés. Ceux-ci ont fait appel aux flics. L’écho des slogans s’est fait entendre dans tous les corridors: « Une lutte, un seul combat! Femmes, hommes et transgenres, unissez-vous!»

Vers 20 heures, les masculinistes ont été forcés de sortir de leur tanière après qu’une alarme incendie eut été déclenchée. Les deux groupes se sont alors affrontés à l’extérieur. Une altercation a éclaté après qu’un masculiniste ait frappé un étudiant. La bagarre et les agressions verbales se sont poursuivies pendant plusieurs minutes.

Cette hystérie des temps modernes qui s’affiche sous le vocable de la «défense des droits des hommes» s’apparente à l’agonie d’un animal qui ne sait pas d’où sa douleur provient; elle se manifeste aussi à travers les griffes acérées d’un chien enragé. Les communistes doivent lutter de manière active contre ce courant et ceux qui s’en font les promoteurs, de sorte à s’assurer que la confusion qu’ils tentent de répandre ait le moins d’impact possible sur les masses populaires.