Les trois principaux partis appuient le projet d’Enbridge

Les protestations se multiplient un peu partout au pays contre le projet de la compagnie albertaine Enbridge d’inverser le sens d’écoulement du tronçon de son oléoduc entre Sarnia et Montréal.

Déjà, Enbridge a reçu l’autorisation d’inverser le flux de son oléoduc entre Sarnia et North Westover en Ontario; cet été, l’Office national de l’énergie statuera sur l’autre portion de la canalisation entre North Westover et Montréal. Cette portion longe des villes comme Hamilton, Oshawa et Kingston et elle traverse des bassins versants considérés vitaux sur le plan écologique. Il est à noter que des dirigeants à la retraite du secteur pétrolier siègent à l’Office national de l’énergie; l’organisme accorde en outre une très grande marge de manœuvre aux compagnies pétrolières, qu’elle autorise à réaliser elles-mêmes leurs études d’impact.

Pourquoi faut-il se soucier de ce projet? Actuellement, la canalisation 9 transporte du pétrole raffiné, d’est en ouest. Si le projet se concrétise, le flux sera inversé et surtout, on y transportera dorénavant du bitume brut et dilué (ou dilbit), à partir de l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta. Le bitume dilué est plus épais que le pétrole raffiné et son transport requiert une pression beaucoup plus grande, ce qui augmente le risque de fuites. En outre, le bitume est souvent dilué avec du benzène, un composé organique dont les propriétés cancérogènes sont connues.

Les résidentes et résidents des régions situées dans les environs du passage de la canalisation d’Enbridge ont raison de craindre les effets potentiellement nuisibles de ce projet. En 2010, Enbridge a déversé pas moins de trois millions de litres de bitume dilué dans la rivière Kalamzoo dans l’État du Michigan. Le pétrole lourd qui s’est retrouvé au fond de la rivière – et qui s’y trouve toujours – a eu un effet dévastateur sur la faune qui s’y trouve. Les autorités n’ont pas encore fini d’évaluer dommages environnementaux causés par cet «incident».

Les résidentEs et les environnementalistes qui s’opposent au projet d’Enbridge sont en train de goûter à ce que vivent avec encore plus d’ampleur les communautés largement autochtones, qui vivent autour des sables bitumineux du nord de l’Alberta. À Fort Chipewyan, par exemple, une enquête indépendante vient d’être lancée en février pour déterminer les raisons pour lesquelles les taux de cancers sont inexplicablement élevés parmi les résidentes et résidents.

Les trois principaux partis politiques fédéraux se sont tous prononcés en faveur du projet d’Enbridge. En septembre dernier, le chef du NPD Thomas Mulcair l’a qualifié de «solution pleine de bon sens favorable aux entreprises». Les lobbyistes des compagnies de pétrole et les politiciens essaient de convaincre la population de se tenir tranquille en misant sur les compensations qui seront versées aux propriétaires des terrains environnants et les promesses de création de «milliers d’emplois», que les opérations de raffinement du pétrole des sables bitumineux en Ontario et au Québec entraîneraient.

On voudrait que l’on soit reconnaissant envers la bourgeoisie canadienne; or, c’est elle qui a éliminé des centaines de milliers d’emplois depuis une vingtaine d’années, en transférant les emplois manufacturiers dans des pays à bas salaires. C’est cette même bourgeoisie qui n’a pas hésité à sabrer les services publics et à attaquer les syndicats, afin de faire en sorte que les emplois plus stables et mieux payés soient remplacés par des jobs à temps partiel et faiblement rémunérés.

La bourgeoisie pétrolière utilise également le discours nationaliste en affirmant que le projet Enbridge va réduire la dépendance de l’Est du pays envers le pétrole en provenance des pays du Moyen-Orient, connus pour leurs «violations des droits de l’homme». Les compagnies pétrolières espèrent ainsi nous faire oublier les effets de l’exploitation des sables bitumineux sur les Premières nations de l’Alberta – sans parler de la surexploitation des travailleurs migrants et travailleuses migrantes à laquelle la bourgeoisie canadienne se livre.

À travers tous ces discours, on ne nous parle évidemment jamais des possibilités de réduire notre dépendance au pétrole et de mettre fin à l’extraction des sables bitumineux – une production plus coûteuse et bien plus néfaste pour l’environnement que celle du pétrole brut léger. Tout comme on ne nous parle jamais de la possibilité de créer des emplois sûrs et enrichissants pour la collectivité – des emplois qui ne conduisent pas à la destruction de l’environnement et qui ne causent pas de cancers mortels pour les populations autochtones. L’actuel débat sur le projet d’Enbridge nous rappelle les raisons pour lesquelles nous devons nous battre contre le capitalisme et pour la révolution.