La «révolution islandaise», mythe ou réalité?

Il arrive dans certains milieux que l’on nous parle d’une «révolution» qui se serait produite il y a environ trois ans en Islande. Le journal Partisan s’excuse de ne pas en avoir parlé plus tôt et d’être passé à côté de ce grand événement. À notre décharge, nous ne sommes pas les seuls – il appert en effet que les Islandaises et Islandais eux-mêmes ne se sont toujours pas aperçu qu’une révolution a eu lieu dans leur propre pays… Alors qu’en est-il donc?

Le bruit court qu’à la suite d’immenses manifestations, les banques islandaises auraient été nationalisées et le gouvernement forcé de démissionner. On entend encore qu’un conseil aurait été élu afin de réécrire la constitution et que l’Islande aurait annoncé à ses créanciers son refus définitif d’honorer la totalité de ses dettes antérieures.

Quand bien même on accepterait d’appeler cela une «révolution», encore faudrait-il que l’affirmation concorde un tant soit peu avec la réalité. De manifestations massives, il semble qu’il n’y ait eu que le rassemblement, à son plus fort, de plus ou moins 6 000 personnes, soit 2 % de la population. Et que seulement 36 % de la population a participé à l’élection du fameux conseil qui doit réécrire la constitution – élection qui a par ailleurs été déclarée invalide par les tribunaux, qui ont suspendu le processus jusqu’à nouvel ordre.

Enfin, bien que l’Islande ait en effet renégocié les termes du remboursement de sa dette à la suite d’un référendum (faisant passer le taux d’intérêt de 5 % à 3 %), ce remboursement n’en a pas moins été ratifié par le parlement nouvellement élu. Nationalisées, les banques l’ont été au moment où elles étaient menacées de faillite; depuis, elles ont été reprivatisées, dettes en moins. De cette «révolution», il ne reste donc que l’élection d’une coalition d’écologistes et de socio-démocrates à la tête du pays.

Dans un pays dont la population compte pour un peu plus de la moitié de celle de la seule ville de Québec, la «révolution islandaise» est présentée par certains comme un modèle sur lequel la Grèce, l’Espagne, l’Égypte, voire le Québec et le Canada devraient ou auraient dû prendre exemple. À trop rêver, certains ont fini par prendre leurs rêves pour la réalité…

Ce qui s’est passé en Islande nous montre au contraire qu’un vague consensus spontané, même s’il est plein de bonne volonté, ne peut conduire au renversement du système bourgeois. Ceux et celles qui ne jurent que par le «modèle islandais» feraient mieux de sortir de ce «monde caché des Elfes» et de reconnaître que les révolutions sans révolution, ça n’existe tout simplement pas.