À gauche toute?

Le gouvernement péquiste élu à la suite de l’élection du 4 septembre a annoncé une série de mesures qui ont fait dire à certains qu’il s’agit d’un gouvernement «de gauche», que les travailleurs et travailleuses auront intérêt à appuyer, d’autant plus qu’il est minoritaire: annulation de la hausse des frais de scolarité universitaires, abrogation de la loi 12 (ex-projet de loi 78) liberticide, annulation de la taxe santé régressive, fermeture de la centrale nucléaire de Gentilly-2, abandon de la filière du gaz de schiste… Bref, il y en a plus qu’assez pour contenter les réformistes convaincus qu’il est possible de «sortir le Québec du néo-libéralisme» sans s’attaquer au capitalisme.

Les décisions prises par le nouveau gouvernement s’inscrivent dans un contexte tout à fait particulier, après six mois de lutte de masse ayant pratiquement rendu le Québec ingouvernable (des centaines de manifestations de rues, des douzaines d’actions directes perturbatrices, des milliers d’arrestations, un réseau scolaire post-secondaire pratiquement paralysé, etc.). Cela constitue bel et bien une victoire, dont le crédit ne revient aucunement au PQ, mais aux étudiantes, étudiants et aux centaines de milliers de gens qui les ont appuyéEs de façon militante.

La tactique électorale du PQ, développée depuis le printemps, aura été de se faire l’instrument politique parlementaire de la défaite des libéraux aux mains du mouvement de masse. Mais ce positionnement du PQ comme rempart parlementaire face à l’austérité est on ne peut plus précaire, comme en témoigne la volte-face qu’il s’apprête d’ailleurs à opérer quant à la hausse des taux d’imposition des plus riches.

Historiquement, le PQ a prouvé deux fois plutôt qu’une (de 1976 à 1985, puis de 1994 à 2003) qu’il était d’abord et avant tout un excellent gestionnaire du capital, qui ne s’est jamais particulièrement distingué par une quelconque volonté «d’abattre le système»…

Or, l’approfondissement de la crise qui secoue le système capitaliste à l’échelle mondiale forcera le PQ, comme n’importe quel parti ayant pour vocation de gérer l’État bourgeois, à imposer un programme d’austérité encore plus sévère pour rétablir des conditions d’exploitation susceptibles de redresser les taux de profit et relancer l’accumulation capitaliste. Pas plus tard que dans 100 jours, on verra lors du sommet sur l’éducation supérieure combien de temps aura duré le gel temporairement rétabli des frais de scolarité universitaires… Le dicton qui veut que « la bourgeoisie cherche à reprendre d’une main ce qu’elle a été obligée de concéder de l’autre » se verra à nouveau confirmé.

Là où le PQ cherchera peut-être encore à se distinguer, c’est par le mode de gouvernance particulier qui lui est cher, basé sur le tripartisme et la cooptation/participation des mouvements sociaux dans la gestion de l’État. Et ça, ça représente un vrai danger, car susceptible d’affaiblir considérablement encore plus l’indépendance et la capacité de lutte des mouvements ouvrier et populaire.

La construction d’un mouvement large, militant et relativement indépendant de l’État est sans doute l’un des principaux acquis du «printemps érable». Cet acquis, il faut le chérir et le préserver à tout prix: pas de «paix sociale» pour les exploiteurs, non à la collaboration de classes!

(Photo: La nouvelle première ministre Pauline Marois.)