Des néo-nazis à visage découvert à Montréal

L’excellent site Web fachowatch.com révélait il y a quelques jours la présence active d’une cellule du parti néo-nazi grec «Aube dorée» dans la région de Montréal. Ses membres ont notamment organisé une collecte de denrées non-périssables et de produits de première nécessité dans le quartier Parc-Extension, qu’ils ont ensuite expédiés à leurs homologues en Grèce pour distribution exclusive aux «Grecs de souche» victimes de la crise qui secoue ce pays.

Malgré les efforts des administrateurs de fachowatch.com, l’affaire n’a pas semblé intéresser les médias montréalais: c’est le quotidien torontois National Post qui fut le premier à révéler l’affaire auprès du grand public. Le journal cite le « chef adjoint » de la cellule, Spiros Macrozonaris, qui affirme compter déjà sur plus de 150 membres.

Jadis considéré comme un petit groupe sans importance, Aube dorée occupe de plus en plus de place dans la vie politique grecque. Lors des dernières élections législatives tenues en juin, il a raflé près de 7% des suffrages, faisant élire 18 députés sur les 300 que compte le parlement hellénique. Ses sbires se spécialisent dans les attaques contre les personnes migrantes; une de leurs tactiques préférées est d’intercepter les autobus pour en extirper les personnes qu’ils suspectent ne pas être de «vrais Grecs», avant de les battre et les laisser sur la rue.

Certains ont pensé que l’entrée de ce parti au parlement allait l’amener à modérer son discours et sa pratique, mais c’est tout le contraire qui s’est produit. Le groupe vient notamment de lancer une vidéo dans laquelle une bande de nervis – incluant des parlementaires – saccage un marché aux puces opéré par des immigrantes et immigrants.

Un récent reportage paru dans le quotidien britannique The Guardian affirme que l’élection d’un groupe de députés du parti néo-nazi semble avoir encouragé ses supporters. Le journal pointe le lien de plus en plus évident entre Aube dorée et la police, avec qui la collaboration est désormais ouverte. Il fait état de plusieurs témoignages, dont celui d’une fonctionnaire qui s’est vue référer à Aube dorée lorsqu’elle a tenté de rapporter au poste de police le crime dont sa mère avait été victime. L’officier lui a candidement expliqué que les crimes dont les suspects sont des personnes migrantes doivent désormais être rapportés directement au parti néo-nazi…

La crise frappe durement les masses populaires de Grèce, qui ploient sous les mesures d’austérité imposées par la «troïka» (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international). Depuis deux ans, la résistance des masses a entraîné une profonde crise sociale et politique, qui a fait craindre à la bourgeoisie grecque et européenne l’émergence d’une situation révolutionnaire. La «tentation fasciste» apparaît désormais comme une alternative non seulement utile, mais peut-être même nécessaire pour la classe dominante, qui souhaite détourner la colère des masses vers une autre cible qu’elle et infliger une défaite absolue au prolétariat organisé.

La crise est mondiale et la résistance populaire doit l’être aussi: la vermine fasciste représente un danger pour la classe ouvrière et elle n’a pas plus sa place à Montréal qu’en Grèce, peu importe sous quel drapeau elle se présente.

(Photo: Manifestation en Grèce contre le parti «Aube dorée».)