La grève étudiante, un enjeu pour la classe ouvrière

Dans l’histoire de la lutte des classes, il y a eu des moments qui ont eu une signification politique très importante et ont prédestiné la suite des choses. On peut penser à Mai 1968 ou au Front populaire des années 1930 en France. Au Canada, il y a eu la grève de Winnipeg en 1919 ou le Front commun de 1971. Dans les années 1980, les défaites subies lors de la grève des mineurs en Grande-Bretagne et celle des contrôleurs aériens aux États-Unis ont été marquantes parce qu’elles annonçaient des années de recul du mouvement syndical.

Ce qui se joue au Québec actuellement est peut-être du même ordre. Bien sûr, c’est encore un mouvement de lutte étudiant, même s’il tend à s’élargir. Malgré une accalmie temporaire, le mouvement n’est pas encore étouffé et on se prépare à une forte reprise de la lutte à la mi-août, alors que le gouvernement va utiliser la loi 78 pour forcer le retour en classe.

Une victoire du gouvernement libéral dans le dossier étudiant serait fortement préjudiciable pour les prochaines années. Son calcul a été de frapper sur les étudiantEs en les dépeignant comme provenant de milieux favorisés et tirant profit de faibles frais de scolarité, si on les compare avec le reste de l’Amérique du Nord. Quoi de mieux que de frapper sur des «enfants gâtés»? À vrai dire, celles et ceux qui avaient le plus à perdre de la hausse, sont restéEs longtemps au front (14 semaines) alors que les étudiantEs des domaines comme la gestion, le droit ou la médecine n’ont pas du tout, ou du moins très peu, participé au mouvement. Un baccalauréat en littérature ou en arts, ce n’est pas très payant après les études, surtout si on est endetté.

Alors que plusieurs ouvriers syndiqués ont perdu leur emploi depuis la crise de 2008, c’est maintenant au tour des étudiantEs de faire les frais de la crise. Les cadeaux des gouvernements pour maintenir à flot les grosses entreprises menacées par la crise, il ne faut pas croire que les capitalistes vont les rembourser. Les capitalistes ont eu l’argent des gouvernements, mais plusieurs travailleuses et travailleurs ont perdu leur emploi. Une défaite des étudiantEs signifierait que le gouvernement s’autoriserait de frapper tous les travailleurs et toutes les travailleuses, notamment par des hausses de tarifs et de taxes. Il a déjà commencé avec la taxe santé, la hausse des tarifs d’électricité et l’augmentation de la TVQ, mais il va aller plus loin si les étudiantEs subissent une défaite.

Quand un gouvernement subit une défaite face à la rue, on doit se réjouir. Ça veut dire qu’il y a plus de monde qui s’intéresse à la politique et qui s’organise. Ça veut dire qu’on n’attend pas les prochaines élections pour s’impliquer politiquement. Les élections signifient de donner un chèque en blanc à des gens en qui on ne peut pas avoir confiance, surtout si on les laisse faire.

Les étudiantEs, en se battant, ont certainement plus de chance de gagner que les travailleurs syndiqués, qui ont été induits en erreur par leurs dirigeants. Le cas d’Aveos est indicatif. Les dirigeants syndicaux pensent qu’en s’alliant avec le gouvernement pour chercher de nouveaux investisseurs, on va pouvoir maintenir les emplois. C’est complètement faux. L’approche des dirigeants syndicaux n’a entraîné que des reculs.

Il y a beaucoup de possibilités d’élargir le mouvement de contestation. Par contre, le seul appel à une grève générale ou une grève sociale, ce n’est pas assez. Une défaite de Charest encouragerait les autres secteurs de la population à se battre pour être sûr de ne pas faire les frais de la crise. Les travailleurs et travailleuses ont intérêt à appuyer les étudiantEs par tous les moyens à leur disposition.

– Un travailleur de Joliette