De la grève étudiante à la lutte populaire dans la ville de Québec

QUÉBEC – Lignes de piquetage, injonctions défiées, manifestations et confrontations: les étudiantes et étudiants, appuyéEs par un nombre important de personnes, d’enseignants, de syndicats et d’organisations militantes, font la démonstration que la grève ne peut que s’élargir dans l’ensemble de la société. L’ampleur s’est faite sentir à Valleyfield, dans l’Outaouais, en Montérégie, à Victoriaville et dans la ville de Québec, Capitale-Nationale et lieu du pouvoir de l’État bourgeois québécois. Malgré que plusieurs des manifestations et actions se déroulent à Montréal, la question se pose: comment se vit le mouvement étudiant et la contestation sociale si près de l’appareil gouvernemental, si près du pouvoir politique?

Si quelques manifestations ont réussi à attirer du monde (on pense entre autre à l’initiative du 29 avril où le désir d’une simple citoyenne d’appeler à marcher du parc Saint-Roch jusqu’au Parlement en faisant beaucoup de bruit a rassemblé pas loin de 1 000 personnes par le simple moyen du bouche à oreille et les réseaux sociaux), ce qui se produit depuis un mois avec le rendez-vous nocturne devant l’Assemblée nationale est assez singulier.

D’abord, se rassembler devant le Parlement signifie tenir tête devant le symbole même de l’ordre capitaliste établi. Peu importe le nombre de manifestants (entre 200 et 500, parfois beaucoup plus selon le trajet et les quartiers traversés), chaque soir depuis plus d’un mois, un grand noyau militant remet en question la structure sociale actuelle. C’est une forme d’éducation populaire fondée sur la pratique de prendre la rue dont le point de départ fait face au lieu physique du pouvoir bourgeois. En fait, cette pratique populaire peut être considérée comme une nouvelle forme de pouvoir, d’un «pouvoir se rassembler», si vous permettez l’équivoque.

Ensuite, ce «pouvoir» issu de la plèbe qui s’oppose à celui de la bourgeoisie rencontre inévitablement la répression; c’est la conséquence directe d’une telle pratique, et cela se confirme dans toute l’histoire des luttes de classes. Alors, si la reprise des négociations voilà quelques semaines n’a aucunement freiné l’élan général de la contestation, la loi spéciale 78 et l’impasse annoncée le 31 mai dernier entre le gouvernement libéral de Charest et les représentants des associations étudiantes n’ont qu’intensifié le mouvement en général et l’ardeur des irréductibles de la cité en particulier.

La solidarité qui se tresse ainsi au fil des rencontres, des manifestations, des confrontations, des arrestations et des recours judiciaires est l’expérience vivante des gens qui osent aller de l’avant. Malgré une tendance pacifiste au sein du mouvement à Québec, ce qui surprend et rend de bonne humeur, c’est la témérité des manifestantes et manifestants. Un exemple illustre bien ceci: la semaine passée, la manifestation a bravé un cordon policier qui bloquait l’accès à une rue. La foule a avancé et a réussi à suivre sa route. Voilà ce qui effraye les Charest et Courchesne de ce monde: malgré la répression, nous suivons notre route!