Une conséquence du colonialisme

Olivier De Schutter.

Le mois dernier, le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation Olivier De Schutter a dénoncé le fait que plus de 800 000 ménages au Canada – essentiellement autochtones et des familles vivant de l’aide sociale – n’ont pas accès à des aliments sains à prix abordable.

Bien que les représentants du gouvernement l’ont accusé d’être «mal informé» et ont qualifié ses propos de «ridicules», les conclusions d’Olivier De Schutter ne sont guère surprenantes. Les légumes frais, céréales et autres aliments sains étant trop chers, la consommation d’aliments transformés, riches en sucre et en gras et pauvres en nutriments, devient la seule option pour les personnes vivant sur l’aide sociale. Dans certaines communautés autochtones éloignées, un sac de farine de taille moyenne coûte plus de 20$.

Ce phénomène s’inscrit dans l’histoire du colonialisme au Canada, qui a été caractérisée par des attaques constantes sur la structure sociale et la santé physique et mentale des populations autochtones.

Tout au long du 19e siècle et au début du siècle dernier, des communautés autochtones entières ont été réinstallées de force dans des régions inhospitalières, ce qui a entraîné d’innombrables décès. Alors que les épidémies de tuberculose se répandaient, bien des enfants furent littéralement kidnappés par les agents de santé fédéraux, qui disaient agir pour leur bien; mais plusieurs ont été déracinés et n’ont jamais réintégré leurs communautés.

Jusqu’à la fin des années 1960, le gouvernement canadien a forcé nombre d’enfants à vivre loin de leurs parents dans les fameux pensionnats autochtones, où ils furent battus et victimes d’abus sexuels. Parmi les témoignages qui ont été retenus par la Commission de vérité et réconciliation du Canada, on a même rapporté des cas où des enfants ont été forcés de manger leur propre vomi. Les effets de ces mauvais traitements sur la santé mentale des Autochtones se poursuivent toujours. De nombreux parents ont sombré dans l’alcoolisme, incapables qu’ils étaient de composer avec les traumatismes subis par leurs enfants.

Encore aujourd’hui, plusieurs communautés éloignées des grands centres n’ont pas accès à une eau courante potable.

Le colonialisme canadien fait encore des ravages. L’État bourgeois s’assure que les peuples autochtones demeurent dans une situation de pauvreté; en même temps, il devient de plus en plus difficile pour les Autochtones de pratiquer la chasse et leurs activités traditionnelles, dû aux conséquences environnementales du «développement» qu’on impose sur leurs territoires.

Comme premiers habitants de cette terre, les communautés autochtones ont droit à l’autodétermination: c’est à elles de décider quoi faire de leurs terres et ce qui est dans leur meilleur intérêt. Quand nous nous battons contre l’État capitaliste et pour l’égalité de toutes les nations, nous exprimons aussi notre solidarité avec les peuples autochtones.