Objectif: écraser la classe ouvrière

Lorsqu’il a présenté son plus récent budget à la fin mars, le ministre des Finances Jim Flaherty a annoncé que son gouvernement comptait présenter des mesures législatives «afin d’étoffer et de préciser les obligations des personnes qui reçoivent des prestations régulières d’assurance-emploi». Venant de sa bouche, il était déjà évident que cela allait se traduire […]

Lorsqu’il a présenté son plus récent budget à la fin mars, le ministre des Finances Jim Flaherty a annoncé que son gouvernement comptait présenter des mesures législatives «afin d’étoffer et de préciser les obligations des personnes qui reçoivent des prestations régulières d’assurance-emploi». Venant de sa bouche, il était déjà évident que cela allait se traduire par un nouveau recul du droit des travailleurs et travailleuses à la protection en cas de chômage.

À peine trois semaines plus tard, l’intention du gouvernement est devenue évidente. Dans une entrevue accordée au National Post, le ministre de l’Immigration Jason Kenney a alors précisé que le gouvernement allait désormais forcer les chômeurs et chômeuses à accepter les jobs de merde actuellement dévolus dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires, sous peine de se voir retirer leur droit aux prestations. En parallèle, les entreprises qui feront encore appel à ce programme, faute d’avoir pu combler tous leurs postes avec des «chômeurs et chômeuses d’ici», seront désormais autorisées à payer les travailleurs étrangers jusqu’à 15% de moins que les autres travailleurs de la région occupant le même type d’emploi.

Dans son fameux «projet de loi mammouth» découlant du dernier budget (le projet de loi C-38, qui compte pas moins de 750 articles), le gouvernement Harper a donc prévu modifier la définition de ce qui constitue un «emploi convenable» dans le régime d’assurance-chômage. La loi actuelle prévoit déjà certaines exclusions pour un prestataire ou une prestataire qui refuse un emploi convenable; or, celui-ci est défini comme un emploi offrant des conditions au moins équivalentes au dernier emploi occupé par le travailleur ou la travailleuse, et dans le même domaine. À la suite de l’adoption du projet de loi C-38, seul un emploi de briseur de grève sera désormais considéré comme «non convenable». C’est dire que plus rien n’empêchera un agent d’assurance-chômage d’exclure, disons, une ancienne travailleuse de la compagnie Aveos qui aura refusé un job de serveuse au salaire minimum.

Les dispositions sur la notion d’emploi convenable avaient été épargnées lors du massacre du régime d’assurance-chômage opéré par les gouvernements conservateur et libéral successifs au cours des années 1980 et 1990. Répondant aux exigences des organismes internationaux comme l’OCDE et des lobbys patronaux qui trouvaient que le régime accordait trop de protection aux travailleurs et travailleuses, ces réformes ont modifié de fond en comble le régime d’assurance-chômage. Augmentation du nombre d’heures de travail exigées pour avoir droit aux prestations; diminution du taux de prestations; diminution du nombre de semaines d’admissibilité; et surtout, exclusion des salariéEs ayant quitté leur emploi «sans justification» ou ayant été congédiés à la suite d’une prétendue «inconduite»: toutes ces mesures ont fait en sorte que le nombre de chômeurs et chômeuses ayant droit aux prestations est passé de 85% à plus ou moins 40%.

Le résultat net de tout ça, c’est que les travailleurs et les travailleuses – individuellement ou collectivement – y pensent désormais deux fois avant de confronter leur boss ou de quitter un job de merde, ne sachant pas s’ils ou elles auront le droit à une quelconque protection en cas de chômage. C’est d’ailleurs exactement ce que les capitalistes et leurs gouvernements souhaitaient avec ces réformes: affaiblir la capacité de résistance des travailleurs et travailleuses et les précariser au maximum, afin de pouvoir leur extorquer une plus grande plus-value. Et c’est encore ce que vise le gouvernement Harper avec ses toutes dernières mesures, dans un contexte où la bourgeoisie souhaite faire assumer le fardeau de la crise aux travailleurs et travailleuses.

S’il est parfaitement juste de s’opposer à ces nouvelles mesures et de lutter pour un régime d’assurance-chômage complet et universel, il est de plus en plus clair que c’est tout le rapport entre le capital et le travail qui doit être remis en cause. Le capitalisme en crise n’arrive même plus à redistribuer les miettes comme il a pu le faire, par le passé, afin de laisser croire que la condition ouvrière pouvait aller en s’améliorant. Le système bourgeois a fait son temps, le moment est venu de s’en débarrasser!