Sur l’élection présidentielle en France

Le 6 mai dernier en France, des milliers de gens ont célébré l’élection d’un nouveau président, François Hollande. La plateforme du candidat du Parti socialiste prévoyait notamment le retrait des troupes françaises d’Afghanistan d’ici la fin de cette année et le maintien des principaux programmes sociaux. Mais ce n’est pas la seule chose que Hollande souhaite maintenir.

François Hollande ne remet aucunement en question l’exploitation de la classe ouvrière au profit de la bourgeoisie; il souhaite aussi maintenir les rapports inégaux que la France continue d’entretenir avec ses nombreuses colonies et ex-colonies à travers le monde. Ce qu’il propose, c’est simplement d’apporter une réponse différente à la crise économique qui secoue actuellement l’Europe, mais sans toucher au système qui en est la cause. Contrairement aux politiques d’austérité favorisées par l’Allemagne, Hollande souhaite que les riches contribuent une plus grande part de leurs revenus. Cela peut sembler une option plus progressiste, mais ce n’est pas ce genre de mesures qui résoudra la crise.

Rien dans ce que Hollande propose n’est susceptible de répondre à la colère des jeunes racialiséEs dans les banlieues de Paris, qui sont constamment harceléEs par la police et ont peu de perspectives d’emploi. La politique de Hollande ne prévoit rien non plus pour la jeunesse qui vit hors des grands centres urbains, qui ne trouve pas de travail et est encline à se tourner vers l’extrême droite. Durant la campagne électorale, la chef du Front national Marine Le Pen a d’ailleurs joué sur ces sentiments pour distiller son discours raciste et elle a réussi à rafler près de 20% du vote au premier tour.

Le même jour où se tenait l’élection présidentielle française, la Coalition de la gauche radicale (Syriza), dont l’Organisation communiste de Grèce (KOE) fait partie, et le Parti communiste de Grèce (KKE) ont recueilli respectivement 17% et 9% des voix aux élections législatives qui ont eu lieu dans ce pays. Cela en a conduit plusieurs à souhaiter qu’un gouvernement de coalition de gauche puisse être formé, ce qui constituerait une première en Grèce.

Là encore, on se demande bien qu’est-ce que ça changerait eu égard aux difficultés économiques que connaît le pays. Un gouvernement de coalition de la gauche reste en outre peu probable, sachant que la Coalition de la gauche radicale souhaite que la Grèce demeure au sein de l’Union européenne, alors que le KKE défend l’inverse. Notons par ailleurs la forte progression de l’extrême-droite: l’organisation néo-fasciste «Aube dorée» a réussi à recueillir 7% des suffrages, en s’appuyant sur un message simple appelant à l’expulsion de toutes les personnes n’ayant pas la citoyenneté.

Il est difficile d’évaluer le rapport entre les succès électoraux des partis de gauche et la recrudescence massive des protestations et actions de résistance à laquelle on a assisté en Grèce au cours des dernières années. Les travailleurs, travailleuses et les classes populaires s’y sont mobilisées en masse contre le régime d’austérité; cela a créé une situation de révolte quasi permanente, que d’aucuns ont espéré voir se transformer en situation révolutionnaire.

Il est de plus en plus clair que la classe ouvrière de toute l’Europe ne se satisfait plus de l’ordre actuel. Les gains remportés par les partis et candidats centristes et de gauche sur le terrain électoral reflètent cet état d’esprit. Une bonne partie des frustrations populaires demeure par ailleurs canalisée par l’extrême droite. Reste à voir si cette colère et ces frustrations finiront par s’exprimer dans un mouvement révolutionnaire.