Correspondances

Comment faire la différence ? Bonjour, Je me suis toujours considéré comme quelqu’un qui a des convictions. J’ai souvent réussi à rallier les travailleurs contre l’oppression des boss et j’ai à l’occasion gagné la bataille, mais souvent perdu la guerre. Dès que j’arrivais à faire une différence, je me retrouvais «le cul dans la rue». […]

Comment faire la différence ?

Bonjour,

Je me suis toujours considéré comme quelqu’un qui a des convictions. J’ai souvent réussi à rallier les travailleurs contre l’oppression des boss et j’ai à l’occasion gagné la bataille, mais souvent perdu la guerre. Dès que j’arrivais à faire une différence, je me retrouvais «le cul dans la rue». Je fais partie du prolétariat, mais je me sens isolé. La pression exercée par la bourgeoisie, comme vous l’expliquez bien, m’apparaît comme une montagne, et je sais que seule l’union des forces prolétariennes pourra la vaincre.

Il existe des partis qui partagent votre idéologie dans d’autres pays. Comment se fait-il que le Canada et le Québec n’aient pas déjà un tel parti qui pourrait rivaliser avec les partis dominants ? On voit la corruption partout. Elle provient du milieu de la police, de la politique, du milieu bourgeois, et personne ne semble vouloir faire la différence. Je sais qu’il est utopique de croire qu’un monde idéal pourrait arriver, mais je me dis pourquoi pas ? Il faut commencer à se faire entendre et à se faire voir !

Vous parlez d’un nouveau parti révolutionnaire. Pourriez-vous alors préciser quel était le problème avec l’ancien ?

– Un travailleur des Basses-Laurentides (Qc)

(SM!) – Nous luttons en effet pour créer un nouveau parti communiste révolutionnaire, parce que nous croyons qu’un tel parti n’existe plus actuellement au Canada. Il y a bien le vieux Parti communiste canadien, fondé en 1921, mais il y a déjà bien longtemps – une cinquantaine d’années, en fait – qu’il ne prétend plus vouloir révolutionnariser la société. Ce parti croît même qu’on pourrait changer les choses rien qu’en élisant un ou deux députés communistes, qui éventuellement s’allieraient avec ceux du NPD et ce qu’ils appellent «l’aile progressiste du Parti libéral». Nous croyons, quant à nous, que la participation aux élections est un piège et que les vrais changements ne viendront que par l’action révolutionnaire des masses.

Tu soulèves la question des faiblesses du prolétariat, qui est désuni, et de la force de la bourgeoisie : tout cela peut en effet sembler décourageant, à première vue ; mais en réalité, on a toutes les raisons d’être optimistes. C’est vrai que la bourgeoisie au Canada est une classe puissante, quand même assez nombreuse, et qui surtout possède les instruments (à commencer par l’appareil d’État) pour d’une part écraser le prolétariat lorsqu’il résiste, d’autre part pour corrompre les esprits des gens, si on peut dire, avec toute l’idéologie qu’elle fait circuler dans les médias, les écoles, à travers les grands syndicats qu’elle contrôle, etc.

Mais justement, le fait de prendre conscience de tout ça nous amène à voir ce qu’il faut faire pour nous défendre, jusqu’au jour où on pourra mettre fin au capitalisme et au système d’exploitation : on ne changera pas ce système-là uniquement en livrant de petites escarmouches, mais plutôt en s’organisant sérieusement pour le renverser !

Et puis, il faut se dire que même si la pression imposée par la bourgeoisie est forte, il y a partout au pays des gens qui pensent comme nous. Trop peu nombreux, certes, mais ça existe ! Et surtout, il y en a encore beaucoup plus (des milliers, certainement), qui sans avoir nécessairement les mêmes idées et la même compréhension de ce qu’il faut faire que nous, n’en sont pas moins parfaitement écœurés de survivre dans ce système. Notre défi est donc de les rejoindre, les organiser et leur proposer une perspective réellement révolutionnaire, ancrée dans la réalité de la lutte des classes au Canada, et qui nous permettra d’atteindre notre but. C’est ce à quoi nous travaillons, et nous souhaitons que tu joignes ce combat.


Une époque formidable !

Bonjour,

Merci pour les documents que vous m’avez fait parvenir, dont votre projet de programme.

L’époque qui se déroule sous nos yeux est particulièrement favorable au communisme. Partout dans le monde, on manifeste contre les abus de l’économie néo-libérale, contre les conditions imposées à ceux qui n’ont pas eu la chance (sic) de naître en plein milieu d’un pays membre du G-7 (ou G-8, ou G-99, maintenant qu’on veut impliquer tout le monde dans la même catastrophe), contre le système capitaliste. Avril à Québec, Londres en mai, Göteborg en juin… un peuple unique, celui du globe entier, se lève enfin pour prendre la parole.

Il est donc temps de propager fièrement nos croyances, à ces masses maintenant prêtes à les recevoir. Temps de regrouper ce désir de changement, cet espoir, ce goût de la révolution sous la bannière rouge.

– Une étudiante


Quelques questions…

Bonjour camarades,

Après une lecture approfondie de votre Projet de programme, plusieurs questions et sentiments me viennent en tête. D’abord, et malheureusement, je trouve le projet extrêmement ressemblant à n’importe quel document que les partis politiques en place auraient pu écrire. Ce n’est pas un texte explicatif, mais à saveur de persuasion et d’influence. Mais en général, vous marquez quand même des points. […]

1.Vous dites vouloir nationaliser les moyens de production : je suis d’accord, mais qu’entendez-vous faire de la petite propriété individuelle ?

2.Vous défendez la nécessité de la lutte armée : là aussi, je suis d’accord, mais vous ne parlez pas de l’implication éventuelle des États-Unis contre la révolution socialiste au Canada. Quelle est votre position à ce sujet ?

3.Quelle évaluation faites-vous de Staline ? […]

4.Vous vous prononcez en faveur de la révolution culturelle, mais que ferez-vous du patrimoine traditionnel – que ce soit celui des Autochtones ou des Québécoises et Québécois ?

5.Le système capitaliste met trop l’accent sur l’individu, comme si nous étions tous des «États» indépendants ; mais selon vous, le socialisme met-il trop l’accent sur la communauté ?

6.Comme vous devez le savoir, le Canada a besoin de beaucoup de produits d’importation : lorsque nous serons socialistes, comment pensez-vous remplir ce vide ? Ne serait-il pas mieux d’attendre que certains pays du Sud atteignent le socialisme avant de nous lancer dans une révolution solitaire et sans aide extérieure ?

– Un lecteur sympathisant

(SM!) – D’abord merci de nous avoir fait parvenir tes questions et commentaires. Nous sommes conscients que notre programme est perfectible, tant au niveau de la forme que du contenu. C’est d’ailleurs pour ça qu’il s’agit toujours d’un projet, et non pas du programme définitif, qui ne sera adopté qu’au premier congrès du parti, que nous souhaitons tenir à l’automne 2002.

Ceci dit, nous ne sommes pas d’accord pour dire qu’il est semblable à tous les autres : il nous semble qu’on y est bien loin d’un simple recueil de promesses électorales, comme le sont les programmes des partis bourgeois ! À notre connaissance, il n’y a pas d’autre parti ou organisation politique qui se soit avancé aussi clairement sur la voie de la révolution au Canada ; qui dise, comme on le fait, que seule l’action révolutionnaire des masses permettra de changer réellement les choses ; qui affirme que le pouvoir de la bourgeoisie ne pourra être renversé autrement que par un affrontement ouvert, direct, incluant l’utilisation de la violence ; qu’il faut se préparer à tel affrontement en construisant un parti et une armée qui dirigeront et mèneront la lutte révolutionnaire, directement parmi les masses. L’orientation stratégique contenue dans notre projet de programme mérite certes d’être mieux expliquée et mieux défendue – comme tu le souhaites -, mais nous croyons qu’elle est fondamentalement juste.

Sur la question des nationalisations : ce dont nous parlons dans le projet de programme, c’est essentiellement de l’expropriation de la grande bourgeoisie, qui constitue notre ennemi principal. Lorsque nous parlons de développer la propriété sociale et collective des moyens de production, nous ne parlons pas nécessairement de la petite propriété individuelle, qui pourra certes subsister sous le socialisme, dans la mesure où elle ne servira pas à rétablir de nouveaux rapports d’exploitation. Précisons ici, car c’est important, que nous ne voyons pas le socialisme comme quelque chose de figé. Comme nous le mentionnons au chapitre 7 du projet de programme, le socialisme représente pour nous une période de transition, qui servira à la fois à détruire les vestiges du capitalisme et à préparer l’avènement d’une société sans classes, une société communiste.

À chaque étape du combat, il faut toujours bien distinguer ce qui est principal de ce qui ne l’est pas – l’essentiel étant d’aller de l’avant, de progresser vers notre objectif ultime. Alors, ce serait certainement impensable de vouloir tout réaliser d’un coup, d’imposer par exemple à quelqu’un qui possède quelques biens mais qui n’est pas un exploiteur (donc, qui ne fait pas partie du camp ennemi) de se départir de ce qu’il a pour le redistribuer à la collectivité ! À cet égard précisément, tout est une question d’éducation. Le régime socialiste pourra et devra encourager le développement d’un mode de vie collectif et combattre l’individualisme, mais cela relèvera toujours de ce que nous appelons la lutte idéologique, et ça ne pourra pas être imposé administrativement ou bureaucratiquement. Pour la simple raison que ça ne marcherait pas, comme on l’a d’ailleurs bien vu en Union soviétique (disons que ça peut toujours marcher un certain temps, mais pas à long terme).

Sur une éventuelle intervention des États-Unis contre la révolution au Canada : voilà une question fort pertinente ! On n’a qu’à voir l’attitude des États-Unis face à Cuba (qui, selon nous, n’est pas vraiment un pays socialiste, mais dont la simple indépendance n’est même pas acceptable pour Washington), ou même face à n’importe quel régime qu’ils ne contrôlent pas ou plus, pour imaginer ce que ce serait si le prolétariat renversait la bourgeoisie au Canada et expropriait en même temps les grandes multinationales états-uniennes. C’est d’ailleurs là une des raisons qui nous amènent à soutenir la nécessité d’une véritable révolution, bien organisée, si on veut en arriver un jour au socialisme. Comme on l’a vu au Chili avec Allende en 1973, il est impossible de penser pouvoir en arriver au socialisme pacifiquement, par la voie électorale : la bourgeoisie et l’impérialisme ne se laisseront pas renverser si facilement. Ceci dit, il y a d’autres éléments qu’on doit aussi prendre en considération :

• D’abord, il faut dire clairement que même l’ennemi le plus puissant ne peut vaincre un peuple déterminé et organisé pour y faire face. Ça aussi, l’histoire l’a démontré, notamment au Vietnam, où l’impérialisme US s’est cassé les dents (et bien plus encore !) contre un peuple pourtant bien moins équipé sur le strict plan militaire. Le jour où il y aura une révolution au Canada, c’est qu’une majorité du peuple y aspirera. On peut penser, de fait, qu’une éventuelle (et probable) intervention des États-Unis pourrait même avoir pour effet de faire pencher certaines couches de la population au départ plus hésitantes qui viendront renforcer le camp de la révolution.

• Ensuite, et sans vouloir faire de politique-fiction, il faut dire aussi que le jour où on en sera rendu là – à la révolution -, l’ensemble de la situation internationale aura vraisemblablement connu de profonds bouleversements. Il y aura eu des soulèvements et des révolutions ailleurs, dans d’autres pays, qui constitueront en outre pour nous autant d’alliés dans la lutte qui se poursuivra contre l’impérialisme. La situation économique et politique au Canada étant si proche de celle des États-Unis, on imagine mal, d’autre part, comment on pourrait en arriver à une situation révolutionnaire ici sans que la situation ait évolué dans le même sens, au moins en partie, chez nos voisins du Sud. Ça ne veut pas dire que la révolution va se dérouler simultanément dans les deux pays, ni qu’il faudra attendre qu’elle se réalise aux États-Unis avant de la faire ici : seulement, on peut penser que lorsque le mouvement révolutionnaire se sera développé au Canada au point d’en être arrivé à la prise du pouvoir, il y aura aussi eu un fort développement du sentiment révolutionnaire aux États-Unis. Et alors, il est clair que la victoire de la révolution prolétarienne au Canada aura un puissant impact – une sorte d’effet d’entraînement – aux États-Unis.

D’une manière ou d’une autre, qu’il s’agisse des États-Unis ou de n’importe quelle autre puissance hostile à la révolution, il est évident que le nouvel État socialiste devra se défendre contre l’ennemi extérieur. C’est encore là une des raisons qui fait que nous défendons le principe de ce que nous appelons la dictature du prolétariat, i.e. qu’après la prise du pouvoir, le prolétariat ne pourra abolir immédiatement l’État et passer au communisme mais qu’il faudra passer par cette période de transition, que nous appelons le socialisme, dont une des tâches sera justement de défendre et de consolider les acquis de la révolution (y compris militairement).

Sur la question de Staline maintenant : on ne peut là-dessus te répondre précisément, puisqu’il s’agit encore d’une question ouverte, toujours en discussion à l’intérieur de nos rangs. Est-ce que Staline a joué un rôle principalement positif ou négatif ? Jusqu’à quand précisément l’URSS a-t-elle conservé son caractère socialiste (avant ou après la mort de Staline) ? À quel moment le capitalisme d’État l’a-t-il emporté, et quel rôle Staline a-t-il joué pour favoriser le développement d’une nouvelle bourgeoisie et son éventuelle prise du pouvoir ? Toutes ces questions font encore l’objet de débats au sein de notre organisation. Pour y répondre, nous comptons nous appuyer fermement sur le maoïsme et la conception du socialisme que Mao a développée à travers l’expérience de la révolution chinoise. Cette conception, on la retrouve encore là au chapitre 7 de notre projet de programme, et on peut dire sans trop anticiper sur le résultat de nos discussions qu’elle diffère énormément – ou à tout le moins qu’elle est beaucoup plus avancée – que la conception défendue et appliquée par Staline en URSS. En espérant que ça réponde à ta question…

Concernant la révolution culturelle : l’objectif de la révolution culturelle n’est pas en soi de détruire le patrimoine traditionnel. De fait, on pourrait même au contraire penser qu’il vaudrait mieux le protéger, ne serait-ce que pour pouvoir en critiquer le caractère réactionnaire (lorsque c’est le cas). Éventuellement, cela peut même devenir un puissant moyen pour éduquer les nouvelles générations, qui n’auront pas nécessairement connu ce qu’était la vie sous le capitalisme et qui comprendront mieux ainsi la nécessité de construire le socialisme et de faire avancer la société jusqu’au communisme. Lorsque nous parlons de la nécessité d’une, voire de plusieurs révolutions culturelles, c’est dans l’optique de mener la lutte contre ce que Mao a appelé la nouvelle bourgeoisie, qui se développera inévitablement dans le cadre même du socialisme, autour de l’appareil d’État et du parti. On parle d’une révolution «culturelle» surtout parce qu’elle se déroulera dans le domaine de la superstructure : il ne s’agira plus de combattre la propriété privée des moyens de production (qui aura été abolie, au moins formellement), mais de s’assurer que les rapports sociaux eux aussi soient transformés ; que l’organisation sociale et les structures de pouvoir suivent le pas, ce qui impliquera une lutte sans merci contre les vieilles idées réactionnaires.

Sur la question de l’individu versus la collectivité : il est vrai que le capitalisme met beaucoup l’accent sur l’individu ; mais il faudrait préciser que le capitalisme encourage et promouvoit surtout l’individualisme, et non l’individu en tant que tel. Les bourgeois, individuellement, n’ont certes pas trop de difficulté à s’épanouir : ils en ont les moyens et se retrouvent dans une position de commandement qui leur permet de contrôler leur vie (du moins, tant qu’un concurrent ne vient pas les bouffer…). Mais pour la majorité des gens, pour les prolétaires exploités-es, le capitalisme est synonyme de négation et de destruction des individualités. L’appareil idéologique de l’État nous laisse croire qu’on a le pouvoir de faire ce qu’on veut et qu’on est libres de nos choix, mais qu’en est-il réellement ? Qu’est-ce qu’on peut bien choisir quand on ne détient pas de capital et surtout qu’on est dans une position subordonnée dans les rapports de production ? Fondamentalement rien !

L’abolition de la propriété privée des moyens de production, la destruction du capitalisme, sont des conditions sine qua non pour que les individus-es puissent s’épanouir. Bien sûr, il ne sera pas permis, sous le socialisme, à un «génie» qui aura eu une bonne idée de la mettre en application uniquement pour son enrichissement personnel, sans même penser aux conséquences sur les autres (y compris les conséquences environnementales, pour ne mentionner que celles-là). Mais il sera tout-à-fait permis – et ce sera même encouragé – à un individu de développer et de présenter sa «bonne idée» à l’intérieur de son collectif (de travail ou de quartier, selon le cas), de la défendre et d’y chercher les appuis nécessaires qui lui permettront de la réaliser. Et puis, avec le niveau actuel de développement des forces productives au Canada, il est certain qu’en abolissant le capitalisme et ses exigences en termes de concurrence, de compétitivité, etc., on pourra et on devra réduire radicalement les heures de travail, ce qui laissera enfin du temps libre afin que les gens puissent s’épanouir.

Pour finir, sur la question du commerce extérieur : même si un Canada socialiste ne serait pas nécessairement bien loin de l’auto-suffisance (encore là, du fait du haut niveau de développement des forces productives), il y aura sans doute encore nécessité et pertinence, comme tu le mentionnes, de développer le commerce extérieur. Avec des pays capitalistes, auprès desquels on favorisera des échanges mutuellement avantageux ; avec des pays du tiers-monde, auxquels on paiera un juste prix et qu’on aidera autant que possible à se défaire de la dépendance envers l’impérialisme ; et avec des pays socialistes. Comme on l’a mentionné déjà, la révolution dans un pays comme le Canada n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’avancer vers le communisme : cela implique le développement du mouvement révolutionnaire non seulement ici mais partout dans le monde. Voilà pourquoi dans la description que nous faisons de ce qu’il faudra faire pendant la période socialiste, nous écrivons dans notre projet de programme qu’y compris en matière économique, il faudra organiser et orienter la production «dans l’optique de satisfaire les besoins collectifs et de servir la révolution mondiale». C’est le même principe qui devra nous guider au niveau du commerce extérieur.

Espérons que ces commentaires répondent au moins en partie à tes interrogations !


… et quelques autres en prime

Bonjour,

Je vous écris afin d’en savoir un peu plus sur votre idéologie. Il y a certains aspects politiques sur lesquels j’aimerais connaître votre position, ou avoir des précisions.

Premièrement, j’aimerais savoir ce que le PCR(co) pense de la question nationale québécoise. D’après ce que j’ai pu lire, vous ne semblez pas favoriser l’indépendance du Québec, mais souhaitez plutôt l’abolition du capitalisme dans l’ensemble du Canada, ce qui mettrait fin au «problème» national québécois. Est-ce exact ? Et toujours concernant le Québec, est-ce que le PCR(co) serait en faveur de la création d’une aile provinciale en vue des prochaines élections ?

Un autre point : celui de Lénine et Mao. Pour ce qui est de votre référence à Marx, je n’ai aucune objection, mais pour ce qui est de vos deux autres mentors, j’aimerais qu’on m’explique davantage. Je ne suis pas un spécialiste des révolutions russe et chinoise, mais de ce que je sais, certaines «erreurs» semblent avoir été commises par Lénine et Mao. Pour Lénine, il suffit seulement de mentionner l’écartement du Soviet suprême du pouvoir, la création des premiers goulags ainsi que le début d’une série de purges à l’endroit des révolutionnaires communistes et anarchistes. Pour Mao, je mentionnerais la rigueur de la révolution culturelle, qui semble avoir été effectuée de façon exagérée et même cruelle dans certains cas (et pas seulement contre des ennemis capitalistes, mais aussi contre des révolutionnaires). De plus, je reproche aussi l’invasion du Tibet et surtout, la répression contre le peuple tibétain, qui ressemble selon toute vraisemblance à un génocide.

J’aimerais bien avoir votre avis sur ces questions.

– Un communiste libertaire

(SM!) – Quelques mots, pour commencer, sur la question nationale québécoise :

Effectivement, nous n’appuyons pas le projet d’indépendance du Québec. Ce n’est pas tant une question de «choix» (dans le sens où ce n’est pas parce que nous «préférons» le Canada au Québec), mais le résultat de l’analyse que nous faisons du développement du capitalisme au Canada et des contradictions qu’on y retrouve.

Le capitalisme au Canada a depuis longtemps atteint le stade impérialiste. La bourgeoisie canadienne – incluant sa fraction québécoise et francophone – contrôle l’ensemble de l’appareil d’État (ce qui inclut aussi les gouvernements provinciaux) – un État qu’elle utilise pour maintenir sa domination, tant sur le prolétariat d’ici que sur les peuples des pays dominés.

Le capitalisme canadien s’est notamment (mais pas exclusivement) développé sur la base de l’oppression nationale du peuple québécois. La résistance juste du peuple québécois contre ce phénomène a toutefois favorisé et permis l’ascension de la bourgeoisie nationale québécoise dans les plus hautes sphères du capitalisme. Au point où aujourd’hui, le capital québécois et francophone est parfaitement intégré au capitalisme canadien et partie prenante de son caractère impérialiste. La nation québécoise n’est donc plus seulement une nation opprimée : elle est aussi une nation oppressive, comme en témoigne le rapport qu’elle entretient avec les nations autochtones.

Nous appuyons les luttes et les revendications justes des Québécoises et Québécois francophones contre la discrimination et l’oppression – i.e. celles qui visent à atteindre l’égalité des langues et des nations. Nous soutenons également le droit du Québec à l’autodétermination, tout comme celui des peuples autochtones.

Mais nous ne pensons pas que la création d’un État bourgeois séparé au Québec fasse avancer de quelque façon que ce soit la lutte pour le socialisme, ni même les luttes démocratiques au Québec et au Canada. Elle ne servirait qu’à favoriser le développement d’une fraction de la bourgeoisie plutôt qu’une autre.

Nous nous opposons également à l’idéologie nationaliste sous-tendue par le projet d’indépendance qui prétend qu’en dernière analyse, l’intérêt «commun» (i.e. national) que partagent tous les Québécois et toutes les Québécoises est plus fort et plus important que ce qui les divise. En toutes circonstances, nous cherchons quant à nous à affirmer et à développer la conscience de classe, plutôt que la conscience nationale, qui l’est déjà bien assez.

Sur la question d’une «aile provinciale» : nous souhaitons regrouper l’ensemble des militants et militantes d’avant-garde de tout le Canada et tenir le premier congrès du parti d’ici la fin 2002. Dans le projet de programme du PCR(co), nous rejetons d’emblée le parlementarisme bourgeois et excluons toute forme de participation au cirque électoral. Alors il n’est pas question, à ce niveau-là du moins, de créer éventuellement une aile provinciale.

Sur la question de Lénine et de Mao maintenant :

Au niveau idéologique, nous soutenons le marxisme-léninisme-maoïsme. Nous croyons qu’il y a continuité, et non pas rupture, entre Marx, Lénine et Mao. En théorie comme en pratique, Lénine et Mao ont fait avancer et développé à une étape supérieure la science révolutionnaire du prolétariat, que Marx et Engels ont d’abord fondée. On voit difficilement comment on pourrait se prétendre marxiste aujourd’hui sans faire nôtre l’analyse que Lénine a faite du phénomène de l’impérialisme ; sans défendre la nécessité d’un parti révolutionnaire d’avant-garde, comme il l’a théorisée. Quant à Mao, on juge qu’il a apporté des contributions tout à fait remarquables, et même incontournables, notamment au niveau philosophique, sur la question de la stratégie militaire et sur l’analyse du socialisme et des contradictions de classe qu’on y retrouve, pour ne mentionner que celles-ci.

Tu émets des réserves à propos de la révolution culturelle : nous pensons quant à nous qu’il s’agit là de l’expérience de transformation révolutionnaire la plus avancée qu’on a connue jusqu’ici. Elle a certes été marquée par des victoires et des échecs, des avancées positives et certaines erreurs. L’idée de base derrière ça, c’était de mettre les masses en mouvement, de ne pas attendre que tous les changements viennent d’en haut, de transformer réellement les rapports sociaux et les idées des gens. Bref, c’était de dire que le socialisme, ce n’est pas seulement la transformation juridique du système de propriété (i.e. la propriété d’État plutôt que privée), mais que ça implique aussi, voire surtout, la révolutionnarisation des rapports de production. Autrement, si on les mêmes vieux rapports d’exploitation se perpétuer, le pouvoir sera nécessairement accaparé par une nouvelle bourgeoisie qui se formera autour du parti et de l’appareil d’État.

Quant à la question du Tibet, nous te référons à un article fort intéressant paru il y a quelques années dans l’hebdomadaire Revolutionary Worker, publié aux États-Unis, disponible sur le Web à l’adresse suivante : www.revcom.us.org/a/firstvol/tibet/tib-in.htm.


Un membre du PCC s’interroge

Camarades,

Pourquoi ne joignez-vous pas le Parti communiste ? Si vous croyez qu’il n’est pas assez révolutionnaire, alors vous devriez y adhérer et vous arranger pour qu’il le devienne. La création de groupes communistes scissionnistes comme le vôtre ne sert qu’à diviser la classe ouvrière et entraîne encore plus de confusion et de démoralisation.

– Un organisateur du Parti communiste du Canada (Toronto, ON)

(SM!) – Premièrement, soyons clairs : nous ne sommes pas un «groupe scissionniste» ou «dissident» du PC canadien ! En fait, nous n’avons rien à voir avec ce parti, et nous en sommes fort heureux. Nous ne défendons pas le système électoral et l’État bourgeois, pas plus que nous luttons pour défendre «l’indépendance» de la bourgeoisie impérialiste canadienne supposément opprimée par l’impérialisme US, comme le fait le Parti communiste. Notre objectif est de lutter contre le capitalisme et de faire la révolution !

Évidemment, ça ne veut pas dire que nous ne sommes pas prêts à coopérer avec le PCC lorsque ça s’avère possible et nécessaire – comme nous l’avons déjà fait, d’ailleurs, dans le passé -, lorsqu’il s’agit de lutter ensemble contre un ennemi commun. Mais notre perspective générale restera toujours radicalement différente de la vôtre. Et nous pensons que les prolétaires révolutionnaires au Canada, les opprimés-es qui aspirent à un véritable changement, ont besoin d’une organisation bien à elles et à eux, qui dise clairement quels sont nos objectifs.