Le Canada, lui aussi ébranlé par Octobre

Si le journaliste communiste américain John Reed a pu parler de la Révolution d’Octobre comme des «dix jours qui ébranlèrent le monde», il n’est que normal que cet événement ait également eu un impact considérable ici même au Canada. De fait, le triomphe de Lénine et des bolcheviques a suscité l’intérêt et l’admiration de milliers […]

Si le journaliste communiste américain John Reed a pu parler de la Révolution d’Octobre comme des «dix jours qui ébranlèrent le monde», il n’est que normal que cet événement ait également eu un impact considérable ici même au Canada. De fait, le triomphe de Lénine et des bolcheviques a suscité l’intérêt et l’admiration de milliers de travailleurs et de travailleuses à travers tout le pays, ainsi d’ailleurs qu’une profonde haine de la part de la classe dominante. La révolution russe devait en outre donner l’élan qui manquait à la fondation du Parti communiste du Canada (PCC).

Un mouvement ouvrier jeune et peu expérimenté

Tout au long du XIXe siècle, pendant qu’on assiste en Europe à la fondation du socialisme scientifique et à la mise sur pied de l’Association internationale des travailleurs (la Première Internationale), la classe ouvrière canadienne, encore jeune et peu développée, commence timidement à entrer en scène. Les premières luttes qu’elle mène restent toutefois généralement isolées et n’ont que peu d’impact à l’échelle du pays. La législation du travail est encore faiblement développée, sinon carrément inexistante. C’est une époque bénie pour la nouvelle classe des capitalistes canadiens, alors en formation.

L’arrivée massive des travailleurs immigrants (un phénomène semblable à celui qu’on connaît aux États-Unis) vient par ailleurs renforcer et contribue à transformer la classe ouvrière naissante.

Au plan économique, la Confédération de 1867, qui abolit les barrières interprovinciales, permet la formation d’un seul marché intérieur sur tout le territoire canadien. La concentration des ressources financières autour de l’appareil d’État central permet de développer l’infrastructure économique nécessaire à l’expansion du capitalisme. À partir de là, le mouvement ouvrier se développe à un rythme accéléré. La première centrale syndicale au pays (la Canadian Labour Union) est fondée en 1873.

Puis, comme l’explique l’historien Marcel Fournier :

«Dès les années 1890, qui correspondent à l’extension de l’industrialisation canadienne et à la prolétarisation de larges couches de la population, l’on voit apparaître plusieurs mouvements socialistes (le Socialist Labour Party, la Canadian Socialist League, l’Industrial Brotherhood of Canada, etc.) ainsi qu’une presse socialiste (The Voice de Winnipeg, l’Industrial Banner de London, le Labor Advocate de Toronto, etc.»

(Marcel Fournier, Communisme et anticommunisme au Québec, Montréal, Éditions coopératives Albert Saint-Martin, 1979, p. 13)

Au Québec, on retrouve, dans la même veine, le Parti ouvrier, d’orientation réformiste – comme le sont d’ailleurs la plupart de ces partis et organisations. Bon nombre de membres du futur PC proviendront éventuellement de cette mouvance.

Au tournant du siècle, on en est donc véritablement à une époque charnière, qui voit la classe ouvrière canadienne se développer non seulement quantitativement, mais surtout qualitativement, avec l’émergence des premiers mouvements socialistes et des courants plus militants, notamment l’anarchisme. Toutefois, le marxisme reste quant à lui encore fort peu diffusé. La lutte de lignes qui se développe entre tous ces courants, liée à la lutte des classes elle-même, contribuera fortement à forger l’identité du prolétariat canadien.

Trois événements marquants

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914 constitue le premier événement politique majeur à influencer de manière durable la classe ouvrière du pays. Dès le début des hostilités, la classe dominante canadienne tente de faire porter sur le dos de la classe ouvrière et des masses populaires le fardeau économique de la guerre. L’inflation s’abat brutalement sur les travailleurs et les travailleuses, qui voient leurs conditions de vie diminuer de manière spectaculaire, pendant que d’autres s’enrichissent avec les profits générés par le conflit. L’introduction de la conscription en 1917, qui oblige les fils et les filles du peuple à servir de chair à canon dans une guerre qui n’est pas la leur, contribue fortement à accentuer la séparation entre le prolétariat et la bourgeoisie canadienne.

La Première Guerre mondiale eût non seulement un tel effet sur la conscience de classe du prolétariat canadien mais elle contribua aussi à séparer les camps en son sein même, et à faire émerger un pôle plus militant, voire révolutionnaire et qui s’affirme comme tel. Comme ce fut le cas dans la plupart des partis de la Deuxième Internationale, des éléments importants au sein du mouvement ouvrier canadien ont en effet appuyé l’effort de guerre de la bourgeoisie.

En septembre 1915, lors de la 31e convention du Congrès des métiers et du travail du Canada (le CMTC, ancêtre du CTC d’aujourd’hui), la direction fit adopter une résolution qui tout en reconnaissant qu’il existait une forte opposition parmi les ouvriers, n’en appelait pas moins les travailleurs à appuyer l’effort de guerre. Les dirigeants du CMTC justifiaient cette position en disant qu’il était préférable d’«assurer une victoire rapide et finale pour la cause de la paix et de la liberté» (cité dans PCC, Le Parti du socialisme au Canada. L’histoire du Parti communiste du Canada, 1921-1976, Montréal, Les Éditions Nouvelles frontières, 1985, p. 22). Un point de vue, soit dit en passant, qui ressemble drôlement à celui de nos grands pacifistes québécois qui revendiquaient que les Nations unies renforcent leur embargo meurtrier contre l’Irak à la fin 1990, de sorte à faire plier Saddam Hussein et ainsi «éviter de devoir lui faire la guerre».

C’est dans un tel contexte, fait de luttes de masse et d’opposition à la conscription, qu’est arrivée la nouvelle spectaculaire de la victoire de la révolution russe. En établissant le pouvoir des Soviets et la première dictature du prolétariat, Lénine et les bolcheviques venaient prouver au prolétariat et aux peuples coloniaux qu’il était possible de transformer la guerre impérialiste en une guerre révolutionnaire victorieuse contre les exploiteurs.

Comme l’ont écrit deux historiens du mouvement communiste, Robert Comeau et Bernard Dionne (dont il faut préciser que les recherches et l’action servent aujourd’hui malheureusement des fins anticommunistes) :

«Si le modèle léniniste a pu […] rallier un groupe important de socialistes canadiens à sa doctrine et à son mode organisationnel, c’est, ici comme ailleurs, grâce au succès de la Révolution d’Octobre. En effet, la victoire du Parti bolchevik, en octobre 1917, a propulsé Lénine et ses thèses au devant de la scène politique ; elle lui a assuré l’écoute attentive de millions de prolétaires et d’intellectuels à la recherche d’un monde meilleur et d’une stratégie pour y parvenir.»

(Robert Comeau et Bernard Dionne, Le droit de se taire. Histoire des communistes au Québec, de la Première Guerre mondiale à la Révolution tranquille, Outremont, VLB éditeur, 1989, pp. 20-21)

À la suite de la Révolution d’Octobre, les révolutions se multiplièrent un peu partout en Europe, bien qu’écrasées dans le sang, notamment en Allemagne, en Hongrie, en Finlande, en Estonie, en Lettonie et en Lituanie.

Pour contrer l’influence de la révolution russe, la bourgeoisie mondiale lance une campagne débridée, faite de mensonges et de calomnies, contre Lénine et les bolcheviques. Surtout, elle soutient activement la contre-révolution des classes déchues en Russie, qui tentent de récupérer leur pouvoir perdu. Quatorze pays capitalistes, dont le Canada (pour qui, on le voit, la participation à des «missions de paix» soi-disant humanitaires n’a rien de bien nouveau !) interviennent militairement en Russie. Comme le rappellent Comeau et Dionne, «600 militaires canadiens participent à la guerre civile russe aux côtés des Russes blancs contre l’armée rouge» (op. cit., p. 499). Mais rien n’y fait : Lénine et les bolcheviks réussissent avec succès à défendre le pouvoir soviétique.

Malgré la répression féroce qui sévit ici-même au Canada (la plupart des partis et groupements socialistes ont été déclarés illégaux et la loi des mesures de guerre interdit aux ouvriers venus d’Europe centrale et de l’Est de s’organiser), de nombreuses manifestations de soutien aux ouvriers et aux paysans de Russie ont lieu, certaines spontanément. Au neuvième congrès annuel de la Fédération du travail de la Colombie-Britannique, tenu en mars 1919, le président Jack Kavanagh propose et fait adopter une résolution par laquelle la centrale «refuse son appui à l’envoi d’hommes, d’argent et de matériel destinés à être utilisés contre les travailleurs de la Russie» (cité dans PCC, op. cit., p. 22)

Le 1er mai 1919, journée internationale des travailleurs et des travailleuses, des manifestations se déroulent dans tout le pays, y compris à Montréal, en soutien à Lénine et à la Russie soviétique. Quelques jours plus tard se produit un événement marquant pour la classe ouvrière canadienne : la grève générale de Winnipeg, qui eut lieu du 15 mai au 26 juin. Pendant six semaines, jusqu’au «Samedi sanglant» (le 21 juin, lorsque l’armée et la police fédérale ont attaqué les grévistes et tué deux manifestants) et jusqu’à la trahison de la direction du CMTC qui retire son appui à la grève, les travailleurs et les travailleuses de Winnipeg prennent le contrôle de la ville et en assurent l’administration, avec l’appui des masses – et notamment des vétérans revenus du front.

Pour bien comprendre l’influence qu’a eu la Révolution d’Octobre dans le déclenchement de la grève générale de Winnipeg, il suffit de lire cet extrait de l’éditorial du 22 mai 1919 (en plein cœur de la grève) du Western Labor News, le journal publié par le Conseil des métiers et du travail de Winnipeg :

«La lutte est en cours. Elle a déjà renversé le gouvernement en Russie, en Autriche, en Allemagne, etc. Elle a imposé des améliorations radicales en Grande-Bretagne. Maintenant elle tient Winnipeg dans ses griffes. La faim oblige à protester. La faim pousse les travailleurs à s’unir. Ils ne céderont jamais. Ils ne le peuvent pas. S’il le faut, ils lanceront un appel à chaque travailleur du Dominion à se tenir coude à coude jusqu’à ce que la lutte soit gagnée.»

(Cité dans Paul Jackson, Winnipeg 1919. Histoire de la grève générale, Montréal, Éditions Drapeau rouge, 1979, p. 13)

On le voit bien, la conscience que la Révolution d’Octobre et la lutte du prolétariat international étaient partie prenante d’un seul et même mouvement dirigé contre la classe des exploiteurs était on ne peut plus claire à ce moment.

La grève générale de Winnipeg, qui a reçu l’appui et suscité l’admiration des travailleurs de tout le pays (y compris à Montréal, où une «assemblée populaire», tenue le 28 mai au marché Maisonneuve et réunissant notamment des grévistes de la Canadian Vickers, adopte une résolution de soutien «à nos camarades de travail en lutte actuellement pour la même cause que la nôtre à Winnipeg, Toronto, Calgary, Edmonton et Regina»), a fait bondir la conscience de classe du prolétariat canadien, la conscience des intérêts qui l’opposent à la bourgeoisie et aussi du rôle de chien de garde de l’ordre bourgeois que jouent l’État et ses institutions répressives.

Vers la construction du Parti communiste

Pour les militants les plus déterminés qui suivent et participent à ces événements tonifiants, la mise sur pied d’un parti révolutionnaire de la classe ouvrière est désormais à l’ordre du jour. Les classiques de Marx et Engels et certains articles de Lénine tel L’État et la révolution arrivent enfin au pays et commencent à circuler clandestinement. L’idée qu’il faut construire un parti d’avant-garde basé sur les principes du socialisme scientifique gagne de plus en plus de terrain. Plutôt que d’unir les partis ouvriers et socialistes déjà existants dans un «grand parti de masse» qui soit nécessairement réformiste (une autre idée qui circule dans plusieurs milieux), de plus en plus de militants jugent qu’il faut d’abord et surtout unir les révolutionnaires.

Une première tentative en vue de créer un parti communiste échoue en février 1919, alors que la police arrête plusieurs militants, dont John Boychuck, Tom Bell, Florence Custance et Arthur Ewert. (Ce dernier fut déporté et devint plus tard membre du Comité central du Parti communiste d’Allemagne, et élu au Reichstag.)

En l’absence d’un parti communiste authentique, les révolutionnaires canadiens se joignent à l’un ou l’autre des deux partis communistes qui existent déjà aux États-Unis. Finalement, sous l’insistance de l’Internationale communiste se tient le 28 mai 1921 à Guelph, en Ontario, le congrès de fondation du Parti communiste du Canada.

Présidé par Caleb Harrison, qui y représente l’Internationale, le congrès approuve les thèses et statuts de la Troisième Internationale et élit un premier Comité central. Vingt-deux délégué-e-s, représentant 650 membres, participent au congrès. Tom Burpee devient le premier secrétaire général du nouveau parti. Quelques mois plus tard, en décembre 1921, Otto W. Kuusinen, secrétaire du Comité exécutif de l’Internationale, informe le PC canadien que sa demande d’adhésion avait été acceptée à l’unanimité.

D’abord clandestin, le parti apparaît de plus en plus sur la scène publique vers 1924-25. Ses effectifs augmentent rapidement, jusqu’à atteindre 4 500 membres en 1925, et éventuellement plus de 20 000 au sortir de la Seconde guerre mondiale.

«Au Québec, rappelle Marcel Fournier, la pénétration du mouvement communiste, au début des années 1920, est plus lente et plus faible. L’action des militants, qui semblent se recruter principalement chez les immigrants de fraîche date, n’est alors visible qu’au moment des manifestations.»

(Op. cit., p. 14)

Règle générale – et pas seulement au Québec -, il est vrai que les immigrés-es venus-es d’Europe forment une bonne part du membership du Parti communiste. Les militants canadiens-français du PC viendront plus souvent qu’autrement de l’Université ouvrière, un centre fondé et dirigé par Albert Saint-Martin, situé à Montréal sur la rue Craig.

Même si Saint-Martin n’est pas lié directement au PC (il tient à préserver son indépendance), il est largement influencé par le mouvement communiste et par la révolution russe (notons toutefois qu’il finira par sombrer dans le trotskisme). Contre la campagne anticommuniste de la bourgeoisie, Saint-Martin publie une brochure, T’as menti (éditée en 1920 par la Section française du Parti socialiste). Fournier relate que «devant les diverses accusations que la bourgeoisie formule contre le gouvernement de Lénine (autocratie et sanguinarité, nationalisation des femmes, anarchie, etc.), Saint-Martin [y] réaffirme son appui à la Révolution russe […]» (op. cit., p. 17)

Le travail idéologique mené par Saint-Martin et ses camarades jouera un rôle très important pour amener les éléments les plus radicaux au communisme. Jusqu’à la dissolution de l’Université ouvrière en 1937, le PC y puisera d’ailleurs bon nombre de ses militants francophones.

Si la Révolution d’Octobre agit comme un phare pour la classe ouvrière canadienne, elle apparaît aussi comme étant un véritable spectre qui hante la bourgeoisie. Celle-ci développe d’ailleurs une campagne anticommuniste féroce, non seulement sur le plan idéologique mais aussi sur le terrain pratique. Les mesures mises en place pendant la guerre pour prévenir la «contagion bolchevique» se poursuivent par la suite.

«Interdit en vertu de la Loi sur les mesures de guerre, le Parti communiste du Canada […] devra effectivement vivre dans l’illégalité formelle dès sa création en 1921 jusqu’en 1924, puis de 1931 à 1936 (sous le coup de la section 98 du Code criminel) et de 1940 à 1943, cette fois en raison du Defence of Canada Regulation. Il sera à toutes fins utiles interdit au Québec de 1937 à 1957, sous l’empire de la “loi du Cadenas” de Maurice Duplessis.»

(Comeau et Dionne, p. 15)

Au Québec plus particulièrement, la réaction anticommuniste s’associe au clergé. En 1921, on assiste à la naissance de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC, l’ancêtre de la CSN). Si celle-ci vise officiellement à contrecarrer les syndicats internationaux (américains), elle vise aussi beaucoup à enrayer la montée du communisme. Henri Bourassa, le directeur du Devoir, écrit alors que «le syndicalisme catholique est la seule force organisée capable de lutter contre le bolchévisme» (cité par Fournier, p. 22). Plusieurs syndicats locaux membres de la CTCC adopteront éventuellement une même résolution demandant la «suppression de toute propagande et de toute tendance révolutionnaire au pays».

Fondée par les Jésuites en 1911, l’École sociale populaire, active dans les milieux ouvriers et populaires, publie des documents tels le Manuel antibolchévique, Le Cahier anticommuniste, La Menace du communisme au Canada, etc.

«L’impact de toutes les lettres pastorales, des sermons, des colloques, des articles et des ouvrages qui exhortent les Canadiens français à lutter contre le communisme n’est nullement négligeable : tous ces discours, de même que l’action d’organisations catholiques (Société Saint-Jean-Baptiste, Ligue du Sacré Cœur, ACJC, et CRC), ces “véritables digues du communisme”, exercent un contrôle social et idéologique dont l’effet est d’autant plus efficace qu’il s’articule à une répression gouvernementale.»

(Fournier, p. 24)

Malgré tout, le PC se développe, y compris au Québec, et y compris chez les Canadiens français. C’est au Québec, d’ailleurs, que sera éventuellement élu le seul député communiste de toute l’histoire au niveau fédéral : Fred Rose, en 1943, dans le comté de Montréal-Cartier. Rose sera réélu en 1945, avant d’être accusé d’espionnage au profit de l’URSS et déchu de son poste quelques années plus tard.

Les révolutions qui font naître le mouvement communiste

Grâce à la Révolution d’Octobre, la classe ouvrière canadienne a pu enfin voir la naissance de son parti d’avant-garde, un parti qui a réussi pendant un certain temps à faire progresser la lutte pour le socialisme au Canada et qui a fourni des militants et militantes exceptionnels, tels Norman Bethune, Fergus McKean, Léa Roback et des centaines d’autres.

Bien sûr, le Parti communiste du Canada a finalement sombré très tôt dans le marais du révisionnisme, qui devait emporter bon nombre des partis issus de la Troisième Internationale (en fait, dès le début des années 40 – voir à ce sujet les deux articles que nous avons publiés dans le premier numéro de SOCIALISME MAINTENANT ! nouvelle formule, au printemps dernier). Mais cela ne diminue en rien l’importance d’un tel parti encore aujourd’hui.

La Révolution d’Octobre dirigée par Lénine et les bolchéviks a montré que ce sont les partis les plus avancés, les plus clairs et les plus fermes idéologiquement et politiquement, qui font les révolutions. Par l’exemple qu’ils donnent, ces partis, ainsi que les révolutions qu’ils mènent, ont à leur tour une influence déterminante sur tout le mouvement communiste international.

Dans son célèbre ouvrage intitulé Que faire ?, Lénine a écrit que la conscience communiste ne pouvait venir aux ouvriers «que du dehors», de l’extérieur du mouvement ouvrier lui-même. Lénine ne voulait évidemment pas dire par là que la conscience communiste venait nécessairement de l’étranger, d’un point de vue géographique… Il voulait plutôt souligner le fait que «par ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arriver qu’à la conscience trade-unioniste» (V. Lénine, Que faire ?, Pékin, Éditions en langues étrangères, 1974, p. 37) ; et qu’en conséquence, l’agitation et la propagande communistes sont une condition sine qua non pour qu’elle atteigne son but final et réalise sa mission historique qui est de renverser le capitalisme et de diriger la transition vers le communisme intégral.

Mais dans un pays impérialiste comme le Canada, où les surprofits qu’elle tire de l’exploitation des pays dominés permet à la bourgeoisie de corrompre une couche somme toute relativement importante d’ouvrières et d’ouvriers et d’acheter ainsi la paix sociale, l’expérience du Parti communiste du Canada suivant la Révolution d’Octobre a également montré que les travailleurs et travailleuses immigrés-es peuvent jouer un rôle crucial pour amener l’idéologie communiste à toute la classe.

Aujourd’hui, ce sont encore une fois les partis les plus avancés, ceux qui ont tiré correctement le bilan de la Révolution d’Octobre et des plus de 100 ans d’expérience du mouvement communiste international, qui dirigent les révolutions qui se développent. Ce sont également ces partis, ceux du Pérou et des Philippines tout particulièrement, qui influencent le plus le mouvement révolutionnaire international et qui dirigent le processus de recomposition qui s’y développe actuellement.

Les nouvelles couches de travailleurs et de travailleuses immigrés-es, qui s’amènent au Canada avec une expérience souvent plus aiguë de la lutte des classes, peuvent à nouveau jouer un rôle fort important dans la lutte pour reconstruire le nouveau parti communiste révolutionnaire dont la classe ouvrière a tant besoin, dans la mesure où ils s’emparent de l’idéologie prolétarienne et la mettent au premier plan de leur activité.

Cet objectif – la construction du parti – est loin d’être inatteignable. Bien sûr, il reste encore beaucoup à faire. Mais on y arrivera, à coup sûr, si on sait déjouer les courants réformistes et opportunistes, qu’ils se trouvent à la tête des syndicats, dans les groupes populaires ou les ONG, et qui agissent aujourd’hui comme ces «digues du communisme» que furent naguère les organisations liées au clergé !