En avant vers la révolution au Canada !

Le 3 mai dernier avait lieu à Montréal le lancement du premier numéro de Socialisme Maintenant!, nouvelle formule. À cette occasion, un camarade du groupe Action socialiste a présenté les changements récents intervenus dans notre presse. Voici l’essentiel de son intervention. – Socialisme Maintenant! La publication par Action socialiste d’une nouvelle revue et les thèmes […]

Le 3 mai dernier avait lieu à Montréal le lancement du premier numéro de Socialisme Maintenant!, nouvelle formule. À cette occasion, un camarade du groupe Action socialiste a présenté les changements récents intervenus dans notre presse. Voici l’essentiel de son intervention.

– Socialisme Maintenant!

La publication par Action socialiste d’une nouvelle revue et les thèmes qu’elle aborde déjà dans son premier numéro, et aussi d’un nouveau journal lancé celui-là le 1er mai au cours d’une belle manifestation, sont d’une grande importance pour la révolution au Canada, puisque ces changements dans notre presse visent à renforcer l’idéologie et la pratique révolutionnaires du groupe et à élargir son influence dans les milieux ouvriers.


Avant d’aborder le vif du sujet, je voudrais rappeler un événement à la fois triste et réconfortant puisqu’il montre de quel bois se chauffent les révolutionnaires dans les moments les plus difficiles.

Après avoir arrêté le président du Parti communiste du Pérou, Abimael Guzmán, le gouvernement péruvien l’a présenté, pour le ridiculiser, dans une cage devant la presse internationale. Bien entendu, Guzmán, le président Gonzalo selon son nom de guerre, ne s’est pas apitoyé sur son sort. Il s’est saisi de l’occasion pour faire un discours sur la voie de la révolution au Pérou et surtout pour affirmer qu’elle était en marche et qu’elle ne pouvait pas être arrêtée.

Je ne me souviens pas des mots exacts qu’il a utilisés. Il ne me reste que les images qu’il a employées : la locomotive du Parti est lancée ; le chemin de la révolution est tracé ; la locomotive va poursuivre son chemin jusqu’au bout ; le train de la révolution y est solidement attaché ; plein de conducteurs peuvent se relayer pour la mener à bon port.

Nous ne savons pas si nous pourrons encore entendre cette voix un jour. Mais ce qu’il nous a dit ce jour-là est d’une grande importance et résume en quelque sorte tout l’enseignement de sa vie de lutte. À un des moments les plus difficiles de sa vie, il a dit ce qu’il fallait dire, il a fait ce qu’il fallait faire. Il faut garder les images. Il faut s’en rappeler.

Il y a une révolution au Pérou qui avance sur ses rails. Elle ira jusqu’au bout pour changer le Pérou et le monde. Et rien ne pourra l’arrêter !


Il pourrait paraître prétentieux de reprendre cette image en ce qui concerne Action socialiste.

Action socialiste n’est encore qu’une petite organisation à l’étape d’aller chercher dans les profondeurs du prolétariat les éléments prêts et capables de donner leur vie pour la révolution. Action socialiste n’en est encore qu’à chercher les éléments avancés pour former l’état-major du parti révolutionnaire dont nous avons besoin pour réaliser la révolution au Canada.

Certes, la locomotive Action socialiste ne roule pas à pleine vapeur comme au Pérou. Nous ne sommes pas arrivés à la même étape qu’eux dans la révolution. La guerre populaire n’est pas encore lancée. Il y a encore plein d’ajustements à faire à cette locomotive pour lui donner la performance nécessaire à la révolution. Il y a aussi bien des wagons qui attendent ici ou là dans des voies d’à côté que la cadence augmente pour s’accrocher au train de la révolution. Mais une chose est certaine : nous avons une locomotive et elle est en marche. Il y a même quelques wagons qui la suivent.

Action socialiste est encore un petit groupe mais l’implication dans la lutte de classes qui le caractérise et les luttes de lignes qui ont été menées en son sein montrent déjà une détermination peu commune à réaliser la révolution au Canada.

On ne reprendra pas ici tout son travail pour faire valoir les points de vue anti-capitalistes et construire le camp de la révolution. On ne rappelera que quelques faits. Celui d’avant-hier, le 1er mai. Grâce aux communistes, aux progressistes et aux radicaux, il y a eu une manifestation lors de laquelle le drapeau rouge a flotté et où la bannière de tête était explicite : «Le capitalisme nous fait la guerre. Guerre populaire contre le capitalisme.» Cette manifestation, on l’a faite malgré le mot d’ordre contraire lancé par les bureaucrates syndicaux et malgré le suivisme des trotskistes, des réformistes et des révisionnistes qui les ont écoutés sagement.

On l’avait fait aussi en allant déranger le sommet économique et le congrès du PQ à l’automne, là encore en construisant un camp anti-capitaliste qui se démarquait de la collaboration de classes de la bureaucratie syndicale et populaire.

On ne reprendra pas non plus ici le bilan des luttes de lignes qui ont traversé notre groupe. On en dit un mot dans la présentation de la revue ou l’on trouve, en synthèse, le cheminement d’Action socialiste et ses luttes à l’interne contre le spontanéisme, le féminisme bourgeois, l’économisme et l’ouvriérisme. On y décèle aussi l’assimilation progressive et plus poussée à travers ces luttes de lignes de l’idéologie prolétarienne, du marxisme-léninisme-maoïsme – la science qui concentre 150 ans d’expérience du mouvement communiste international.

Le groupe Action socialiste a fait à ce niveau des bonds idéologiques importants, particulièrement depuis 1992. Permettez-moi de le dire, je suis fier de mes camarades !

Ce développement qualitatif de notre groupe, il faut certes encore le consolider et le développer mais il faut surtout le faire pénétrer profondément dans les masses ouvrières. Ce sont elles qui font l’histoire, parce que plus réceptives à l’idéologie prolétarienne. Ce qui n’est plus le cas de la petite-bourgeoisie, même militante, qui fonctionne par soubresauts, allant du radicalisme au défaitisme, des engouements hâtifs aux hésitations sans fin, des actions les plus généreuses aux pires traîtrises…

Il faut aller dans les masses ouvrières les plus profondes, là où l’idéologie prolétarienne peut germer. C’est pour l’essentiel le pourquoi des changements dans notre presse.


La revue que nous lançons aujourd’hui se veut en continuité avec notre ancien journal. Nous y retrouverons les analyses politiques et théoriques qui prenaient souvent place dans l’ancien journal, mais il y en aura plus encore. Les sujets seront plus approfondis. Il y aura aussi plus de collaborations spéciales.

Pour marquer la continuité avec l’ancien journal, la revue gardera le nom de Socialisme Maintenant! mais elle aura un nouveau sous-titre pour l’identifier plus clairement : «revue politique marxiste-léniniste-maoïste».

Une telle revue n’en est pas une de front uni, elle est propre au groupe. Elle est essentielle pour consolider l’idéologie prolétarienne dans nos rangs et autour de nous ainsi que pour la développer ; essentielle pour faire connaître ce qui est le plus à point idéologiquement dans le mouvement révolutionnaire international ; essentielle pour maintenir le cap de la révolution jusqu’au bout au Canada et aider à la révolution mondiale.

Le journal, quant à lui, portera un nouveau nom, plus clair à notre sens sur ce que nous voulons faire aujourd’hui : porter Le drapeau rouge dans chaque usine et chaque quartier ouvrier à travers le Canada ; bref, porter l’idéologie de la révolution partout où se trouve un humus fertile.

Le journal sera plus agitationnel mais pas moins idéologique pour autant. Il y aura certes des mots d’ordre précis. La conscience communiste se développe par des mots d’ordre, mais une vision large du monde et de ses contradictions est essentielle.

Il ne s’agit pas d’amoindrir notre ligne politique pour rallier les masses ouvrières. Tout au contraire, elles attendent l’idéologie prolétarienne. Elles se battent continuellement. Elles sont fatiguées des idéologues petits-bourgeois. Elles veulent s’abreuver à une idéologie puissante et capable de donner un monde nouveau.

Notre journal paraîtra plus régulièrement. Il sera bilingue (anglais/français). Il y aura aussi des textes en espagnol. Il aura un plus grand tirage. Il sera gratuit. Il pourra permettre de lier plus de gens autour de nous pour le diffuser. Il sera distribué principalement dans les usines et les quartiers ouvriers.

Si le travail que nous entreprenons pour rejoindre plus massivement la classe ouvrière est important, il ne doit pas nous faire reculer au niveau idéologique. Le journal, comme la revue d’ailleurs, doivent permettre de lutter sans relâche et sans compromis contre la pesanteur de l’opportunisme de droite qui domine partout le mouvement ouvrier et populaire. C’est la seule façon de garder le cap sur la révolution.


Ces changements dans notre presse ne sont pas improvisés. Ils sont débattus dans notre groupe depuis déjà un certain temps. Ils proviennent de fait de notre dernier congrès. Ils visent à intensifier le travail que nous avons déjà commencé dans la classe ouvrière. Ils visent aussi à nous donner les balises pour réussir là où le Parti communiste canadien (PCC) et le mouvement marxiste-léniniste des années 70 ont échoué.

Fondé en 1921 avec beaucoup d’enthousiasme et de combativité dans le sillage de la révolution d’octobre en Russie et de la grève de Winnipeg, le PCC, qui se donnait comme objectif la réalisation de la révolution au Canada, a souvent perdu de vue son objectif dans sa pratique quotidienne, même dans les années 20 et 30 pendant sa période la plus révolutionnaire.

C’est à partir de 1943 qu’on s’entend pour dire qu’il a sombré dans le révisionnisme à tout jamais. Il n’avait pas su contrer l’influence de la petite bourgeoisie et de l’aristocratie ouvrière dans ses rangs. Même s’il a dirigé encore des luttes importantes après cette date, il avait abandonné la voie révolutionnaire, se disant favorable à l’élection d’un gouvernement ouvrier et paysan qui se serait chargé par la suite de l’implantation progressive du socialisme. Il a donné son appui à l’élection du Parti libéral qui avait commis bien des crimes contre la classe ouvrière en tant que représentant de la grande bourgeoisie, le préférant au Parti conservateur qui représentait plutôt les bourgeoisies régionales. Le PCC avait complètement perdu son point de vue de classe. Il y a eu au sein du PCC des mouvements d’opposition à cette ligne réformiste : Fergus McKean en 1945, puis Jack Scott en 1964 (qui fonda lés Amitiés Canada-Chine) ; mais elles ne réussirent pas à remettre le PCC sur la voie de la révolution. Même s’ils échouèrent, les écrits de ces révolutionnaires peuvent nous aider à comprendre cette période.

Le mouvement M-L des années 70 qui, après des victoires fulgurantes, allait lui aussi s’effondrer comme un château de cartes, est mort pour l’essentiel par faiblesse idéologique. Il est mort parce qu’il n’a pas su s’accrocher à l’idéologie prolétarienne et parce qu’il a laissé pousser en son sein les idéologies petites-bourgeoises. Galvanisé par les luttes ouvrières combatives et les luttes de libération nationale dans le monde, il s’est écroulé à la moindre résistance de la bourgeoisie. Plutôt que d’intensifier la lutte pour la révolution, la petite bourgeoisie en son sein a cherché des voies démocratiques de lutte qui l’ont mené petit à petit aux pires trahisons, comme celles de Gilles Duceppe, hier membre du Parti communiste ouvrier (PCO) et maintenant chef du Bloc québécois, et de ses principaux collaborateurs.

À l’heure actuelle, la tentation est grande de répéter les erreurs de droite du PCC révisionniste et des marxistes-léninistes des années 70. Le projet d’unité de la gauche actuellement préconisé par le Groupe communiste ouvrier (GCO) est sûrement l’un de ces pièges qui reporteraient la révolution au Canada aux calendes grecques.


La bourgeoisie au Canada règne certes en maître aujourd’hui. Elle exploite sans vergogne les peuples pauvres à travers le monde et ne se comporte pas très différemment avec la classe ouvrière canadienne qui dans sa grande majorité est exploitée jusqu’à la corde. La collaboration de classes qu’elle impose facilement aux syndicats et au mouvement populaire vise à les écraser encore plus et à augmenter la misère des masses ouvrières.

De fait, la bourgeoisie règne en maître partout à travers le Canada et particulièrement dans ses provinces les plus riches comme l’Ontario et le Québec, parce qu’il n’y a pas de menace révolutionnaire à l’horizon. La bourgeoisie coupe partout parce qu’elle n’a pas peur. Depuis toujours, c’est seulement la peur du communisme qui l’a fait marcher. Les luttes des masses ne lui ont jamais fait peur tant qu’elles n’ont pas été dirigées par les communistes et tant qu’elles n’ont pas menacé l’État capitaliste. En ce sens, l’action des communistes a été déterminante dans les gains des mouvements ouvrier et populaire au Canada.

Pour faire la révolution comme pour enrayer les coupures actuelles, la création d’un parti véritablement révolutionnaire est absolument essentielle. Il faut avancer dans ce sens. Ce n’est que cela qui peut arrêter les coupures actuelles. Ce n’est que cela qui peut nous conduire à la révolution et nous permettre de nous débarrasser de ce monde pourri. Pour y arriver, il faudra constamment se démarquer des réformistes, des trotskistes et des révisionnistes, comme on l’a fait à l’automne et au 1er mai. C’est comme ça qu’on peut construire le camp de la révolution au Canada. C’est ce qu’Action socialiste va inviter à faire dans sa presse qui sera diffusée de plus en plus largement.

Mais toujours en se rappelant cette phrase de Lénine qu’a reprise Mao de différentes façons : «Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire.»

C’est là la force du Parti communiste du Pérou, qui nous a beaucoup aidé dans notre réflexion. Le PCP s’accroche à l’idéologie prolétarienne, aux acquis de 150 ans du mouvement communiste. Ce parti est un parti à part dans le mouvement communiste d’aujourd’hui, comme ceux de Lénine et de Mao en leur temps. C’est à partir de sa réflexion et de sa pratique qu’il faut jauger ce qui se fait dans le mouvement révolutionnaire.


Pour sûr, Action socialiste va continuer à s’en inspirer. Il va continuer à s’accrocher au marxisme-léninisme-maoïsme. C’est la seule façon de faire la révolution au Canada et de contrer la pesanteur de l’opportunisme de droite qui y a cours. Il va continuer à en parler dans sa presse, de façon plus développée dans sa revue, mais aussi dans son journal.

La locomotive d’Action socialiste est encore petite. Elle tire quelques wagons. Mais les changements actuels dans notre presse visent à améliorer le tracé du chemin, à grossir la locomotive et lui permettre en quelque sorte de tirer plus de wagons.

Vive le Parti communiste du Pérou !
Vive le mouvement révolutionnaire !
Vive le marxisme-léninisme-maoïsme !
En avant pour la révolution au Canada !
Tous et toutes, rallions-nous derrière le drapeau rouge !

Montréal, le 3 mai 1997