13. Transformer la colère des masses en force pour la révolution

«Savoir faire passer la politique du Parti dans l’action des masses, savoir amener non seulement les cadres dirigeants mais aussi les larges masses à comprendre et à bien mener chacun de nos mouvements et chacune de nos luttes, cela relève de l’art de diriger marxiste-léniniste. C’est aussi ce qui permet de déterminer si nous commettons […]

«Savoir faire passer la politique du Parti dans l’action des masses, savoir amener non seulement les cadres dirigeants mais aussi les larges masses à comprendre et à bien mener chacun de nos mouvements et chacune de nos luttes, cela relève de l’art de diriger marxiste-léniniste. C’est aussi ce qui permet de déterminer si nous commettons ou non des erreurs dans notre travail.»

Mao Zedong
1948

Si la direction et l’organisation de la minorité d’avant-garde – i.e. celle du parti – sont une condition impérative au développement et au triomphe de la lutte révolutionnaire, ceux-ci ne sauraient se produire sans la participation des plus larges masses. Ce sont elles, en définitive, qui font l’histoire. La révolution socialiste qui saura mettre fin au pouvoir de la bourgeoisie et jeter les bases à l’instauration du communisme, ne pourra jamais se produire si elle ne repose que sur la volonté d’un petit groupe d’individuEs, fussent-ils les mieux intentionnés et les plus dévoués.

Le parti dirige, oriente et propose, mais ce sont les masses qui peuvent transformer sa ligne politique en une force matérielle. Ce sont elles, et elles seules, qui peuvent transformer réellement les rapports sociaux, i.e. faire en sorte que la révolution existe ailleurs que sur papier, qu’elle soit bien vivante et surtout qu’elle le reste. Ce sont elles qui, en Russie, ont permis le triomphe de la révolution. Ce sont elles qui, en Chine, ont réussi à contrecarrer les espoirs des nouveaux bourgeois et à retarder la restauration du capitalisme. Ce sont également elles qui, au Vietnam, ont réussi à infliger une spectaculaire défaite aux impérialistes yankee, même si ceux-ci disposaient des armes les plus sophistiquées.

Présentement au Canada, les masses prolétariennes, qui constituent la grande majorité de la population, résistent autant que possible à l’exploitation dont elles sont victimes, sans avoir nécessairement la conscience qui leur permettrait d’inscrire leur combat dans le cadre d’une stratégie véritablement révolutionnaire et de porter des coups solides à la bourgeoisie. De plus, elles sont majoritairement organisées (quand elles le sont) par tout un réseau d’organismes et d’instances qui sont pour la plupart, à un degré ou à un autre, intégrés à l’appareil d’État. Trop souvent, ces organisations contribuent soit à étouffer leur combat, soit à le détourner de la cible, empêchant ainsi le développement de la lutte prolétarienne contre la bourgeoisie et son État.

Le Parti communiste révolutionnaire cherche en toutes circonstances à se lier aux masses. Il utilise les méthodes d’enquête, non seulement pour mieux connaître leur situation, mais aussi pour bien cerner leur état d’esprit. Il recueille les idées des masses et retient et systématise celles qui sont les plus justes. Il s’adresse à elles systématiquement, déployant ses activités d’agitation et de propagande auprès du plus grand nombre. Il s’appuie sur elles pour mener à bien ses tâches et ses activités.

Lutter autour de revendications justes

La IIIe Internationale indiquait aux communistes que

«toute l’agitation et la propagande, toute l’action du parti communiste doivent être pénétrés de ce sentiment que, sur le terrain du capitalisme, aucune amélioration durable de la situation de la masse du prolétariat n’est possible ; que seul le renversement de la bourgeoisie et la destruction de l’État capitaliste permettront de travailler à améliorer la situation de la classe ouvrière […] mais ce sentiment ne doit pas nous faire renoncer à combattre pour les revendications vitales actuelles et immédiates du prolétariat, en attendant qu’il soit en état de les défendre par sa dictature.»

(Troisième congrès de l’Internationale communiste, Thèse sur la tactique)

La politique développée subséquemment par l’Internationale communiste a démontré que dans l’activité quotidienne, il faut prendre chaque besoin des masses comme point de départ de luttes révolutionnaires qui dans leur ensemble, pourront constituer le courant puissant de la révolution socialiste. Contrairement aux réformistes et aux pacifistes petits-bourgeois, les communistes ne mettent de l’avant pour ce combat aucun «programme minimum» qui tendrait à fortifier et à améliorer l’édifice vacillant du capitalisme. «La ruine de cet édifice reste le but directeur, leur tâche actuelle.» Mais pour remplir cette tâche, les communistes mettent de l’avant des revendications dont la réalisation constitue une nécessité immédiate et urgente pour le prolétariat, «sans s’inquiéter de savoir si elles sont compatibles ou non avec l’exploitation usuraire de la classe capitaliste» (ibid.). Ce qui importe, c’est que ces revendications répondent aux besoins vitaux des larges masses prolétariennes.

En même temps, nous ne devons jamais oublier le double caractère de tout gain arraché à la bourgeoisie. Nous devons être conscientEs que ces gains sont à la fois des victoires partielles pour le prolétariat, arrachées à l’ennemi de classe, mais qu’elles sont aussi, jusqu’à un certain point, une façon pour celui-ci de préserver la paix sociale nécessaire à la poursuite de l’exploitation. La bourgeoisie utilise, justement, les revendications de certains secteurs pour diviser le prolétariat. Les communistes, au contraire, participent aux luttes immédiates pour unir l’ensemble du prolétariat contre la bourgeoisie. Cela n’est possible que si on ne perd jamais de vue l’objectif final : la prise du pouvoir et la marche vers le communisme.

Tout en participant activement aux luttes immédiates du prolétariat, le Parti communiste révolutionnaire doit savoir les lier à la lutte générale et à plus long terme. Il doit éduquer les masses dans l’esprit révolutionnaire du marxisme-léninisme-maoïsme, élever sans cesse leur conscience politique et assumer la tâche de diriger la révolution prolétarienne. Notre premier devoir n’est donc pas de courir d’une grève ou d’une action à la suivante, mais d’unir et de mobiliser le prolétariat et ses alliés parmi les masses populaires et les nations dominées contre notre ennemi principal – la bourgeoisie canadienne. Cela signifie que les communistes doivent œuvrer prioritairement à la construction de l’organisation supérieure du prolétariat – le parti communiste révolutionnaire ; et à développer la stratégie et la tactique qui permettront de renforcer le camp de la révolution. Pour ce faire, il faut isoler la bourgeoisie, d’où l’importance du combat pour des revendications justes qui touchent le prolétariat dans sa totalité, et touchent aussi à d’autres couches sociales comme la petite-bourgeoisie ainsi que les nations opprimées du pays.

Le travail de masse mené par le parti vise à entraîner les masses à l’action révolutionnaire. Le parti ne vise pas à se substituer au mouvement des masses. Il n’invente pas des revendications différentes de celles que les masses savent elles-mêmes formuler lorsqu’elles expriment leurs besoins sans l’interférence des commis de l’État qui tentent de les (dés)organiser. Par contre, il ne se place pas non plus à la remorque du mouvement des masses. Il y intervient en systématisant et en défendant les points de vue et les revendications les plus justes, i.e. celles qui contribuent à unifier le prolétariat autour des intérêts de ses secteurs les plus exploités, à démasquer et isoler l’État bourgeois et à séparer clairement les deux grands camps en présence – celui du prolétariat et celui de la bourgeoisie.

Entre autres, le Parti communiste révolutionnaire lutte pour :

  • La reconnaissance de l’égalité des nations et du droit à l’autodétermination, incluant le droit de sécession.
  • L’abolition de l’armée canadienne et de la police et leur remplacement par l’armement général du peuple. Le rapatriement immédiat des forces armées canadiennes actuellement à l’étranger. L’expulsion de toutes les forces armées et de toutes les forces de répression étrangères du territoire canadien.
  • L’abolition de la magistrature, son remplacement par un système de justice sous contrôle populaire. L’abrogation de tous les règlements juridiques anti-populaires.
  • La libération de tous les prisonniers et toutes les prisonnières politiques anticapitalistes. Une réelle réinsertion dans la vie sociale des autres détenuEs qui appartiennent aux couches populaires.
  • L’égalité totale et complète pour les femmes, en particulier pour les femmes du prolétariat et des couches populaires. L’accès à la vie économique, politique et culturelle sans aucune discrimination.
  • La rupture de tous les traités internationaux qui favorisent l’impérialisme (ALÉNA, ZLÉA), le retrait immédiat de l’OTAN, de l’OMC et de toutes les organisations créées dans le but de favoriser l’agression et le saccage impérialistes.
  • Les libertés politiques et civiles pour chaque membre du prolétariat et des masses populaires, incluant l’utilisation gratuite des moyens pratiques nécessaires à leur exercice (bâtiments, moyens de transport et de communication, d’information, etc.). Liberté de réunion, d’organisation, de propagande, de grève, d’accès à l’information et à l’instruction. Interdiction de toutes les formes d’oppression et de discrimination raciale, sexuelle et culturelle. Respect des propriétés individuelles et collectives des prolétaires et des masses populaires. Inviolabilité de la personne et du domicile.
  • La réalisation du droit pour chaque adulte d’exercer un travail socialement reconnu. Le droit de chaque personne de disposer de conditions de vie dignes et d’avoir une vie sociale conséquente. Sécurité sociale, assurance sociale et école gratuites pour tous et toutes. L’octroi aux familles pauvres d’un logement décent, de la nourriture, des vêtements aux frais de l’État. L’abolition des dettes contractées par le prolétariat pauvre et les masses populaires.
  • La réduction du temps de travail, l’amélioration générale des conditions de travail.
  • L’utilisation gratuite de tous les services et des réseaux publics : énergie électrique, téléphone, eau, gaz, courrier, transports, chemins de fer, routes, etc.
  • L’égalité absolue de tous les droits politiques et civils pour tous les travailleurs et toutes les travailleuses immigréEs.

Direction idéologique et action révolutionnaire

Entraîner les masses à l’action révolutionnaire, c’est aussi en quelque sorte viser à en conquérir la direction. Mais il s’agit d’abord et avant tout d’une direction politique et idéologique, et non pas uniquement d’une direction organisationnelle.

Trop souvent, les communistes au Canada se sont limités à vouloir prendre la tête des organisations de masse déjà existantes, notamment des syndicats, sans s’assurer que cela correspondait à une influence réelle à la base, et parfois sans même se questionner sur la valeur réelle et le rôle joué par telle ou telle organisation dans la lutte de classe.

Le rôle du parti est plutôt d’aider les masses prolétariennes à diriger elles-mêmes leur propre mouvement, leurs propres organisations, de sorte à ce qu’elles soient éventuellement en mesure de diriger la société tout entière. Dans le cas où telles organisations ne sont pas entièrement inféodées à l’État, cela pourra impliquer de mener certaines luttes pour les démocratiser, pour écarter la ligne bourgeoise, faire triompher la ligne prolétarienne et éventuellement les conquérir. Dans le cas où au contraire elles le sont (inféodées à l’État), le parti aidera les masses à s’en débarrasser et à les détruire.

Systématiquement, le parti encouragera les masses à se doter d’organisations authentiquement prolétariennes, entièrement autonomes de l’État et des multiples réseaux qu’il organise et contrôle. Ces nouvelles organisations, qu’il générera lui-même au besoin – notamment celles qu’il créera pour regrouper et organiser les femmes et les jeunes -, se retrouveront d’emblée au cœur même de la lutte pour la révolution prolétarienne. Parce qu’elles seront de nature fondamentalement différente des organisations de masse traditionnelles qui sont liées par mille et un fils à l’appareil d’État, ces nouvelles organisations emprunteront en outre de nouvelles formes, pas nécessairement usuelles au Canada. Le parti appellera à la mise en place de Soviets, i.e. de conseils révolutionnaires, grâce auxquels les masses pourront s’organiser et s’exprimer sur une stricte base de classe. L’ensemble de ces organisations s’inscriront dans la construction et le développement de tout un réseau, autour du parti et de l’armée révolutionnaire, qui sera appelé à constituer l’embryon du nouveau pouvoir.

C’est au nom de ces nouvelles organisations, authentiquement prolétariennes, avec lesquelles elles auront appris à se défendre, à se battre et surtout à se diriger elles-mêmes avec l’aide du parti, que les masses se soulèveront. Celles-ci seront prêtes à tout pour défendre ces organisations, ainsi que le vaste réseau tissé autour du parti, et elles le feront les armes à la main dès lors que la bourgeoisie, qui aura senti et compris la menace qu’elles représenteront, tentera de les saborder et les détruire.