Les masses reprennent la rue

Le 21 août 2006. A World to Win News Service. Au cours des derniers jours, la capitale Katmandou et d’autres villes du Népal ont été la scène de violentes manifestations, comme on n’en avait pas vu depuis les trois semaines de soulèvement populaire qui ont forcé le roi Gyanendra à rétablir le parlement au mois […]

Le 21 août 2006. A World to Win News Service. Au cours des derniers jours, la capitale Katmandou et d’autres villes du Népal ont été la scène de violentes manifestations, comme on n’en avait pas vu depuis les trois semaines de soulèvement populaire qui ont forcé le roi Gyanendra à rétablir le parlement au mois d’avril.

L’élément déclencheur en a été la décision, prise en catimini par le nouveau gouvernement, de hausser le prix du pétrole et du kérosène – un combustible largement utilisé pour la cuisson. Non seulement l’augmentation (de plus de 25%!) causerait-elle des difficultés réelles pour l’immense majorité des gens, mais elle a été perçue comme un signe du peu de préoccupations que le gouvernement affiche à l’endroit des plus démuniEs.

Les actions ont débuté sur un campus universitaire dans la matinée du 18 août, dès le moment où la hausse est entrée en vigueur. Quelques heures plus tard, les chauffeurs de taxi se sont joints aux étudiantes et étudiants. Avec l’aide de la population, les manifestantes et manifestants ont bloqué pratiquement toute la circulation des véhicules, dans la capitale et ses alentours. Les commerces et magasins ont fermé leurs portes. La foule a érigé des barricades et attaqué les stations-service. À plusieurs endroits, des affrontements musclés se sont produits avec les forces de l’ordre. Dans au moins un quartier, la police a utilisé les gaz lacrymogènes, avant de charger la foule. Dans l’après-midi, la majorité des associations étudiantes, y compris celles qui demeurent liées aux partis gouvernementaux, ont appelé à étendre le mouvement dans tout le pays, jusqu’à ce que la hausse soit retirée. Rapidement, une dizaine d’autres villes ont été paralysées.

Selon l’hebdomadaire Nepali Times, les maoïstes ont publié un communiqué véhément, signé par les porte-parole de huit organisations de masse qui leur sont affiliées, qui dénonçait la hausse de prix et affirmait que le pays est «à la veille d’un soulèvement urbain pacifique» : «si le gouvernement n’annule pas l’augmentation immédiatement, poursuivait le communiqué, il devra en subir les conséquences». D’après la BBC, la foule était «majoritairement composée de jeunes, dont plusieurs affichaient ouvertement leur soutien aux rebelles maoïstes». Son correspondant Charles Haviland est d’avis que ces manifestations reflètent «un sentiment général de malaise» parmi la population, qui serait de plus en plus insatisfaite du piétinement des négociations entre le gouvernement et les maoïstes.

Au bout de 48 heures, le gouvernement a finalement cédé devant les manifestantes et manifestants et annulé l’augmentation, tout en annonçant que de nouvelles hausses étaient inévitables, étant donné la hausse des prix du pétrole importé en provenance de l’Inde.

Par ailleurs, lors d’un autre incident majeur survenu le jour même dans le sud du pays, un groupe de manifestantes et manifestants mobiliséEs par les maoïstes est allé perturber un rassemblement convoqué par une organisation fondamentaliste hindoue appelée Shiva Sena, dont les homologues en Inde sont connus pour les attaques fascistes qu’ils commettent régulièrement contre des gens d’autres confessions que la leur. Le meeting appelé par ce groupe devait se tenir en présence des dirigeants indiens de la World Hindu Federation – une organisation qui vénère le roi Gyanendra et considère qu’il incarne la divinité. La contre-manifestation a rassemblé des militantes et militants de la All-Nepal National Independent Students’ Union (Revolutionary) et du Madhesi National Liberation Front. Les gens vivant dans cette région forment une nationalité opprimée, à qui la citoyenneté népalaise n’est même pas reconnue. Parmi eux, les dalits (dits «intouchables») constituent certes les plus oppriméEs d’entre tous et toutes. Ces gens-là ont toutes les raisons de vouloir en finir avec les souffrances que l’État leur a fait endurer, historiquement, au nom de la religion et du roi hindous.

La question du désarmement toujours en litige

Entre-temps, les pourparlers se poursuivent entre l’alliance des sept partis parlementaires qui ont participé à la mobilisation d’avril et le Parti communiste du Népal (maoïste), qui dirige depuis plus de dix ans la guerre populaire, dont la progression a jeté les bases à ce soulèvement. Ces pourparlers connaissent toutefois des hauts et des bas.

Au mois de juin, une première entente en huit points avait esquissé une feuille de route quant au déroulement du processus issu du soulèvement d’avril : les Nations unies devaient «surveiller» les forces armées gouvernementales et maoïstes; une constitution intérimaire devait être promulguée; un gouvernement provisoire devait être formé sur cette base, incluant les maoïstes; et enfin, un scrutin devait être organisé afin d’élire une assemblée constituante, elle-même chargée de décider de l’avenir du Népal. Il y a quelques jours, le PCN(M) a annoncé qu’il prolongeait de nouveau le cessez-le-feu auquel il s’est tenu depuis le mois d’avril. Mais la question de savoir comment sera implantée la «feuille de route» – voire, si le gouvernement a vraiment l’intention de la mettre en application – s’avère assez difficile à résoudre.

Le 9 août, dans un geste que les observateurs ont qualifié «d’important pas en avant», les deux parties en sont arrivées à une nouvelle entente – en cinq points, celle-là – qui précise la manière par laquelle l’ONU serait appelée à «aider à créer une atmosphère libre et équitable, qui permettrait l’élection d’une assemblée constituante et favoriserait la poursuite du processus de paix». Concrètement, l’ONU serait appelée à surveiller les armes et le personnel militaire de chacune des parties, d’une part «en déployant un personnel civil qualifié qui s’assurerait du confinement des combattants et du matériel militaire du PCN(M) dans les régions désignées à cette fin», et d’autre part «en surveillant l’armée népalaise de façon à s’assurer qu’elle reste dans ses casernes et que ses armes ne soient utilisées pour favoriser ou nuire à quelle que partie que ce soit». Les modalités concrètes en vertu desquelles l’ONU pourrait jouer ce rôle devraient faire l’objet d’un consensus entre les Nations unies «et toutes les parties concernées». L’entente du 9 août demande également à l’ONU de continuer à surveiller la situation des droits de la personne, de voir au respect du code de conduite ayant été accepté par chacune des parties dans le cadre de l’actuel cessez-le-feu, et de fournir des observatrices et observateurs lorsque s’ouvrira la campagne en vue de l’élection de l’assemblée constituante.

À première vue, cet accord représente une abrupte volte-face de la part du gouvernement dirigé par le Premier ministre G.P. Koirala – ce vieux leader monarchiste qui avait été limogé, avant d’être remis en selle par le roi. Début juillet, Koirala avait en effet fait parvenir une missive secrète aux hautes instances de l’ONU, dans laquelle il demandait à l’organisation internationale de l’aider à «mettre l’armée maoïste hors service». Après que l’affaire eut été ébruitée, le président du PCN(M), Prachanda, s’était à son tour adressé publiquement au secrétaire général de l’ONU, afin de lui laisser savoir que cette hypothèse était «hautement questionnable et totalement inacceptable». Le leader maoïste ajoutait :

«L’idée de ne “mettre hors service” que l’Armée populaire de libération est tout simplement impensable! Comme tout le monde le sait, la soi-disant Armée du Népal demeure loyale envers la monarchie; sa restructuration démocratique, sous une surveillance internationale crédible, est bien plus impérative et importante pour qu’un scrutin libre et équitable puisse se tenir.»

Après que les partis parlementaires eurent finalement agréé au libellé d’une nouvelle lettre (publique, celle-là) adressée à Kofi Annan et qui résume les cinq points de l’entente du 9 août, une équipe d’envoyés spéciaux des Nations unies s’est pointée à Katmandou, afin de tenir ce que Prachanda a qualifié de «consultations approfondies, à défaut d’être fructueuses, avec les dépositaires du processus de paix». Selon l’agence Reuters, le président Prachanda, qui est arrivé à Katmandou par hélicoptère au mois de juin en provenance de l’ouest du Népal, a qualifié de «positive» sa rencontre avec les émissaires de l’ONU. Une autre équipe d’envoyés spéciaux est attendue à la mi-septembre, qui aura pour mandat de commencer à «surveiller la gestion des armes».

Toutefois, cela ne signifie aucunement que la question des armes soit réglée. Le 18 août, soit plus d’une semaine après la conclusion de l’entente en cinq points, le Premier ministre Koirala a une fois de plus affirmé que «la reconnaissance des maoïstes comme parti politique légitime reste impossible tant qu’ils n’auront pas déposé les armes» (nepalnews.com). Le chef du gouvernement a dit espérer que l’arrivée prochaine des émissaires de l’ONU aidera à dissiper ce qu’il qualifie de «confusion» à ce sujet. Lors d’une conférence tenue à Katmandou, un organisme réputé appelé «Campagne de sensibilisation aux droits de la personne» a soulevé une mise en garde à l’effet que cette déclaration du premier ministre, si elle se confirme, constituerait implicitement une renonciation à l’entente en huit points et au code de conduite conclus au mois de juin avec les maoïstes.

G.P. Koirala semble donc sur la même longueur d’ondes que le gouvernement des États-Unis, qui tente encore de manière effrontée de dicter l’avenir du Népal. Au mois de juillet, l’ambassadeur états-unien James Moriarty n’a pas hésité à déclarer : «Tant qu’ils ne rendront pas les armes, nous allons continuer à considérer les maoïstes comme un groupe terroriste.» Le représentant de l’administration Bush a ajouté que si le PCN(M) était intégré au gouvernement avant d’avoir rendu les armes, les États-Unis se verraient contraints de cesser toute forme d’aide au Népal. Plus récemment, lors d’une visite au Népal, une membre bien en vue du Sénat américain, Arlen Specter, a nommément associé les maoïstes au Hamas et au Hezbollah, appelant à leur désarmement. Cette déclaration est intervenue dans le contexte que l’on sait, en pleine guerre contre le Liban, accentuant d’autant la menace qu’elle fait peser : alors qu’Israël poursuivait ses attaques brutales contre le Hamas et le Hezbollah – cela, en dépit du statut légal de ces deux partis, du fait qu’ils occupent tous deux des sièges au parlement, et malgré le large soutien populaire dont ils bénéficient – les États-Unis s’activaient pour les faire avaliser par l’ONU. Le parallèle avec le Népal est évident.

Quel type de gouvernement?

La nature du gouvernement intérimaire à mettre en place représente également un important point en litige. Le 17 août, le jour même où le Premier ministre Koirala se livrait à un vibrant plaidoyer en faveur du maintien de la monarchie, le président du PCN(M) déclarait que son parti n’était «pas pressé de joindre le gouvernement, tant que des changements structurels ne seront pas mis en place dans l’appareil d’État».

Le PCN(M) a précisé sa vision du gouvernement intérimaire il y a quelques semaines, alors qu’il a présenté son propre projet de constitution provisoire, qui établirait ce que le parti appelle la République fédérale démocratique du Népal. Le projet débute en rappelant que «l’institutionnalisation d’un système étatique républicain et pleinement démocratique représente une nécessité historique», et que cela passe par «la fin de l’État monarchique et féodal, en accord avec ce qu’exigent les mouvements démocratiques». Le projet de constitution provisoire proposé par les maoïstes prévoit notamment les mesures suivantes :

  • l’abolition de «tous les vestiges de la monarchie et de l’autocratie féodale»;
  • l’établissement d’un «système compétitif multipartite, incluant le droit de vote universel pour toutes les personnes adultes, la tenue d’élections périodiques, la reconnaissance de la primauté du droit, le respect des droits de la personne et des droits fondamentaux, etc.»;
  • la fin de «l’exploitation et l’oppression féodales et impérialistes sous toutes leurs formes»;
  • la mise en place d’un système fédératif, qui inclut «le droit à l’autodétermination et l’autonomie réelle des régions et nations opprimées, donc l’abolition du système autocratique féodal basé sur le chauvinisme des hautes castes aryan-khasa»;
  • la laïcisation pleine et entière de l’État (rappelons que jusqu’au mouvement d’avril dernier, le Népal était officiellement un État hindou; étant donné que plusieurs Hindous croient à la divinité royale, la question de la laïcité et celle de l’abolition complète de la monarchie sont donc étroitement liées);
  • «l’abolition de tous les types de rapports féodaux qui existent dans l’agriculture», et la mise en branle «d’une réforme agraire progressiste basée sur le principe : “la terre à celui ou celle qui la travaille”»;
  • l’obligation pour l’État de mettre en place «des mesures spéciales pour les ouvriers, les paysans, les paysans sans terre, les kamaiyas, les laboureurs et les gardiens de troupeaux, etc.» (les kamaiyas sont des travailleurs agricoles forcés de travailler pour des propriétaires terriens, afin de rembourser de vieilles dettes remontant parfois à plusieurs générations);
  • l’adoption d’une «politique industrielle nationale à vaste échelle» et de «lois et politiques visant la protection des industriels nationaux et de la communauté d’affaires»;
  • l’établissement de relations bilatérales avec les autres pays sur la base des cinq principes de la coexistence pacifique mis de l’avant par Mao en Chine, tout en consacrant des «efforts particuliers» afin de «maintenir des rapports cordiaux et équilibrés avec nos deux principaux voisins que sont l’Inde et la Chine»;
  • l’abrogation de «l’ensemble des traités et accords inégaux» (on fait ici référence aux accords par lesquels l’Inde a historiquement assuré sa domination sur le Népal);
  • la mise en place, par l’État, de mesures visant à assurer le «respect approprié» de ceux et celles qui sont morts durant les dix années de guerre populaire et dans le cadre du mouvement populaire, à enquêter sur le sort des personnes disparues, à punir ceux qui en sont responsables, et à soutenir les familles de ceux et celles qui ont été tuéEs, blesséEs ou mutiléEs;
  • «la protection des personnes âgées, des indigents, des personnes handicapées et de celles qui souffrent de maladies chroniques». [1]

Le projet définit aussi les organes du gouvernement intérimaire. L’instance suprême en serait l’assemblée législative, qui serait elle-même constituée ainsi : un tiers de ses membres proviendraient des sept partis parlementaires, un tiers du PCN(M), tandis que le dernier tiers serait composé de «représentantes et représentants de la société civile, des organisations professionnelles et de personnalités spéciales ayant participé au mouvement démocratique».

Le conseil des ministres et le premier ministre seraient responsables devant l’assemblée législative; les tribunaux seraient établis par la législature, qui en nommerait les juges; dans les régions rurales, les tribunaux populaires actuellement existants seraient institutionnalisés. Les deux armées seraient confinées dans leurs casernes et camps respectifs, sous la supervision d’une commission militaire qui serait formée suite à une entente entre le PCN(M) et les sept autres partis; parallèlement, une milice populaire serait créée avec pour mandat «d’assurer le bon déroulement des élections à l’assemblée constituante». Pour toute la durée de cette période d’intérim, le roi serait remplacé dans son rôle de chef d’État par le président ou la présidente de l’assemblée législative. Le pays serait en outre divisé en «neuf républiques autonomes», distinctes, dont l’administration aurait des ramifications dans les districts, villages et municipalités – le tout se faisant encore là par le biais d’ententes entre le PCN(M) et les sept partis. Ce n’est qu’une fois cette étape franchie que les gouvernements populaires établis par le PCN(M) seraient dissous. Enfin, les élections se tiendraient dans un laps de temps tel que l’assemblée constituante puisse se réunir au plus tard un an après l’entrée en vigueur de cette constitution provisoire.

Le Premier ministre Koirala a répondu à cette proposition en contestant la nécessité d’une constitution provisoire. Selon lui, la constitution de 1990 (qui fait du roi le chef de l’État) devrait rester en vigueur durant toute la période de transition, voire même après – bien qu’il admette que la décision finale à cet égard appartiendra à l’assemblée constituante. Même si le nouveau gouvernement a formellement aboli la plupart des prérogatives royales et changé le nom de l’Armée royale népalaise pour l’Armée du Népal, il n’en vient pas moins d’annoncer la nomination de Rukmangad Katuwal à titre de commandant en chef. Le général Katuwal est connu pour avoir dirigé les opérations militaires lors du récent mouvement populaire d’avril; auparavant, c’est lui qui était en charge des combats contre les rebelles maoïstes dans l’ouest du pays. Les organisations de défense des droits de la personne se sont fortement objectées à ce que cet individu reçoive cette promotion, alors qu’il aurait dû au contraire se voir frappé de sévères sanctions.

Mises en garde de Prachanda

Tout en annonçant la reconduction du cessez-le-feu, le président du PCN(M), Prachanda, a tenu à faire la mise en garde suivante :

«Nous avons la responsabilité de dire clairement qu’à notre avis, au lieu d’aller de l’avant et de s’en tenir à l’entente en huit points, le gouvernement des sept partis et le soi-disant parlement tentent actuellement de retourner en arrière, sous toutes sortes de prétextes. Dans ce contexte, il faut s’inquiéter sérieusement des pressions et signaux que les puissances étrangères envoient et qu’on retrouve en filigrane, derrière l’attitude du gouvernement… Il est tout à fait scandaleux de voir le gouvernement des sept partis tenter de rétablir les ponts avec ceux-là même qui ont essayé d’écraser le mouvement populaire, tout en continuant à répandre des mensonges à propos de celui qui a été leur principal allié lors de ce mouvement, à savoir le Parti communiste du Népal (maoïste).»

Si les partis parlementaires persistent à croire que les négociations de paix sont un signe de faiblesse de la part des maoïstes et refusent de s’en tenir à l’esprit de l’entente en huit points, «alors nous serons forcés de déclencher un puissant programme de mobilisation populaire pacifique, dans le cadre même du cessez-le-feu».

Dans une entrevue qu’il a accordée le 29 juillet au journaliste indien Anand Swaroop Verma (disponible sur parisar.wordpress.com), le président Prachanda s’est expliqué sur la politique actuelle du PCN(M) : «Nous n’avons pas recours à cette nouvelle stratégie en raison d’une faiblesse quelconque. De fait, nous tentons d’aller de l’avant en capitalisant sur la force que nous avons atteinte.»

«Les gens doivent comprendre que nous n’avons pas changé de politique suite à une défaite, mais plutôt en raison de la force que la guerre populaire nous a conféré. Il est vrai que nous avons été contraints d’apporter certains changements, tenant compte du rapport de force existant à l’échelle internationale. Mais c’est la première raison qui est la principale. Lorsqu’il devient suffisamment puissant, tout parti révolutionnaire tend à acquérir une plus grande flexibilité dans la lutte pour atteindre le siège du pouvoir… la flexibilité qu’on peut constater dans notre tactique ne découle pas de notre déviation, mais de notre force…»

«En analysant le rapport de force actuel à l’échelle internationale et celui qui prévaut en Asie du Sud, on voit qu’il devient difficile d’atteindre le centre du pouvoir. Nous devons donc recourir à une diversion. Voilà pourquoi nous qualifions de “phase transitoire” la période qui suit l’atteinte d’une entente avec la faction libérale de la bourgeoisie. Si on regarde de plus près le contenu de ce que nous appelons la “république démocratique”, on voit qu’il ne s’agit de rien d’autre qu’une république populaire. On y soulève toutes les questions de l’exploitation de classe, de l’oppression nationale, de l’oppression de genre et de l’oppression régionale. Si nous réussissons à résoudre ces quatre questions, cela équivaudra de fait à une république de démocratie nouvelle. Au niveau du contenu, cela m’apparaît évident; mais puisqu’on parle en même temps de compétition pacifique avec la bourgeoisie, la forme ressemble effectivement à une démocratie bourgeoise, bien qu’il s’agisse par essence d’une démocratie nouvelle. Voilà pourquoi nous disons que cela pourrait s’avérer une démocratie de transition. Nous sommes d’avis que c’est seulement de cette manière, dans le contexte global actuel, que nous pourrons combler les aspirations du peuple à la révolution et contribuer un tant soit peu au développement du mouvement communiste international et de la révolution prolétarienne mondiale…»

«Le peuple du Népal n’acceptera jamais les manœuvres visant à désarmer l’Armée populaire de libération. Les masses populaires savent à quel point nos armes sont importantes pour elles; elles savent très bien que si on nous désarme, ce sera un désastre pour le pays. Mais le caractère de classe des partis parlementaires et leur égoïsme les forcent à prétendre le contraire. De plus, ces partis font face aux pressions externes. Les États-Unis font ouvertement pression sur eux, de même que l’Inde. Ces pressions les forcent à dire ce qu’ils disent actuellement. Mais nous sommes d’avis que nous avons déjà gagné cette bataille. Lorsque nous avons convenu de l’entente en huit points le 16 juin 2006 à Balautar [il s’agit de la résidence officielle du premier ministre], il a été décidé que les deux armées et leurs armes respectives allaient être supervisées en coopération avec l’ONU. Le fait de soulever cette question une fois de plus revient à remettre cette entente en cause. Si ces partis reviennent sur cet accord, nous croyons que les gens ne les suivront pas. Un simple appel, de notre part, ramènera les masses dans la rue. Voilà pourquoi nous disons que nous avons déjà remporté cette ronde.»

Pour consulter les documents mentionnés dans cet article, ainsi que d’autres informations pertinentes, voir :

  • L’édition datée août 2006 (numéro 16) du Maoist Information Bulletin, publié occasionnellement par le PCN(M), disponible sur krishnasenonline.org/english.htm (les numéros précédents sont quant à eux disponibles sur cpnm.org).
  • Le numéro paru en mai 2006 du magazine The Worker (l’organe du PCN[M] en langue anglaise), qui traite en profondeur des positions du parti sur la question de la démocratie multipartite et son rapport avec l’objectif du socialisme et du communisme. Des exemplaires sont disponibles auprès des militantes et militants du PCR(co), au prix de 13$ l’unité.


1) Dans la section portant sur les droits fondamentaux, le projet de constitution provisoire du PCN(M) prévoit en outre

«la fin de l’exploitation patriarcale des femmes sous toutes ses formes; le droit égal à l’héritage pour les filles; la liberté pleine et entière des femmes pour toutes les questions relatives au mariage, à l’achat et la vente de biens et marchandises, au divorce, à la maternité et à l’avortement».