Un contenu syndical misérable, mais une forte présence rouge!

Criant des slogans révolutionnaires sans compromis aucun avec la bourgeoisie; équipéEs de foulards rouges; tous et toutes muniEs de drapeaux rouges; et avec à leur tête une bannière spectaculaire (plusieurs se faisant photographier devant elle!) du Parti communiste révolutionnaire (comités d’organisation), les participantes et participants au contingent rouge (plus d’une centaine) ont été parmi les […]

Criant des slogans révolutionnaires sans compromis aucun avec la bourgeoisie; équipéEs de foulards rouges; tous et toutes muniEs de drapeaux rouges; et avec à leur tête une bannière spectaculaire (plusieurs se faisant photographier devant elle!) du Parti communiste révolutionnaire (comités d’organisation), les participantes et participants au contingent rouge (plus d’une centaine) ont été parmi les rares à insuffler un peu de vie à une manifestation du Premier Mai 2005 particulièrement plate et vide de contenu.

La manifestation comptait cette année moins de 5 000 personnes – un échec pour un rassemblement syndical national et qui révèle sa grande faiblesse politique. Le Premier Mai, c’est le rappel historique de la lutte des travailleurs et travailleuses contre l’exploitation, et une excellente occasion de démontrer la force ouvrière dans la rue, et que les intérêts des capitalistes ne pourront jamais coïncider avec ceux des prolétaires. Or la présidente de la CSN Claudette Carbonneau, plutôt que de faire un mea culpa de cette absence du mouvement syndical dans la lutte politique (autrement que par le PQ), a préféré justifier cette faiblesse devant les journalistes en prétendant qu’il s’agissait seulement d’une activité régionale (un mensonge, comme le prouve d’ailleurs le libellé des affiches et les termes de l’appel pour la manifestation).

Cette faiblesse politique s’est confirmée par le contenu franchement minable des discours des dirigeantEs du milieu syndical. Au-delà de la langue de bois anti-Charest (qui se contente de copier le discours «étatiste» du PQ et qui ne construit aucunement une vraie opposition ouvrière), les manifestantEs ont dû se contenter d’écouter la cassette syndicale écoulant des slogans crachés par les haut-parleurs.

Dans un tel contexte, il était difficile de ne pas remarquer, dès le début du rassemblement, le contingent rouge organisé par le Parti communiste révolutionnaire (comités d’organisation) et le journal Le Drapeau rouge. Alors que plus d’une centaine de jeunes et moins jeunes, travailleursSES, sans emploi, étudiantEs et immigrantEs tous unis derrière la bannière rouge se rassemblaient progressivement, la police n’a pas tardé à vouloir isoler en l’encerclant, ce groupe qui tranchait il faut bien le dire avec les ballounes environnantes. Deux policières de l’équipe de «médiation» de la police venaient ainsi exiger de récupérer plusieurs des drapeaux rouges, sous prétexte que les bâtons utilisés pouvaient s’avérer «une menace à la sécurité des manifestants». Une des manifestantes leur a répondu que c’était plutôt eux (la police) qui menaçaient la sécurité des gens et que les manifestantEs étaient tout à fait en mesure de se protéger eux-mêmes! Après plusieurs minutes de tension et d’intimidation, devant la fermeté affichée par les membres du contingent révolutionnaire, les policiers ont renoncé à intervenir.

Tout au long de la marche, on y a crié des slogans dénonçant la bourgeoisie, le capitalisme et l’impérialisme, et d’autres appuyant les luttes des peuples comme en Irak et en Palestine, la guerre populaire au Népal et appelant à la formation d’un parti maoïste au Canada.

Un peu en réponse au slogan syndical confus «Libérons-nous des néo-libéraux», les révolutionnaires ont aussi scandé bien clairement «Libérons-nous des capitalistes, libéraux ou péquistes!». Slogan tout à fait approprié puisque le PQ a eu le culot de «déléguer» sa bannière et quelques pancartes à la manifestation, histoire de récupérer la grogne anti-Charest. Leur présence dans une manifestation de travailleurs et travailleuses, alors que ce parti ne s’est pas gêné pendant des années pour attaquer leurs droits et couper leurs salaires, était tout à fait scandaleuse. Les anarchistes et les camarades du contingent rouge ne se sont pas gênés eux non plus pour scander plusieurs fois «Parti québécois, parti bourgeois», au point où la bannière péquiste a piteusement retraité vers le trottoir.

L’importance du contingent rouge affichant sans équivoque ses couleurs communistes et révolutionnaires pour porter son message parmi les travailleurs et travailleuses, faisait contraste avec la maigreur des autres partis politiques dit de gauche. On peut dire qu’aujourd’hui en 2005, les maoïstes représentent une force bien plus organisée, résolue et militante que la gauche traditionnelle. Tant du côté du NPD, de l’UFP que d’Option citoyenne (sans compter le PCQ actuellement déchiré par des putschs à l’interne), on comptait à peine quelques dizaines de supporters au total, et à «entendre» le silence qui régnait dans leurs rangs, on se serait davantage cru dans un cortège funèbre qu’au Premier Mai. Plus imposant, le cortège anarchiste, auquel s’est greffé une quarantaine d’étudiantEs venuEs manifester derrière la bannière de l’ASSÉ, fermait quant à lui la marche.

Comme pour faire écho aux remarques du contingent rouge sur le danger bien plus grand que représente la police pour les marcheurs, la fin de la manifestation a été marquée par une attaque policière au poivre de cayenne et des arrestations injustifiées. L’intervention policière a vraisemblablement été provoquée par quelques matamores du service d’ordre de la FTQ qui s’en seraient pris à des manifestantEs portant des pancartes dénonçant la FTQ comme un syndicat «capitaliste». Fidèle à elle-même, la police a aussitôt réagi et s’ensuivit une échauffourée à une rue de la salle du Medley où on attendait les manifestantEs pour un spectacle du groupe ultra-nationaliste Loco Locass. Désormais «protégé» par les forces policières, le Medley n’était guère invitant et peu de gens ont semblé s’y rendre. En somme, une manifestation morose conclue dans la confusion la plus totale, avec la présence très remarquée de plusieurs centaines de policiers et d’anti-émeutes dont plusieurs fantasmaient sans doute à l’idée de «casser du manifestant»

De ce triste épisode, retenons que toute complicité qu’il ait pu y avoir entre le service d’ordre syndical et la police contre une partie des manifestantEs est carrément inacceptable et doit être dénoncée et critiquée, à l’intérieur même des rangs syndicaux. Ceux-ci devraient condamner l’intimidation et les interventions policières visiblement ciblées depuis quelques années contre les communistes révolutionnaires et les anarchistes à l’occasion du Premier Mai.

Pour les maoïstes, la fête des travailleuses et des travailleurs est un événement politique qui doit nous rappeler sans cesse la nécessité de lutter contre la classe bourgeoise, son État et son parlement. Plusieurs l’ont compris à travers le Québec et c’est avec joie qu’on a pu lire dans le Journal de Montréal du 2 mai que le bureau du ministre libéral fédéral Denis Coderre, étroitement mêlé au scandale des commandites, a vu les vitrines de son bureau de comté fracassées dans la nuit du 1er mai. Un graffiti représentant la faucille et le marteau, accompagné du mot “voleurs”, aurait été peint sur le mur voisin. Le bureau-chef des enquêteurs de l’aide sociale aurait subi le même sort à Montréal et portait la même inscription. Le Wal-Mart de Valleyfield, de même que le bureau d’emploi de Châteauguay, celui abritant le ministère du Revenu à Québec et le bureau de l’association des propriétaires à Saint-Jérôme, auraient également été la cible d’actions du même genre; jusqu’au chic Club St-Denis – là où se réunissent les hommes d’affaires et les politiciens pour tramer leurs magouilles – dont la devanture a été marquée du dessin de la faucille et du marteau communistes.

Bref, s’il a confirmé l’affaiblissement politique du mouvement syndical dans la défense des intérêts des travailleuses et travailleurs, le Premier Mai de cette année a aussi montré la force et l’influence croissantes des idées et actions communistes et révolutionnaires au Canada. Et on ne peut que s’en réjouir!