Renverser la domination de l’impérialisme !

Se saisir du territoire ! Le «libérer» des entraves qui résultaient de son occupation antérieure par les nations autochtones, et des modes d’existence (rapports de production, rapports sociaux et pouvoirs politiques) qui y avaient été établis, et sur la base de cette accumulation primitive (à la fois violente, et en même temps faussement juridique et […]

Se saisir du territoire ! Le «libérer» des entraves qui résultaient de son occupation antérieure par les nations autochtones, et des modes d’existence (rapports de production, rapports sociaux et pouvoirs politiques) qui y avaient été établis, et sur la base de cette accumulation primitive (à la fois violente, et en même temps faussement juridique et légale – i.e. la politique des traités), ériger une nation, le Canada, qui serait parfaitement synchronisée avec le développement du capitalisme, la constitution d’une bourgeoisie, éventuellement richissime, et le développement de l’impérialisme jusqu’à la période actuelle. Voilà ce que fut – et ce que persiste à être – le rapport essentiel de la bourgeoisie canadienne aux peuples autochtones : (Premières nations, Métis et Inuits).

Et voici son retournement :
Se (re)saisir du territoire ! Le libérer (sans guillemets !) des entraves qui résultent de la domination capitaliste et impérialiste et de l’exploitation des ressources par les grandes multinationales, et sur la base de cette révolution, ériger une nouvelle démocratie (i.e. le concept de révolution de démocratie nouvelle de Mao Zedong) qui réaliserait la souveraineté des peuples autochtones, mettrait fin à l’oppression nationale, expulserait les multinationales et tous les intérêts impérialistes – tant canadiens qu’internationaux – et s’unirait à la lutte des travailleurs et travailleuses de partout au Canada pour le socialisme.

Dans ce retournement, réside une grande part de la perspective révolutionnaire au Canada. On ne peut en effet envisager le socialisme au Canada sans révolution et sans libération nationale des peuples autochtones, donc conséquemment, sans transformer totalement l’État canadien, y compris dans la manière dont il réalise l’unité politique du territoire. On n’assoiera pas un nouveau roi sur un vieux trône ; on ne glissera pas un nouveau pantin dans le vieil habit du premier ministre ; on ne mettra pas davantage les opprimésEs et les classes populaires en charge du vieil État bourgeois.

À cet égard, il est possible et nécessaire de s’inspirer des révolutionnaires maoïstes des pays de l’Asie du Sud (Népal, Inde, Bangladesh, Bhoutan) qui, à travers les chemins particuliers qu’empruntent leurs révolutions, luttent dans la perspective commune d’instaurer une fédération de type soviétique des républiques d’Asie du Sud, en dépit de décennies de rapports inégaux, de domination et de subordination.

Ces partis luttent, à travers la guerre populaire, pour ériger un modèle révolutionnaire d’unité. C’est un des objectifs les plus grandioses et les plus positifs qui soit. Nous aussi nous lutterons pour remplacer l’unité factice et imposée par les capitalistes (le Canada bourgeois), par l’unité révolutionnaire des nations autochtones, canadienne et québécoise, dans une fédération de type nouveau.

Ce retournement est devant nous. Il est à construire. Le PCR(co) dans son programme parle d’une lutte qui aura un caractère étendu : «…au Canada, la lutte armée pour le socialisme et pour établir le pouvoir du prolétariat aura nécessairement un caractère étendu. La voie de la révolution au Canada est celle de la guerre populaire prolongée.» (Programme du Parti communiste révolutionnaire (comités d’organisation), été 2003, p. 50.)

Il faut comprendre que la lutte révolutionnaire des peuples autochtones du Canada est une dimension fondamentale, un facteur décisif qui contribue au caractère étendu de cette lutte. C’est, pour les besoins de cet article, ce que nous nommons le retournement : déposséder ceux qui nous ont dépossédés ; détruire le système même qui a tenté de nous détruire !

On ne cherchera pas à faire comme si tous les traits, toutes les étapes de cette révolution de démocratie nouvelle par les peuples autochtones du Canada nous étaient déjà entièrement connus. Beaucoup de choses dépendront des conditions, des circonstances, des luttes et de leurs résultats, des revers possibles, comme des victoires probables qui ensemble accoucheront de transformations gigantesques. Mais sa nécessité est une évidence que démontre toute la politique de l’impérialisme canadien envers les peuples autochtones.

L’intérêt de l’impérialisme pour le Nord

Ces derniers temps, les milieux bourgeois et gouvernementaux au Canada ont commencé à s’inquiéter de l’affaiblissement éventuel de la souveraineté canadienne sur les territoires arctiques. Comme le rapportait récemment le journal La Presse, des manœuvres militaires canadiennes auront lieu cet été même dans l’Arctique, impliquant l’armée, la marine et l’aviation, dont l’objet sera de simuler une intervention militaire dans cette partie nord du Canada. L’année prochaine, des drones (avions de surveillance sans pilote) seront mis à l’essai dans le but de servir à la surveillance aérienne de ce territoire. Par ailleurs, le récent budget du gouvernement Martin a prévu 70 millions de $ pour soutenir scientifiquement les revendications territoriales du Canada face aux réclamations des USA, de la Russie et du Danemark (La Presse, 2 mai 2004).

Cette préoccupation concernant l’intégrité du territoire canadien dans l’extrême-nord arctique peut nous paraître caricaturale ou purement symbolique. Elle n’est ni l’une ni l’autre. Rappelons qu’en 1953, le gouvernement a déplacé de façon purement autoritaire 17 familles Inuits de Port-Harrison au Nouveau-Québec (maintenant Inukjuak) à plus de 2 250 kilomètres au nord pour fonder les communautés de Resolute Bay et Grise Fiord, de manière à matérialiser ses prétentions quant à la souveraineté sur le nord arctique.

Aujourd’hui, l’on sait par exemple qu’au seul titre du gaz naturel et du pétrole, 40 % des réserves canadiennes sont situées dans l’extrême-nord. De plus, avec le dégel partiel d’une partie des banquises, le passage du nord-ouest va devenir dans une décennie une voie de circulation maritime privilégiée et économique (comparativement au contournement de l’Amérique du Sud par la pointe de l’Argentine) pour les méga-tankers et les méga-cargos du monde entier qui n’empruntent déjà plus le canal de Panama, entraînant ainsi vers cette région, en sus des autres activités d’extraction et de transport, le développement d’une activité économique et administrative (étatique) nouvelle.

Cette préoccupation actuelle, de la bourgeoisie et des gouvernements, n’est pas confinée, peu s’en faut, au nord du nord, à l’Arctique. Elle témoigne plutôt de l’intérêt stratégique que porte l’impérialisme canadien pour tout le nord du territoire. Elle est une manifestation de plus du projet actuel de la bourgeoisie canadienne de compléter son emprise sur le nord du pays, du 50e parallèle jusqu’à l’Île Ellesmere.

Ces dix dernières années, on a vu se développer ce qui apparaît maintenant comme la phase ultime de la colonisation du territoire par la bourgeoisie canadienne. La phase d’achèvement de son «saisissement» du territoire amorcé il y a plusieurs siècles, donc l’affirmation totale de sa souveraineté (en opposition au droit à l’autodétermination des nations autochtones). Cette souveraineté sécurise un débouché de premier ordre pour son expansion comme bourgeoisie impérialiste, elle qui a de plus en plus de mal à «jouer du coude» avec ses concurrentes sur la plupart des marchés internationaux, du fait de sa taille relativement modeste.

Les années actuelles sont cruciales, on ne doit pas s’y tromper. La bourgeoisie canadienne (cette désignation inclut dans le présent article le partenariat impérialiste Canada-Québec) déploie une activité intense pour parvenir à contourner le problème politique posé par la contradiction juridique de l’État canadien : contradiction entre d’une part, l’impossibilité constitutionnelle de nier les droits des Premières nations et d’autre part, le refus politique de l’État bourgeois de reconnaître en pratique le droit à l’autodétermination des Autochtones.

Cette tenaille politico-juridique, une fois comprise pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une contradiction du capitalisme et de l’État bourgeois au Canada, si elle était travaillée (i.e. prise comme un objet de lutte) avec clairvoyance et lucidité par une direction de lutte chez les Premières nations, par un courant combattant unifié et non pas par des marchands de territoires et de ressources, déboucherait à n’en pas douter sur une situation quasi-révolutionnaire, sur un véritable moment de libération.

Or, ce n’est pas le cas. Actuellement, ce courant combattant unifié n’existe pas. Et profitant de cette absence, la bourgeoisie a su se ressaisir après vingt-cinq années de luttes. Elle desserre maintenant, en autant qu’elle le peut, les tenailles qui encombraient ses mouvements, et met la table pour s’offrir bientôt un grand festin : des milliards de $ iront à coup sûr dans ses coffres. Le peuple autochtone va continuer à s’injecter de la misère dans les veines. Les ouvriers autochtones vont continuer à creuser ses mines, à ouvrir ses routes et à faire courir ses pipelines du nord au sud, la bourgeoisie impérialiste va garder pour elle, pour ses amiEs, pour entretenir le luxe de ses citadelles, le produit le plus grand de tout cet effort et de toute cette peine.

La dépossession : une continuité

La domination impérialiste actuelle du nord canadien est dans la continuité historique d’une bourgeoisie qui s’est constituée et développée à partir de la sujétion initiale des peuples autochtones, par une appropriation de richesses, appropriation largement soutenue par la violence de l’État colonisateur.

À l’époque du commerce des fourrures, une bourgeoisie commerçante s’est constituée (étape d’accumulation primitive) grâce à la supériorité de l’armement européen et aux victoires militaires des Anglais et des Français, et par l’installation des premières colonies et des circuits de collecte et d’échange des fourrures. Après la victoire britannique de 1760, la Proclamation royale de 1763, véritable concentré politique du capitalisme marchand, est venue rassurer les peuples autochtones quant au «respect» de leurs droits. Droits qui étaient garantis par la Proclamation, à moins, disait-elle, qu’ils ne soient autrement cédés à la Couronne britannique – et à elle seule – au moyen de traités et d’ententes.

La bourgeoisie marchande ne se voyait pas, et cela va de soi, comme un agent en latence du futur capitalisme industriel. Elle n’entrevoyait pas le besoin à venir de terres pour l’agriculture, ni pour l’établissement des populations immigrantes, ni pour l’industrie, etc. Elle se contenta de «sécuriser» son rapport aux Autochtones en garantissant leurs droits (à même la puissante autorité de la Couronne britannique), de manière à «bétonner», comme on dirait aujourd’hui, ses réseaux de collecte et de transport des fourrures.

Cette économie marchande vint assez vite au bout de son souffle. Le développement de l’agriculture, la croissance démographique (par la croissance interne et par l’immigration), l’apparition des premières industries, transformaient déjà le futur Canada.

Le véritable processus d’accumulation primitive (qui est selon Marx le passage des rapports non-capitalistes aux rapports de production capitalistes, et que Lénine caractérisait, dans le cas de la Russie, comme un «nettoyage des terres au profit du capitalisme», Œuvres, t. 13, p. 291) advint à ce moment-là, dans le procès d’accaparement des terres autochtones par l’État (la Couronne puis l’État canadien) au profit d’exploitants privés – agriculteurs, compagnies de chemins de fer, fabriques, et éventuellement industries d’extraction diverses. Là se trouve l’origine de la politique des traités qui débuta un peu avant le milieu du XIXe siècle et qui se perpétue jusqu’à maintenant, en dépit du maquillage apporté au discours politique qui recouvre actuellement les ententes de principes, accords et autres paix des braves avec les nations autochtones.

La Proclamation royale de 1763, coussin protecteur pour la bourgeoisie marchande et pour le commerce des fourrures, devint un irritant, une contrainte : elle rendait obligatoire le passage par la politique des traités pour «libérer» les terres.

La bourgeoisie canadienne s’adapta sans peine à cette contrainte légale. Les nombreux traités négociés (c’est vite dit !) et signés dès cette époque furent d’authentiques vols, des duperies systématiques, du terrorisme d’État, menant au déplacement des populations autochtones et éventuellement, à leur confinement dans des réserves. L’historien Stanley Ryerson a écrit à ce propos : «Le fait est que les autochtones furent dépossédés de leurs terres par une colossale opération frauduleuse, par de la fausse représentation et du vol organisé.» (in The Founding of Canada, p. 241, traduit par nous) Dans Changer le Canada ! (Action socialiste, 1991), ce processus a été résumé ainsi :

«Ces traités furent très clairement liés à la volonté de la classe dominante de s’accaparer les richesses naturelles, les grandes voies de communication, et conséquemment d’en déposséder les autochtones.

«Ainsi en a-t-il été des tous premiers traités signés au Canada autour de 1850, appelés communément traités Robinson-Huron et Robinson-Supérieur, signés avec les Ojibways. Ces traités coïncidaient avec la découverte de riches gisements miniers au nord des Grands Lacs (en particulier des lacs Huron et Supérieur) et sur lesquels s’est bâtie la future puissance économique de l’Ontario. Les centres industriels et miniers actuels de Sudbury, de Sault Ste-Marie et de Timmins sont tous situés sur les anciens territoires des Ojibways.

«Il était impensable pour la bourgeoisie montante de laisser ces vastes territoires et les richesses qu’ils contenaient aux autochtones. Les richesses colossales qu’elle a depuis accumulées furent de ce fait usurpées aux nations autochtones.

«Ainsi… (également) le traité n° 8 signé en 1899 au Yukon est-il un autre exemple : il coïncide avec la découverte des gisements d’or et a permis leur exploitation intensive. Il en fut exactement de même lorsque furent découverts des gisements de pétrole dans le nord-ouest canadien, entraînant rapidement, en 1921, la signature du traité n° 11.»

Cet accaparement du territoire servit d’abord à l’agriculture, ensuite à l’expansion du marché interne, à l’État lui-même, et enfin aux compagnies privées – dont certaines devaient devenir des multinationales – dans les industries de la forêt, des mines, du pétrole, etc.

Le vol des terres, cette fraude légale au profit de la bourgeoisie, fut aussi une fraude sanglante ! Tout ce processus fut possible parce que le nouvel État canadien mit ses tribunaux, ses agents appointés à l’application de la Loi sur les Indiens (à partir de 1876), sa police – RCMP – et ses soldats, à réduire au silence les autochtones. La rébellion des Métis et de leurs alliés indiens fut réprimée dans le sang et dans la persécution judiciaire.

Le gouvernement canadien et les gouvernements provinciaux prirent bien soin, au moyen de nombreux règlements, d’empêcher politiquement que les Autochtones se constituent en nation au sein du Canada. Le gouvernement s’avisa de diviser ces «vaincus». Il les tint reclus sur des territoires séparés. Il instaura au moment de la rébellion de Riel en 1885, et le conserva jusque dans les années 1950, le «pass system». Ce système interdisait aux Autochtones des Prairies de se déplacer entre les réserves sans autorisation des agents des affaires indiennes. Il était également interdit aux Autochtones de lever des fonds pour contester devant les tribunaux leur situation d’oppression (curieusement, la Paix des braves de 2001 entre les Cris et le gouvernement du Québec a également pour objet d’éliminer les recours juridiques !).

Selon l’historien E.B. Titley, le département des affaires indiennes (i.e. le ministère) contrôlait un vaste réseau d’espions et d’informateurs, comprenant des missionnaires, des policiers, des indicateurs chez les autochtones eux-mêmes, en plus de la RCMP, pour surveiller et nuire à l’activité politique des Indiens. Le leader mohawk F.O. Loft, fondateur à la fin de la Première Guerre mondiale de la League of Indians of Canada, devint un organisateur hors pair. Il luttait contre les divisions qui accablaient les Indiens d’un bout à l’autre du «dominion». Le superintendant aux affaires indiennes de l’époque, Duncan Campbell Scott, l’accusa d’être un bolchévik et de menacer le Canada. Il fit tout ce qui était possible, avec l’aide de la RCMP, pour désorganiser son mouvement (in Geoffrey York, The Dispossessed, pp. 246-247).

Il en fut ainsi pour des centaines de militants, de leaders et de membres d’organisations qui cherchaient à regrouper les Autochtones et à organiser leur combat politique. Car il faut bien se dire ceci : à tout mouvement de la bourgeoisie pour accroître sa domination et étendre son rayonnement, correspond un mouvement de son État pour détruire, désorganiser, disperser ce qui fait obstacle à cette marche vers l’avant de la bourgeoisie.

La phase actuelle

Aujourd’hui, alors que nous assistons à une nouvelle phase dans l’exploitation des territoires du nord par l’impérialisme canadien, avec à la clé, la réalisation par de puissantes multinationales canadiennes ou étrangères, aidées par les gouvernements, d’immenses projets miniers, hydroélectriques, pétroliers, portuaires, gaziers ou autres, qui impliquent une concentration de capitaux élevée (y compris du petit capital autochtone), la bourgeoisie canadienne (ou américaine, ou d’autre part encore) commande littéralement à l’État de nettoyer les obstacles qui salissent encore le sol aux pieds des capitalistes (de nettoyer les terres, comme aurait dit Lénine), en clair, de balayer les empêchements politiques ou juridiques qui peuvent nuire à la réalisation des profits capitalistes.

Il faut se demander dans ces conditions-là : est-ce que les rapports entre l’État impérialiste canadien et les nations autochtones se sont modifiés, disons grosso modo ces dix dernières années, par la conclusion d’accords territoriaux (et par les négociations encore en cours) qui sont de quasi traités et/ou des textes supplétifs, qui lient les bandes autochtones à cette nouvelle phase de «nettoyage» du territoire (i.e. le libérer au profit de l’exploitation capitaliste) en échange de redevances, d’annuités, et de portions de territoires à usage propre ?

Présentons les choses autrement. Quand en 1975, John Ciaccia, ministre dans le gouvernement libéral du Québec, explique à l’Assemblée nationale le sens de la politique du Québec dans le nord, et en l’occurrence la signification de la future Convention de la Baie James, dans les termes suivants : une occasion pour le Québec «…d’étendre son administration, sa législation, ses institutions publiques et ses services à la totalité du Québec, en un mot d’affirmer l’intégrité de notre territoire» (cité dans Regard sur la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, éd. Québec Amérique, 2002, p. 153), parle-t-il alors un langage si différent de celui que parlaient les agents qui négociaient les traités en 1850, 1890 ou 1920 ? Parlait-il un langage si différent de celui du PQ qui conclut la dite Paix des braves avec les Cris pour «libérer» la rivière Rupert pour l’exploitation hydroélectrique par Hydro-Québec ?

Les opérations capitalistes dans le nord, plus souvent qu’autrement liées aux secteurs les plus puissants de la bourgeoisie, se multiplient actuellement. Réalisés ou projetés, ils constituent un enjeu de taille pour la classe dominante : Mines Diavik, Ekati (diamants) ; Voisey’s Bay ; le pipeline du MacKenzie pour le transport du gaz naturel ; l’hydroélectricité sur les rivières Rupert (Québec) et Lower Churchill (Terre-Neuve/Labrador) ; le projet de port de Bathurst au Nunavut ; le pétrole et le gaz naturel dans le bassin des Îles Charlotte (Colombie-Britannique) ; les sables bitumineux avec le Projet Millenium, Syncrude au nord de Fort McMurray, True North Energy à Forth Hills ; le développement diamantifère au Nunavut, à Wawa Bush, à Snap Lake, au Mont Otish au Québec ; la mine Bell Allard (zinc) à Matagami, etc., sans parler des centaines d’autres opérations de moindre ampleur.

Ces opérations capitalistes constituent d’ores et déjà le poste de commandement, le quartier général, à partir duquel se décide le développement de la question autochtone au Canada. Du moins, est-ce là la volonté des gouvernements et des milieux capitalistes. La bourgeoisie fait le pari (pari idéologique, pari politique) que l’impressionnante envergure de ces développements va induire chez les dirigeantsEs autochtones l’idée que, tout compte fait, la meilleure politique est celle qui consiste à être les courtiers entre la puissance de fer des capitalistes et les besoins des communautés autochtones.

Nous sommes plutôt en accord avec les maoïstes quand ils et elles disent que sans le pouvoir politique, tout n’est qu’illusion… L’idée en vogue de la «self-sufficiency» économique (idée incomplète s’il en est), celle de redistribution communautaire des redevances de l’exploitation capitaliste, sont elles aussi des illusions. Elles le sont et le resteront s’il n’y a pas la perspective de la révolution, c’est-à-dire si les nations autochtones ne luttent pas pour vaincre le pouvoir politique de l’impérialisme canadien.

Le marxisme nous a appris que le capitalisme, s’il développe les richesses, développe aussi, simultanément, la misère. Dans le MacKenzie, chez les Dénés, chez les Cris, chez les Innus, l’eau, le cuivre, le gaz naturel, l’or, les diamants, entrent comme des biens détournés dans l’accumulation de richesses pour les uns, et dans le développement de la misère pour les autres.

D’ici cinq ans, les peuples autochtones compteront pour 2 millions de personnes au Canada. Très largement des jeunes. Et la grande majorité est déjà et sera de plus en plus composée de prolétaires. C’est dire qu’ils et elles expérimentent ce que nous appelons les trois niveaux de la réalité de notre classe :

  • la misère, la rue, l’errance, la maladie, souvent nommé le sous-prolétariat ;
  • le chômage, le travail occasionnel, les semaines de chantier, dits aussi l’armée de réserve ;
  • les emplois industriels, les mines, les travaux publics, les services, le salariat dit régulier.

C’est à eux et elles qu’il revient de constituer, en commençant dès maintenant, un courant combattant unifié. D’une bande à l’autre ! D’une nation à l’autre ! D’une réserve à l’autre ! D’une ville à l’autre ! Du Nord au Sud et d’Est en Ouest ! CombattantEs et uniEs ! Il faut viser à instaurer une nouvelle démocratie, un pouvoir politique autochtone au nord du Canada. Cela ne peut se faire qu’en luttant contre l’impérialisme canadien et en brisant la domination de ses puissantes compagnies, de ses monopoles et de ses agences sur les peuples autochtones. Le moyen d’y parvenir, c’est par la guerre populaire prolongée !

Bâtissons un courant combattant unifié !
Appuyons la lutte des peuples autochtones !
Préparons la guerre populaire !

R. P. North