Toronto: une victoire populaire

L’adoption par le conseil municipal de Toronto d’une série d’amendements, qui sont venus atténuer les coupures proposées par le maire Rob Ford à la mi-janvier, a été largement présentée comme une preuve que les membres du conseil sont à l’écoute de la population. La réalité, cependant, c’est que les conseillers municipaux – au même titre que les députés provinciaux et fédéraux – font partie d’un système globalement favorable aux capitalistes, qui n’a de démocratique que le nom.

Que l’équivalent de 20 millions de dollars parmi l’ensemble des coupures envisagées ait finalement été annulé (dont 2 millions $ dans les refuges pour sans-abris, 5 millions $ pour le transport en commun et 1,7 million $ dans les services de garde subventionnés) est certes une victoire, mais elle n’est pas due à la soudaine générosité des conseillers municipaux. Cette victoire n’a été rendue possible que par la mobilisation des dizaines de milliers de personnes qui sont descendues dans les rues depuis que Rob Ford est entré en fonction à la fin 2010. C’est la victoire de tous ceux et celles qui ont organisé des meetings et rassemblements, fait circuler des pétitions et bravé la brutalité policière habituelle.

Le fait que les milliers de Torontois et de Torontoises rassembléEs devant l’hôtel de ville aient été interditEs d’entrer à la séance du conseil le 17 janvier au soir, alors qu’il y avait pourtant plein de sièges inoccupés dans la zone réservée au public, témoigne du caractère antipopulaire de cette institution. Des centaines de manifestantes et manifestants ont été battuEs et aspergéEs de poivre de Cayenne par la police torontoise; quatre personnes ont également été arrêtées. Pendant ce temps, les conseillers votaient en faveur de l’augmentation du budget de la police et la suppression d’un millier d’emplois…

N’oublions pas que 21 des 44 conseillers ont appuyé la totalité des coupures souhaitées par Rob Ford. L’impact de ces coupures sera ressenti essentiellement par les pauvres, les personnes racialisées, les jeunes et les femmes; ce sont eux et elles qui paieront la facture pour une crise économique dont la bourgeoisie est seule responsable. Les projets de privatisation du logement social et d’autres services ont été adoptés par la majorité des conseillers.

Nous saluons la victoire remportée par les masses en lutte contre les coupures planifiées par Rob Ford. Il faut toutefois reconnaitre qu’on ne peut riposter au rouleau compresseur du capitalisme en se contentant de s’appuyer sur ses institutions prétendument «démocratiques», comme le conseil municipal ou le parlement. Cela nous conduirait inévitablement à plaider pour un peu moins de coupes, alors qu’il faut lutter pour que des fonds supplémentaires soient alloués là où les besoins de la population se font sentir, notamment en matière de garderies et de logements. Il est temps de passer de la défensive à l’offensive et de s’organiser pour que des politiques communistes succèdent à ce système capitaliste tout à fait pourri.