La justice coloniale condamne sept Mohawks

Sept membres de la nation mohawk de la réserve de Tyendinaga viennent d’être trouvés coupables de «méfait» par un tribunal ontarien. Les sept avaient été arrêtéEs en avril 2008 dans le cadre d’une action de protestation, incluant un blocage de route, contre un projet immobilier qu’un promoteur véreux souhaitait réaliser sur le lotissement Culbertson, revendiqué […]

Sept membres de la nation mohawk de la réserve de Tyendinaga viennent d’être trouvés coupables de «méfait» par un tribunal ontarien. Les sept avaient été arrêtéEs en avril 2008 dans le cadre d’une action de protestation, incluant un blocage de route, contre un projet immobilier qu’un promoteur véreux souhaitait réaliser sur le lotissement Culbertson, revendiqué par la nation mohawk et qui fait l’objet d’une négociation avec le gouvernement fédéral depuis déjà quelques années.

Dans un scénario rappelant celui qui vient encore de se produire à Kanehsatake, le promoteur avait finalement rebroussé chemin et renoncé à son projet, à la suite de quoi les Mohawks avaient levé leurs barricades. Le tout s’était par ailleurs déroulé on ne peut plus pacifiquement. Ce n’est qu’après coup que la police provinciale ontarienne avait arrêté une douzaine de protestataires mohawks.

Au terme d’un procès ayant duré 39 jours, le juge Geoffrey Griffin de la Cour de justice de l’Ontario a prononcé un verdict de culpabilité contre sept accuséEs, tandis que cinq autres ont été acquittéEs. Outre l’accusation de méfait, certains ont aussi été trouvés coupables d’entrave au travail des policiers et de voies de fait pouvant causer des lésions. Les sept connaîtront leur sentence le 27 septembre prochain.

Ce verdict devrait faire taire les imbéciles qui prétendent qu’il y a deux poids, deux mesures et que la justice favorise toujours les Autochtones (sic). De fait, les protestataires exerçaient un droit légitime et défendaient un territoire sur lequel la légitimité de leurs revendications a déjà été officiellement reconnue par les autorités canadiennes. Malgré cela, les sept ont été condamnéEs par le système de justice d’un État étranger, en vertu de lois qui leur ont été imposées et que leur nation n’a jamais acceptées.

Fait à signaler, le juge Griffin a ouvertement reconnu la légitimité de leurs revendications, voire de leur action, tout en les condamnant. Il a tenu à rappeler que les revendi-cations des Mohawks sur le lotissement Culbertson avaient déjà été jugées fondées par le gouverne-ment fédéral, qui a accepté d’entre-prendre des négociations à ce sujet en 2003.

Selon lui, l’action des Mohawks a été en quelque sorte provoquée par l’intention affichée par le promoteur immobilier, Emile Nibourg, de commencer la construction d’un ensemble de 200 logements en plein sur ces terres. Le juge est allé jusqu’à expliquer que les personnes contre lesquelles les accusations ont été portées étaient au fond «motivées par leur volonté de voir à ce que le lotissement Culbertson demeure intact, d’ici à ce que le problème des revendications territo-riales soit résolu», ajoutant que «leur passion, associée au besoin de protéger leurs terres, a certes généré d’intenses émotions».

On le voit, le juge Griffin semble avoir compris le fond du litige ; mais en bon juge respectueux du système qui l’a nommé et dans lequel il s’inscrit, il a néanmoins choisi d’appliquer aux accuséEs d’une autre nation une loi – le Code criminel – qui leur est étrangère.

La lutte des Mohawks de Tyendinaga fait partie de la lutte de libération plus générale des nations autochtones. Leur résistance est non seulement légitime, mais elle est même essentielle, si l’on veut en finir avec le Canada injuste dans lequel on vit. Le moins qu’on puisse souhaiter, c’est que les éléments contextuels expliqués par le savant juge seront considérés comme autant de facteurs atténuants lorsqu’il imposera leur sentence aux sept accuséEs le 27 septembre prochain…

S.G.