Un événement inédit, en solidarité avec les luttes autochtones

Une première a eu lieu le 7 novembre dernier, alors que le PCR de la région de Québec a tenu un événement public dans la communauté de Wendake, située à une dizaine de kilomètres au nord du centre-ville de Québec. Près d’une cinquantaine de personnes ont pris part à l’événement «Luttes autochtones», qui se voulait […]

Une première a eu lieu le 7 novembre dernier, alors que le PCR de la région de Québec a tenu un événement public dans la communauté de Wendake, située à une dizaine de kilomètres au nord du centre-ville de Québec. Près d’une cinquantaine de personnes ont pris part à l’événement «Luttes autochtones», qui se voulait une occasion privilégiée de discuter des luttes des Premières nations et de leur articulation avec la lutte plus générale contre l’État canadien.

Longtemps connue sous le nom de «village huron», la réserve de Wendake ne constitue qu’une minuscule partie du territoire historique de la nation huronne-wendat, que les colonisateurs européens ont accaparé à partir du XVIIe siècle. L’événement du 7 novembre a eu lieu au cœur même de la communauté dans une salle de l’Hôtel-Musée Premières nations, qui a ouvert ses portes au mois de mars 2008.

Animée par Jacquelin Savard, la soirée a commencé par la présentation d’un conte sur l’histoire des réserves amérindiennes présenté par l’auteure-compositrice Geneviève McKenzie-Sioui, d’origine innue. Personnifiant une aînée amérindienne, la conteuse s’adressait de manière fictive à son petit-fils, Tshïam-apu, qui souhaitait savoir pourquoi les Indiennes et les Indiens vivent dans des réserves.

En quelques minutes, le conte retrace habilement l’histoire commune aux différentes nations autochtones qui, après avoir été utilisées par les puissances colonisatrices, se sont vues déposséder de leurs territoires, en échange d’«indemnités» parfaitement ridicules. Les occupants ont alors créé le système des réserves, qui constituent autant de ghettos où les Amérindiennes et Amérindiens ont été confinéEs, sans droits, dans ce qui s’apparente de fait à des camps de réfugiéEs.

Nukum (c’est le nom de l’aînée qui s’adresse à Tshïam-apu) explique que «les Indiens vivent encore aujourd’hui les conséquences de cet enfermement». Les problèmes d’alcool, de jeu, de drogues, de violence, ainsi que les taux de suicide proprement scandaleux que l’on connaît désormais au sein des communautés autochtones ont tout à voir avec cette entreprise de dépossession qu’on leur a fait subir. Pendant que leurs pères étaient jetés en prison et leurs mères contraintes de s’exiler en milieu urbain, les jeunes Autochtones ont été abandonnés, quand ils ne furent pas carrément recrutés pour aller combattre – et mourir – dans les rangs de l’armée coloniale.

Les Blancs ont renié leurs promesses et les traités qu’ils avaient signés avec les nations autochtones. Ils ont violé massivement et systématiquement les droits humains les plus élémentaires. Et les gouvernements actuels poursuivent la même politique. Nukum nous le rappelle, quand elle affirme que «Charest charrie quand il dit que “le Nord, c’est chez nous”» : le Nord, ce sont des territoires que le gouvernement continue de voler aux peuples autochtones – des territoires qui permettent un mode de vie que leurs chefs (du moins, ceux qui luttent vraiment avec leurs peuples pour la sauvegarde des terres au détriment de l’économie) veulent toujours maintenir.

Malgré toutes les souffrances et les difficultés qu’ils ont subies et qui sont encore aujourd’hui leur lot quotidien, Nukum demeure confiante que la prophétie du grand-père de Tshïam-apu se réalisera, lui qui disait qu’«un jour, le temps viendra où toutes les nations autochtones s’uniront et protégeront de nouveau la terre». Comme elle le souligne avec fierté, «nous avons plus de 10 000 ans d’histoire, et nous sommes toujours bien vivants pour le dire!»

Après la présentation de ce conte à la fois instructif et émouvant, l’animateur a laissé la parole à un invité bien spécial, Lone Cloud, âgé de 78 ans, qui est aussi l’actuel chef du «clan de l’aigle» de la communauté abénaquise d’Evansville, dans l’État du Vermont. Cette communauté compte quelques centaines de membres regroupés sur un territoire d’environ 150 kilomètres carrés (ce qui équivaut à un peu moins du tiers de l’île de Montréal).

Le chef Cloud a raconté aux participantes et participants que sa communauté lutte pour défendre et promouvoir son héritage, particulièrement auprès des jeunes. Le clan de l’aigle a d’ailleurs publié près d’une dizaine de manuels scolaires destinés aux jeunes de la communauté, qui peuvent ainsi s’approprier leur histoire. Lone Cloud en a aussi profité pour présenter un livre de recettes qu’il a récemment publié (Native American Recipes by the Abenaki Clan of the Hawk), qui participe lui aussi du même effort visant à assurer la pérennité des traditions amérindiennes mises à mal par la culture dominante.

S’étonnant du fait que soudainement, «tout le monde parle de récession, alors que les Premières nations vivent une récession permanente», le chef abénaquis a évoqué la pauvreté et l’état de «sous-développement économique» qui caractérise tout le nord-est du Vermont, où l’on retrouve plusieurs communautés autochtones.

Les participantes et participants à l’assemblée ont posé plusieurs questions au chef Cloud et témoigné de leur appréciation pour son dévouement et sa solidarité.

La partie formelle de la soirée s’est terminée par l’intervention du camarade Sébastien, du Parti communiste révolutionnaire. Le camarade a d’abord rappelé que la soirée se voulait un prolongement de celle que le PCR avait organisée un an plus tôt dans le quartier Limoilou, où des gens de Wendake étaient venus expliquer leur situation et leur point de vue sur le 400e anniversaire de la ville de Québec, que les élites locales s’apprêtaient à célébrer comme si les Autochtones n’avaient jamais été là.

Sébastien a ensuite expliqué pourquoi le PCR, qui vient de consacrer un numéro spécial de la revue Arsenal aux luttes autochtones, s’intéresse tant au combat des Premières nations :

«Le rapport colonial qui unit les Premières nations au gouvernement canadien nous montre pourquoi les luttes autochtones jouent un rôle clef dans la transformation de l’État et du pays en entier. La reconnaissance de leurs droits dans le contexte actuel mènerait à un chamboulement des rapports de force et de domination établis jusqu’ici. Nous, communistes, croyons que ce “désordre” serait une bonne chose! À court et à moyen terme, la victoire des luttes autochtones signifierait la fragilisation de l’État canadien – un État qui exploite un grand nombre d’opprimés à travers le pays.»

En outre, parce qu’elles remettent en cause les bases mêmes du pouvoir de la bourgeoisie canadienne, les luttes autochtones posent nécessairement la question de la stratégie à mettre en œuvre pour en finir le statu quo. Ce n’est pas sans raison que la police, la «justice» et même l’armée canadienne s’en prennent ouvertement aux Autochtones, dès qu’ils et elles osent s’organiser pour défendre leurs droits. Cela, on le voit bien actuellement, avec la criminalisation systématique des membres de la communauté mohawk de Tyendinaga en Ontario, dont le militant Shawn Brant, qui luttent avec détermination pour faire valoir leurs droits ancestraux sur leur territoire.

«L’appui populaire et la compréhension générale de la lutte sont des éléments essentiels dans le combat contre l’État canadien», d’ajouter le camarade, qui a ainsi conclu son intervention : «Je ne sais pas avec précision comment va s’organiser la révolution au Canada, mais ce que je sais, c’est que les Premières nations vont y jouer un rôle déterminant et que les communistes vont se lier concrètement à leur cause.»

Après une période d’échanges, les participantes et participants ont pu déguster une bière produite en hommage à la nation huronne et apprécier une exposition d’œuvres sur l’Iroquoisie réalisée par l’artiste-peintre Lisette Charest. Un des tableaux présentés a d’ailleurs fait l’objet d’un tirage au terme de la soirée, dont les profits seront entièrement remis au Fonds de défense légale de la communauté de Tyendinaga.

Cette soirée qui, sauf erreur, constitue une première dans l’histoire du mouvement communiste canadien a permis de mettre en lumière le potentiel de lutte et d’unité entre tous les «laissés pour compte» que le développement du capitalisme a écrasés et écrase encore sur son passage, dans sa volonté sans fin d’exploiter la terre et les gens, pour l’unique profit d’une poignée de bourgeois.

– De notre correspondant