Pour Québec solidaire, un résultat peu reluisant

Malgré la victoire d’Amir Khadir dans le comté de Mercier, Québec solidaire (QS) a enregistré une baisse massive de 15% en terme d’appui électoral depuis la dernière élection. En mars 2007, les suffrages qu’il avait obtenus totalisaient 144 418 voix alors qu’en décembre 2008, ils ont baissé à 122 618. Ce nouveau parti électoraliste avait tout misé […]

Malgré la victoire d’Amir Khadir dans le comté de Mercier, Québec solidaire (QS) a enregistré une baisse massive de 15% en terme d’appui électoral depuis la dernière élection. En mars 2007, les suffrages qu’il avait obtenus totalisaient 144 418 voix alors qu’en décembre 2008, ils ont baissé à 122 618. Ce nouveau parti électoraliste avait tout misé sur l’élection de ses deux porte-parole, mais Françoise David, qui se présentait dans Gouin, a à peine réussi à gagner 37 voix par rapport à la dernière élection, passant de 7 910 à 7 947 suffrages. Dans leurs comtés respectifs, les candidatEs vedette du parti comme Manon Massé dans Sainte-Marie-Saint-Jacques (-15%), François Saillant dans Rosemont (-28%) et Bill Clennett dans Hull (-15%) ont vu leur appui baisser, dans certains cas de manière assez majeure.

Nous sommes bien loin de la victoire dont se félicitait Françoise David lors de son discours le soir du scrutin. Étant donné que le taux de participation fut très faible, son parti a réussi à obtenir des taux d’appui de plus de 10% dans quelques comtés. À l’échelle de la province, son taux d’appui n’a que légèrement augmenté, passant de 3,64% à 3,79%. Mais pour un parti qui affirme vouloir faire les choses autrement et insiste pour dire qu’il n’est pas une «gauche sectaire et dogmatique, mais une gauche humaine et rassembleuse», il n’a pas réussi à aller chercher un nouvel électorat parmi les personnes déçues des vieux partis. Ces gens-là ont plutôt préféré ne pas se déranger pour aller voter.

Mais QS aurait-il pu réussir à faire mieux? En réalité, son programme «fiscalement responsable» se distingue très peu de ceux des partis traditionnels. Il propose une augmentation du salaire minimum à 10,20$, alors que les libéraux l’augmenteraient à 9,50$. Comme axe de développement économique, on parle d’un timide investissement dans le transport en commun et le logement social, la nationalisation de l’énergie éolienne, la mise sur pied d’une compagnie de médicaments et des barrières tarifaires pour les agriculteurs et les PME. À part peut-être quelques trotskistes et révisionnistes, une bonne partie de l’effectif dirigeant de QS a frayé avec le PQ jusqu’au milieu des années 1990. May Chiu et Amir Khadir, notamment, se sont déjà présentés pour le Bloc québécois.

QS a une solide base parmi la bureaucratie communautaire. Or, cette dernière s’était associée aux entreprises du PQ qui voulait leur faire gober la stratégie du «déficit zéro», une fois le référendum de 1995 perdu. Bien sûr, elle avait tergiversée, montrant un semblant de colère (genre Françoise David qui quitte le sommet économique mais en disant qu’elle ne claquait pas la porte), mais elle n’avait pas rompu complètement avec le parti nationaliste. Au tournant du millénaire, une radicalisation parmi la jeunesse a amené la bureaucratie communautaire à se positionner de manière plus critique envers le PQ. En fait, Québec solidaire est un parti de gens déçus par le PQ.

La rupture est-elle totalement consommée? Robert Perreault, un ex-député péquiste, et Claude Béland, ex-dirigeant du Mouvement Desjardins, participant au sommet socio-économique du PQ et bourgeois péquiste notoire, ont appelé à voter pour Amir Khadir et Françoise David. Durant la dernière campagne, lors d’une entrevue radiophonique diffusée sur Radio-Canada, David, après s’être déclaré déçue du Parti québécois, a affirmé : «Je m’aperçois finalement que je les influence mieux de l’extérieur.» Supposons, a-t-elle continué, «qu’il y a le Parti québécois qui forme l’opposition officielle, je le souhaite… il me semble qu’avec ma présence et celle de Khadir à l’Assemblée nationale, on va rendre le Parti québécois plus fort parce qu’on va les obliger à aller plus loin».

C’est vrai que madame David et d’autres dans QS ont l’habitude de faire pression sur le PQ, comme si ce parti pouvait être progressiste. Mais dans un tel contexte, à quoi bon appuyer un vulgaire groupe de pression qui jamais n’assumera le pouvoir? À ce compte, autant appuyer l’original. Si QS peine à mobiliser les masses, c’est qu’il ne leur offre pas une alternative suffisamment crédible pour les amener à le soutenir. Même que, au contraire, il sème plein de confusion parmi les militantEs, notamment sur le rôle des élections, les groupes de pression (par groupes communautaires et syndicats interposés) et le rapport à l’État. L’attachement à l’État-providence mis sur pied durant la «révolution tranquille» continue à entretenir une attitude très ambivalente chez beaucoup de militantEs progressistes, y compris anarchistes (dont certainEs vont même voter!).

L’État est au service de la bourgeoisie, pas du prolétariat. La tâche des révolutionnaires est de l’attaquer pour instaurer un nouveau pouvoir. Tant que la bourgeoisie restera au pouvoir, on ne pourra pas rien faire de sérieux pour changer réellement la société. On ne doit pas dialoguer avec l’État et la bourgeoisie. Au contraire, il faut aller vers les masses, les encourager à ne plus supporter l’État et les amener à s’impliquer pour la révolution. Il y en a encore qui pensent qu’on peut semer la division parmi la classe dominante en discutant avec certains de ses éléments. Or, les divisions vont se faire quand elle va sentir son pouvoir lui glisser sous le tapis, alors que le prolétariat sera ferme idéologiquement et mènera la lutte révolutionnaire sans illusion sur l’ennemi.

Mathieu Linhart