Le « train de la fierté » perturbé de Vancouver à Montréal

Les Jeux olympiques de Vancouver, qui auront lieu en février 2010, s’annoncent déjà comme l’occasion d’une orgie de propagande chauvine, où l’on célébrera ad nauseam la «grandeur du Canada». Au mois d’août dernier, alors que le monde se scandalisait de l’utilisation des Jeux de Beijing à des fins de propagande par les autorités de la […]

Les Jeux olympiques de Vancouver, qui auront lieu en février 2010, s’annoncent déjà comme l’occasion d’une orgie de propagande chauvine, où l’on célébrera ad nauseam la «grandeur du Canada».

Au mois d’août dernier, alors que le monde se scandalisait de l’utilisation des Jeux de Beijing à des fins de propagande par les autorités de la République populaire de Chine, le quotidien The Globe and Mail rendait publique une note interne du gouvernement fédéral, qui indique que le ministère du Patrimoine compte intervenir pour s’assurer que la cérémonie d’ouverture des Jeux de Vancouver «reflète les priorités du gouvernement» et serve à promouvoir «la marque de commerce qu’on appelle Canada» (dixit la vice-présidente du comité organisateur des Jeux, Renée Smith-Valade). Mais le Réseau de résistance aux Olympiques (Olympics Resistance Network), basé à Vancouver, compte bien faire entendre la voix des victimes du développement du capitalisme sur le territoire canadien. Le réseau fait actuellement campagne pour dénoncer la tenue des Jeux sur des terres qui ont été volées aux nations autochtones.

Afin de promouvoir les Jeux, qui sont encore loin de susciter l’enthousiasme parmi la population canadienne, le comité organisateur a eu l’idée saugrenue de faire circuler un train – le Train de la fierté, en collaboration avec le Canadien Pacifique. Les activités prévues à différents endroits le long de son trajet ont toutefois connu d’importantes perturbations.

Le 21 septembre à Port Moody, près de Vancouver, le départ du fameux train a été marqué par une importante opposition, alors que les manifestantEs regroupéEs par le Réseau de résistance aux Olympiques, qui étaient aussi nombreuses et nombreux, ou presque, que les spectatrices et spectateurs, ont forcé l’annulation de la cérémonie que les autorités avaient prévue.

Huit jours plus tard à Edmonton, une trentaine de manifestantEs ont à leur tour accueilli le train à son arrivée. Malgré une imposante présence policière, deux personnes ont réussi à se hisser sur le train et à suspendre une bannière géante sur laquelle était écrit un message simple, mais limpide : «Resist 2010».

Après que des actions similaires eurent également eu lieu à Calgary, Winnipeg et Sudbury, un blocage des rails du CP s’est produit le dimanche 12 octobre sur l’autoroute 27 près de Elder’s Mills, non loin de Toronto. Des bannières ont alors été accrochées sur un viaduc surplombant le chemin de fer. Après plus de trois heures d’occupation qui ont forcé le train à s’immobiliser, les manifestantes et manifestants ont réussi à négocier leur départ sans que la police ne procède à aucune arrestation (à Vancouver, au moins deux protestataires avaient été arrêtéEs). Un officier de la police du CP a alors confirmé que l’action avait causé des retards à travers tout le pays et causé des millions de dollars de dommages à la compagnie.

Suite à une autre action ayant eu lieu le lendemain à Mississauga, le comité organisateur des Jeux a finalement été contraint de reconnaître que son initiative ne rencontrait pas le succès escompté, en raison notamment de la présence des protestataires un peu partout au pays.

Le dernier arrêt du soi-disant «train de la fierté» a finalement eu lieu à Montréal le 18 octobre, où une cérémonie était prévue dans le Vieux-Port. Là encore, une bonne centaine de manifestantes et manifestants l’ont accueilli bruyamment, au point où les discours des athlètes ont dû être annulés. Les prestations de «l’orchestre maison» du CP et du groupe nationaliste québécois La Bottine souriante (ces gens-là aiment bien critiquer le gouvernement fédéral, mais ils ne ratent jamais l’occasion de manger à son râtelier!) ont été enterrées par les slogans lancés par les manifestantEs, qui étaient accompagnéEs de l’ensemble Insurrection chaotique – une fanfare anarchiste montréalaise, qui a prouvé qu’elle pouvait brasser autant, sinon plus, que «la Bottine»!

Les actions de la sorte sont justes et importantes. Comme le dit le Réseau de résistance aux Olympiques, c’est toute l’histoire de l’olympisme qui est caractérisée par la violence, la répression, l’avidité des grandes corporations et le déplacement des populations pauvres. Les effets néfastes de la venue des Jeux à Vancouver sont déjà apparents, avec l’expansion du tourisme sportif sur les territoires indigènes, l’accroissement du nombre de sans-abris, la destruction de l’environnement et l’augmentation sans précédent des dépenses de police et de «sécurité».

L’histoire du Canada est inextricablement liée à celle du génocide des Premières nations. Il y a eu pas mal de gens, l’été dernier, qui se sont émus du sort des Tibétaines et des Tibétains à l’occasion des Jeux de Beijing. Bien sûr, l’on ne s’attend pas à ce que George W. Bush et les partisans du «Tibet libre» de son acabit, dénoncent aussi fortement l’attitude au moins aussi condamnable du Canada face aux nations autochtones, que celle de la Chine par rapport au Tibet. Par contre, c’est là le strict minimum que l’on devrait exiger de certains groupes, tel Amnistie internationale, qui prétendent ne pas être inféodés aux grandes puissances impérialistes.

En attendant que ces groupes se mouillent, il importe de poursuivre et d’appuyer la mobilisation pour dire Non aux Olympiques sur des terres volées!

Serge Gélinas