De quel côté se trouve la vérité?

Le candidat libéral Simon Bédard a dû démissionner après avoir affirmé qu’il aurait fallu exterminer les Mohawks durant la crise d’Oka. Pendant que ce scandale éclate dans la ville de Québec, Shawn Brant, un Mohawk ontarien qui a participé à la crise d’Oka, attend encore une fois son procès. Cette fois-ci, on l’accuse d’avoir bloqué […]

Le candidat libéral Simon Bédard a dû démissionner après avoir affirmé qu’il aurait fallu exterminer les Mohawks durant la crise d’Oka. Pendant que ce scandale éclate dans la ville de Québec, Shawn Brant, un Mohawk ontarien qui a participé à la crise d’Oka, attend encore une fois son procès. Cette fois-ci, on l’accuse d’avoir bloqué un chemin de fer appartenant au CN. Monsieur Brant avait également été arrêté plus tôt cette année pour avoir défendu les gens de sa communauté de Tyendinaga contre des «rednecks» racistes.

Après avoir quitté le Parti libéral, Simon Bédard disait : «Il ne faut pas dire de vérités dans ce système.» (Le Soleil, le jeudi 11 septembre 2008) Si cette affirmation semble valable a priori, encore faut-il savoir ce qu’est une vérité. Pour l’ex-candidat raciste du PLC, la vérité consiste à dire que «l’armée canadienne aurait dû éliminer les Mohawks lors de la crise d’Oka» (Le Soleil, le mercredi 10 septembre 2008). Cette position réactionnaire qui a été dénoncée, avec raison, par plusieurs politiciens et chefs autochtones n’est une vérité que dans la mesure où elle fait tomber le masque de l’État répressif.

Simon Bédard a dit tout haut ce que le gouvernement pratique réellement, dans l’ombre, à savoir le génocide des premières nations. Par opposition, l’affirmation suivante exprime un autre type de vérité : «Il n’est pas un seul droit dans ce pays qui n’ait été obtenu sans une lutte et la mobilisation de la population.» (Le Drapeau Rouge, octobre 2007) L’avocat de Shawn Brant, monsieur Howard Morton, a exprimé ici une vérité beaucoup plus fondamentale que celle de Simon Bédard. Rappelons que Shawn Brant doit subir un autre procès en janvier 2009. Depuis deux ans, Brant a été arrêté, libéré, puis arrêté de nouveau, puis libéré une autre fois. Son prochain procès devrait clore deux années de lutte contre la police provinciale d’Ontario et la compagnie de chemin de fer CN.

L’attitude de Shawn Brant relève de l’héroïsme comme le montre cette affirmation faite à sa conjointe durant son incarcération : «Je suis prêt à attendre patiemment pendant six autres saisons, avec honneur et fierté, de sorte qu’à équivaloir le sacrifice auquel mes ancêtres ont consenti pour nous; on finira bien par avoir le droit d’exister.» Pour Simon Bédard, cette attitude est criminelle et on devrait mettre au pas les gens comme Brant. Les deux points de vue que mettent de l’avant Brant et Bédard représentent deux pôles opposés du spectre politique. D’un côté, Shawn Brant est un militant révolutionnaire qui a participé à la crise d’Oka, qui s’est impliqué dans une coalition contre la pauvreté (l’OCAP) et qui a défendu les gens de Tyendinaga contre des agresseurs racistes. De l’autre, Simon Bédard a diffusé à la radio des lieux communs, des stéréotypes et des propos racistes pendant des années. La seule organisation politique à laquelle il s’est joint, le Parti libéral, a exercé un pouvoir de répression tout au long de son histoire.

Ces deux positions politiques ne sont pas simplement des «opinions» opposées; elles sont des lectures divergentes du monde tel qu’il se construit. Ces conceptions différentes prennent leurs origines dans deux classes sociales différentes. L’exercice de la lutte s’oppose à celui de la répression. Pour saisir la «vérité», il faut dépasser le registre des impressions et analyser le fonctionnement général des phénomènes. Toutefois, il ne s’agit pas d’être de simples observateurs qui constatent la vérité; il faut agir en rapport avec ce que l’on découvre. C’est ce que Shawn Brant a fait lorsqu’il a pris son harpon pour défendre les gens de Tyendinaga. Nous nous unissons donc à son geste et nous proposons une soirée-bénéfice pour lui venir en aide (voir ci-contre). Pour ce qui est de Simon Bédard, ce maladroit politicien nous a tout de même permis de voir le vrai visage de notre bourgeoisie nationale. Son attitude confirme la justesse de notre parti pris contre le cirque électoral et ses nombreux clowns. Aussi appelons-nous au boycott de ces élections merdiques. La bonne voie nous est montrée par l’héroïsme des Mohawks de Tyendinaga, il ne tient qu’à nous à la suivre.

Article paru dans le bulletin Pouvoir au peuple!, publié par le PCR-Québec.