Deux ans plus tard, la détermination des Autochtones est intacte

Il y a de ça deux ans, le 28 février 2006, les premières tentes étaient érigées sur un chantier de construction à Caledonia, une petite municipalité située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest d’Hamilton. Protestant contre un projet de développement piloté par la compagnie Henco Industries sur des terres qu’ils et elles revendiquent, les membres […]

Il y a de ça deux ans, le 28 février 2006, les premières tentes étaient érigées sur un chantier de construction à Caledonia, une petite municipalité située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest d’Hamilton. Protestant contre un projet de développement piloté par la compagnie Henco Industries sur des terres qu’ils et elles revendiquent, les membres de la Confédération des Six nations n’ont cessé depuis lors de faire face aux politiques discriminatoires des gouvernements canadien et ontarien, tout en subissant les attaques verbales et physiques constantes de leurs «charmants voisins», parmi lesquels on compte bien sûr la police, mais aussi des adeptes déclarés de la «suprématie blanche». Mais contrairement aux souhaits des gouvernements, des promoteurs véreux et des réactionnaires de tout acabit, les Autochtones sont toujours là et poursuivent la résistance.

Depuis les événements qu’on a qualifiés de «crise d’Oka» en 1990, les occasions ont été nombreuses où on a vu des communautés autochtones se lever pour faire valoir leurs droits, et en particulier leur droit à l’autodétermination. La plupart de ces actions ont toutefois été passées sous silence par les médias bourgeois. Dans le cas de Caledonia, les médias nationaux n’en ont d’ailleurs parlé qu’épisodiquement, même si la résistance vient d’y célébrer son deuxième anniversaire, si bien que la plupart des Canadiennes et des Canadiens n’en savent rien, ou presque. Au mieux, les résistantEs autochtones passent pour des rebelles qui combattent pour une cause perdue d’avance, et dont les actions n’ont pour effet que de perturber la population locale et de «foutre le trouble».

En réalité, les Autochtones qui occupent leurs propres terres à Caledonia ont parfaitement raison d’agir comme ils et elles le font : en fait, ils et elles seraient tout aussi justifiéEs d’en faire encore plus. Depuis des centaines d’années, les communautés autochtones ont subi la dépossession continue de leurs territoires ancestraux par les gouvernements, la plupart du temps au profit d’intérêts privés. Cette politique, qui est au cœur du développement du capitalisme au Canada, origine de l’époque où les troupes d’abord françaises, puis britanniques et canadiennes ont «négocié» avec les communautés autochtones la «cession» de leurs territoires le fusil sur la tempe, en échange de morceaux de fourrure, d’un peu de fer et d’une poignée de p’tit change.

L’argument principal de ceux qui s’opposent aux revendications autochtones, c’est justement de dire que les Autochtones ont «consenti» à cette entreprise de dépossession. Les colonisateurs européens auraient eu la «grande bonté» de leur accorder quelques minuscules parcelles de terrain (les réserves), en échange de quoi les Autochtones auraient accepté de céder leurs terres ancestrales, leurs champs, leurs forêts et les richesses naturelles qu’ils recèlent, comme si toute cette opération avait participé d’un «accord de volontés» et d’une «négociation de contrat» dans la pure tradition du droit bourgeois. Mais il n’y avait rien de juste ni d’équitable dans ces «transactions» – à moins de considérer que l’extorsion constitue une telle pratique juste et équitable. La plupart d’entre elles ont été réalisées sous la menace du revolver, ou après que les communautés concernées eurent été réduites à la famine aux mains de l’État canadien et de ses maîtres britanniques d’alors. Cela, sans parler du fait que les termes même de ces «négociations» étaient tout à fait étrangers aux Autochtones, pour qui les notions bourgeoises de «propriété terrienne», de «droit de propriété» et de «revenus immobiliers» ne voulaient strictement rien dire. Si tant est qu’on puisse inférer que certains traités ont été signés «librement» par des groupes autochtones, on peut dire avec certitude que s’ils avaient su, à l’époque, ce qu’ils savent maintenant, ces groupes n’auraient jamais accepté les «offres si généreuses» (sic) que les colonisateurs leur ont faites.

Les nombreux soulèvements qui se sont multipliés au cours des dernières décennies ont montré sans l’ombre d’un doute que les Premières nations ont bien appris des tricheries de leurs oppresseurs. Les Autochtones savent maintenant reconnaître les injustices dont elles et ils ont été victimes, et d’un bout à l’autre du pays, elles et ils se lèvent pour défendre leurs droits et reconquérir ce dont on les a dépossédés. Il faut rendre hommage aux membres de la Confédération des Six nations à Caledonia pour la détermination, la persévérance et la bravoure dont ils et elles font preuve. Il faudrait même les remercier. À travers tout le Canada, et même ailleurs dans le monde, nous avons beaucoup à apprendre d’elles et d’eux et devrions tirer les leçons de leur combat, qui nous aide à comprendre que non seulement on a raison de se révolter, mais que c’est même devenu une nécessité!

Les peuples autochtones sont aux premiers rangs de la bataille contre les forces réactionnaires qui les oppriment et qui nous oppriment nous aussi, travailleurs et travailleuses. Les capitalistes qui se sont emparés de leurs territoires et qui cherchent encore aujourd’hui à en tirer profit, sont les mêmes qui ont jeté des millions de Canadiennes et de Canadiens dans la pauvreté, qui mettent à pied de dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses au nom du dieu profit, qui s’attaquent à l’universalité des soins de santé, qui ont détruit le régime d’assurance-chômage et qui soutiennent la participation des Forces canadiennes à la guerre injuste menée par l’impérialisme US contre les peuples du monde.

La résistance des peuples autochtones recèle un potentiel immense pour la classe ouvrière et les millions d’oppriméEs au Canada. Le prolétariat peut s’inspirer de leur détermination afin de développer sa propre résistance face à l’exploitation croissante qu’il subit dans le cadre du capitalisme canadien. On a tout intérêt à nous soulever, comme à Caledonia, et à résister nous aussi à l’appropriation privée des moyens de production par la bourgeoisie canadienne. En joignant nos voix par millions à celle des peuples autochtones, nous pourrons envisager mettre un terme au cercle vicieux de l’exploitation.

Car on en a bien assez d’être considéréEs seulement pour ce qu’on produit. On en a assez d’être voléEs par les requins de la finance! On en a assez de la domination impérialiste, au Canada et ailleurs. Le capitalisme a fait son temps! Soulevons-nous, que ce soit à Caledonia, à Ipperwash, à Kanesatake, à Toronto et à Montréal, dans les usines et les ateliers, et partout où le capital étend ses tentacules! Comme Marx et Engels l’ont affirmé il y a un siècle et demi déjà, nous, prolétaires, n’avons rien à perdre que nous chaînes : et nous avons un monde à gagner! Rien ne pourra nous arrêter, si nous savons trouver nos alliéEs et nous unir avec elles et eux.

Chuck T.