Agents armés, hors d’Akwesasne!

Cela fait maintenant plus de deux semaines que le poste douanier de Cornwall et le Pont international de la Voie maritime qui relie Cornwall à Massena dans l’État de New York, sont fermés. Les douaniers ont en effet quitté leur poste dans la nuit du 31 mai au 1er juin, étant donné l’opposition de la […]

Cela fait maintenant plus de deux semaines que le poste douanier de Cornwall et le Pont international de la Voie maritime qui relie Cornwall à Massena dans l’État de New York, sont fermés. Les douaniers ont en effet quitté leur poste dans la nuit du 31 mai au 1er juin, étant donné l’opposition de la communauté mohawk d’Akwesasne (où le poste est situé) à ce que les douaniers canadiens soient armés sur leur territoire.

C’est ce jour-là, le 1er juin, que les douaniers devaient commencer à arborer leurs nouvelles armes. Cela s’inscrit dans le plan du gouvernement Harper qui, dans le cadre de son offensive «sécuritaire» et pour répondre aux préoccupations (aux exigences?) de l’impérialisme US, a décidé d’armer la totalité des 4 800 douaniers d’ici 2016. Cette mesure réactionnaire et a priori dangereuse pour toutes les Canadiennes et Canadiens, est d’autant plus inacceptable pour la nation mohawk, qui n’a jamais renoncé à son droit à la souveraineté.

Dès février 2008, le conseil mohawk d’Akwesasne a d’ailleurs adopté une résolution contre l’armement des douaniers, suite à la tenue d’une assemblée populaire où les membres de la communauté s’étaient prononcés en ce sens. Pendant des mois, le conseil a tenté de négocier avec le gouvernement fédéral, sans succès. Le 29 mai dernier, une bonne centaine de personnes ont manifesté leur opposition à l’armement des douaniers et ont fait suivre leur manifestation d’une vigile devant le poste de douanes. Résultat: les douaniers ont quitté le travail, le poste a été fermé et en plus, le gouvernement a décidé de fermer le pont! Cette réaction montre une fois de plus le peu de cas que la bourgeoisie impérialiste canadienne fait des droits nationaux des Autochtones.

La réserve d’Akwesasne est située sur un territoire beaucoup plus vaste où les Mohawks ont vécu bien avant l’arrivée des premiers colons. Ce territoire chevauche la frontière artificielle imposée par les États canadien et états-unien. Il n’est pas rare que des membres d’une même famille habitent, pour les uns, du côté états-unien et pour les autres, du côté canadien.

La fermeture du pont cause d’ailleurs un tas de soucis aux Mohawks et constitue une violation évidente de leurs droits territoriaux. Des centaines d’enfants ont été empêchés d’aller à l’école; des hommes et des femmes n’ont pu se rendre au travail; des fils et des filles n’ont pu aller visiter leurs aînéEs et leur apporter les soins nécessaires, sauf pour quelques heures ici et là.

Les Mohawks ont bien des raisons de s’opposer à l’armement des douaniers. Ils et elles considèrent que moins il y aura d’armes sur leur territoire, mieux ce sera. Ils et elles refusent que les représentants d’un État étranger puissent se promener ainsi équipés sur leur territoire. Ils et elles craignent aussi, et avec raison, l’insécurité que cela risque d’entraîner: le passé raciste des douaniers de Cornwall parle d’ailleurs pour lui-même.

Des centaines de plaintes ont en effet déjà été déposées par les résidantes et résidants pour des incidents qui se sont produits ces dernières années, allant d’une fouille corporelle intime sur un adolescent jusqu’à l’administration d’une série d’examens aux rayons X à une femme enceinte, en passant par l’interrogatoire d’enfants qu’on avait pris soin de séparer de leurs parents.

Jusqu’à maintenant, le ministre de la Sécurité publique, Peter Van Loan, est demeuré intransigeant – en fait, il n’est même pas parlable. Ce conservateur zélé a laissé entendre qu’il pourrait ordonner la fermeture permanente du poste douanier et sa relocalisation à l’extérieur de la réserve.

Les résidantEs ont reçu l’appui d’autres communautés. Le 7 juin, des Mohawks de la réserve de Tyendinaga, dans le centre de l’Ontario, ont fermé le pont Skyway, en solidarité avec Akwesasne. Cinq jours plus tard, leur action a été durement réprimée par l’assaut matinal et brutal d’un commando d’une centaine de flics de la Police provinciale ontarienne, suite auquel au moins trois manifestants ont été blessés et une douzaine d’autres arrêtés, dont le militant bien connu Shawn Brant. La veille, des femmes de la communauté des Six nations avaient également bloqué une partie de l’autoroute 403, non loin de Hamilton. Soulignons que le 27 mai, le conseil municipal de Cornwall a quant à lui adopté une résolution d’appui au conseil mohawk d’Akwesasne.

Pour l’instant, les autorités coloniales (i.e. les gouvernement canadien et ontarien) ont choisi de ne pas attaquer frontalement les Mohawks d’Akwesasne. La crainte d’un bain de sang, voire d’un «nouvel Oka» qui pourrait entacher la réputation – déjà pas mal amochée – du Canada, les en a sans doute empêché, mais un tel dénouement demeure néanmoins possible.

Comme l’a écrit l’auteure et aînée de la nation mohawk Kahentinetha dans un texte publié par l’agence Mohawk Nation News, «nous, les Haudenosaunee, sommes légalement souverains sur l’Île de la Grande tortue. Le Canada n’a pas juridiction sur notre territoire. Le problème des douaniers relève des rapports de nation à nation et légalement, c’est ainsi qu’il doit être réglé.»

La position des Mohawks d’Akwesasne est légitime, et ils ont parfaitement raison de se battre pour faire valoir leurs droits. Le fait que ce faisant, ils remettent en question l’obsession sécuritaire réactionnaire et dangereuse du gouvernement Harper n’est qu’une raison de plus pour les prolétaires et les oppriméEs du Canada de leur donner leur appui.