Une révolte légitime et justifiée

Disons-le d’emblée: la révolte des jeunes et des citoyennes et citoyens de Montréal-Nord contre la police et les institutions bourgeoises est légitime et pleinement justifiée. Les flics qui ont chié dans leurs froques dans la nuit de dimanche à lundi l’ont certes bien mérité. Le point de départ des communistes quand les masses font du […]

Disons-le d’emblée: la révolte des jeunes et des citoyennes et citoyens de Montréal-Nord contre la police et les institutions bourgeoises est légitime et pleinement justifiée. Les flics qui ont chié dans leurs froques dans la nuit de dimanche à lundi l’ont certes bien mérité.

Le point de départ des communistes quand les masses font du trouble et du grabuge, le grand révolutionnaire Mao Zedong l’a exprimé de cette manière à l’époque de la Révolution culturelle en Chine: les actions révolutionnaires des gardes rouges, disait-il, étaient «une expression de colère et de blâme à l’égard de la classe des propriétaires fonciers, de la bourgeoisie, des impérialistes, des révisionnistes et de leurs laquais, exploiteurs et oppresseurs des ouvriers, paysans, intellectuels révolutionnaires»; ces actions prouvaient «qu’on a raison de se révolter contre les réactionnaires». Même si elles furent parfois incontrôlables et incontrôlées, voire parce qu’elles s’exprimèrent de cette façon, Mao leur a accordé son «soutien chaleureux». C’est un soutien de la sorte, solidaire et vigoureux, que les prolétaires doivent maintenant apporter aux résidentEs de Montréal-Nord.

L’assassinat de Freddy Villanueva, samedi soir, c’est la goutte qui a fait déborder le vase. Cela, n’importe quel observateur qui connaît le moindrement la situation dans Montréal-Nord peut le confirmer. La manifestation spontanée de dimanche après-midi pour dénoncer cette nouvelle «bavure» policière, et les «débordements» qui l’ont suivie, furent pleinement justifiées: comme l’ont dit des dizaines de personnes dans la communauté – jeunes ou vieilles, et de toutes les nationalités – il est certainement inacceptable qu’un jeune comme Freddy soit tombé sous les balles d’un flic, dans des circonstances comme celles qui se sont produites samedi soir.

Aussi révoltant qu’il soit, cet événement, toutefois, n’en est toujours qu’un de plus, dans un contexte où la vie des gens du secteur s’avère de plus en plus pourrie. Depuis déjà trop longtemps, et encore plus au cours des derniers mois, le quotidien des gens de Montréal-Nord (comme celui d’autres quartiers dits «chauds» à Montréal, mais peut-être un peu plus là qu’ailleurs) est fait de harcèlement policier constant, de profilage racial, de ciblage systématique des jeunes généralement vus comme des «fauteurs de troubles» – cela dans un contexte général de pauvreté, d’exploitation et de discrimination.

En ce sens, la police, qui est au cœur de ce dispositif insupportable, n’en est aussi qu’un symbole. C’est bien elle qui nous écoeure, c’est contre elle qu’on a raison de se révolter; mais en fait, comme l’a déclaré plus tôt aujourd’hui un des leaders dits «modérés» de la communauté, qui travaille pourtant avec la police, le problème est bien plus profond qu’une simple «tension» entre les jeunes du quartier et le SPVM: ce qui s’est produit, en fait, «c’est une révolte contre l’ensemble du système» (Radio-Canada.ca, «Émeute de Montréal-Nord: le maire veut rassurer les citoyens»).

Les grandes gueules réactionnaires dans les médias et les spécialistes en relations publiques de la police veulent y voir seulement un problème de «criminalité». Les journalistes qui couvraient les événements de dimanche soir en direct à la télé cherchaient d’ailleurs désespérément des citoyenNEs pour dire que tout ça était uniquement dû aux «gangs de rue»; mais ils tombaient systématiquement sur des gens qui leur disaient en avoir soupé du harcèlement policier et qui trouvaient bien normale la réaction des émeutiers – y compris ceux qui la condamnaient.

Là, les têtes pensantes se liguent pour appeler au «retour au calme». On dit à ceux et celles qui ont été choquéEs par l’assassinat de Freddy Villanueva «d’attendre le résultat de l’enquête» et de «faire valoir leurs récriminations par les voies légales» (une plainte en déontologie, peut-être?). Tout ça, c’est de la foutaise! On sait bien ce qu’elles donnent, ces enquêtes bidon où la police «enquête» sur elle-même. Deux ans et demi plus tard, justice n’a toujours pas été rendue pour le jeune Mohamed Anas Bennis, tué par les coups de feu tirés par deux policiers le 1er décembre 2005 dans le quartier Côte-des-Neiges. Même chose pour Quilem Registre, mort en décembre dernier dans le quartier Saint-Michel, voisin de celui de Montréal-Nord, après que des agents eurent déchargé leur pistolet Taser contre lui.

Bien des gens auront découvert, ce week-end, une réalité qu’ils préfèrent ne pas voir: celle de la pauvreté, de la discrimination et de la violence quotidienne que subissent des milliers de gens, en particulier les jeunes de la classe ouvrière, et qui constituent la base objective de «l’émeute de Montréal-Nord».

Cette révolte, au fond, aurait pu être bien plus considérable. Au total, la «casse» s’est en effet résumée à bien peu de choses: une quarantaine de «méfaits» (des feux de poubelle et destructions d’abribus), une vingtaine d’introductions par effraction (dont la plus spectaculaire fut celle d’un pawn shop, où les «pilleurs» sont peut-être simplement allés récupérer les biens qui leur appartenaient), un policier, une policière et un ambulancier légèrement blesséEs. Cela, en soi, ne justifie aucunement les hauts cris poussés par les élites politiques et étatiques. Leur émoi, en fait, s’explique bien plus par la crainte qu’ils ressentent devant une situation qui leur échappe – les conditions de vie et la sécurité des pauvres, ils s’en câlissent bien le reste du temps, de toutes manières.

Entre les appels au calme du maire Tremblay (qui aura au moins pris le temps d’offrir ses condoléances à la famille de Freddy Villanueva, ce qui en fait un cas d’espèce) et les appels à une répression policière accrue de la part de l’adéquiste Sylvie Roy (notre «Marine Le Pen» à nous), l’enjeu, pour la bourgeoisie, c’est bien celui de reprendre le contrôle de la situation.

À court terme, d’ici à ce qu’une nouvelle «bavure» donne lieu à une autre situation du même genre, la police et les autorités vont maintenant tenter de diviser les gens de Montréal-Nord entre «bons citoyens» et «voyous criminels». «L’enquête» qu’ils nous promettent et qu’ils ont déjà amorcée, visera à obtenir la collaboration des premiers, afin de réaliser cet objectif de division: il s’agit là d’un piège – il faut savoir que chaque «information» que la police réussira à soutirer servira à tout sauf à obtenir justice.

À plus long terme, l’émeute de Montréal-Nord nous rappelle quelques grandes vérités: à savoir que là où il y a oppression, il y a résistance – même si celle-ci ne s’exprime pas toujours au moment et de la manière qu’on l’attend. Et que les masses populaires «sont douées d’une puissance créatrice illimitée», comme le disait aussi Mao. Que voilà donc une nouvelle lumineuse, qui devrait réjouir les prolétaires et les oppriméEs de partout au Québec, après ces dernières semaines si sombres et pluvieuses!